‹ Les fleurs de la poesie canadienneChapitre 28 sur 73 · LE BON PAUVRE · texte numérisé non relu

LE BON PAUVRE

Ah! je sais que la vie est un banquet suave,

Une longue fête pour vous ;

Vos chants toutes les nuits m’éveillent dans ma cave : Frères, je ne suis pas jaloux.

Dieu n’a-t-il pas placé sur les cimes sereines Le beau cèdre au riche manteau,

Et le long des torrents, courbé sous leurs haleines.

Le pâle et frisonnant roseau ?

Malheur au pauvre aigri qui de sa lèvre torse Où flotte une écume de fiel.

Insulte à la justice, à l’amour, à la force De ce Dieu qui créa le ciel !

O Christ ! devant ton front que les épines ceignent,

Je bénis mon sort et ta loi.

N’as-tu pas dit : « Heureux celui dont les pieds saignent Sur les ronces derrière moi » ?

« Il faut que l’homme souffre en son corps, en son âme ; » Mais une larme est un trésor.

« Les pauvres brilleront au ciel comme une flamme,

» Et tiendront une palme d’or. »

Mon pauvre cœur, semblable à l’épi qu’on flagelle,

Reste vide après tant de coups...

Mais que j’aie une larme à mon heure mortelle,

O Christ, à verser sur tes clous !

LÉON-PAMPHILE LEMAY

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