MÉDITATION
lu AND, lassé du travail, j'interroge mon être. Je crois voir un abîme et je reste éperdu ; A moi-même étranger, je croyais me connaître.
Mon cœur vient défier mon esprit confondu.
Un problème est en moi que je ne puis résoudre. Mon esprit se fatigue à ce rude labeur. Je puis analyser la matière et la foudre, Mais je reste impuissant en face de mon cœur !
Quand mille sentiments en même temps l'agitent Comme le vent secoue un pauvre nid brisé, Le calme et le bonheur, hôtes troublés, le quittent, Et de cruels efforts il demeure épuisé.
Qui le fait battre ainsi ? Qui jette dans mon âme Cette sombre pensée ou cet éclair joyeux ? Au foyer presque éteint qui rallume la flamme Et qui met ce sourire ou ces pleurs dans mes yeux ?
Quelle main attentive à mes jours éphémères Du sillon que je creuse écarte le chardon, Sèche mes yeux rougis par les larmes amères Et sait me consoler aux heures d'abandon ?
Et ces jours si sereins de piété fervente, Hélas ! si tut suivis de moments de tiédeur, La sombre immensité dont l'esprit s'épouvante Et qui d'un ciel lointain me cache la splendeur ?
Ce besoin d'infini qui toujours me torture Et verse dans mon cœur un incurable ennui, Cet espoir d'une vie inconnue et future Où l'être né du Verbe ira se perdre en lui ?
O mystère profond de la nature humaine ! Perpétuelle nuit d'un abîme inondé !
Sur ses bords dangereux en vain l'homme promène Son flambeau vacillant, son esprit hasardé.
En face du mystère il n'est qu'un seul refuge : Il faut remettre à Dieu le dépôt confié. Quel que soit notre sort, lui seul est notre juge ; Je mets mon cœur aux pieds du grand Crucifié !
NEREE BEAUCHEMIN
M. Nérée Beauchemin est né à Yamachiche, le 20 février 1851. Il a été reçu médecin en 187 Jp, et il exerce dans sa paroisse natale. Il a collaboré à plusieurs revues littéraires et doit publier prochainement un volume de poésies : les Floraisons matutinales.