‹ Les fleurs de la poesie canadienneChapitre 41 sur 73 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

La nuit sur l’horizon étend ses grandes ailes ;

Mais, grâce à Dieu, la nuit n’a pas d’ombres ce soir.

La lumière rayonne aux voûtes éternelles,

Et sur un pan du ciel, comme un grand ostensoir, La lune monte, monte, et de clartés inonde Les montagnes, la mer, les vallons et les bois.

La nature se tait : on dirait que le monde

Pour mieux voir ce tableau retient sa grande voix.

Au firmament d’azur, d’innombrables étoiles, Étincellent partout comme des diamants,

Pendant qu’à l’Occident, pliant ses sombres voiles, Un lourd nuage fuit leurs rayons éclatants.

De célestes lueurs scintillante, embrasée,

La mer, en se calmant, semble se réjouir.

Le rivage s’endort, et la vague apaisée Ose à peine se plaindre en y venant mourir.

Je chante en contemplant ces scènes toujours belles, Et mon âme vers Dieu se plaît à remonter.

Qui sait si cette lune, aux splendeurs immortelles. N’est pas son œil divin, revenant visiter

Notre globe qu’il aime en dépit de ses fanges ?

Et ces astres sans nombre illuminant la nuit,

Qui sait s’ils ne sont pas les prunelles des anges Dont la troupe fidèle en l’adorant le suit ?

AU COLISEE

On dit que le boa, le grand serpent d’Afrique,

Quand il est bien repu de chair vive et de sang Se recourbe et s’endort d’un sommeil léthargique En serrant les anneaux de son orbe impuissant.

Quand je te vois gisant sur ton lit de poussière, Immense Colisée aux arceaux surannés.

Je me dis que sans doute, ô grand monstre de pierre, Tu cuves les festins que César t’a donnés !

Hélas ! il t’a servi tant de chair virginale,

Versé tant de sang pur pour apaiser ta faim,

Que tu n’as pu survivre à l’orgie infernale.

Et que ton lourd sommeil n’aura jamais de fin !

Éternel monument de haine et de luxure,

Je suis à ton aspect tenté de t’exécrer ;

Mais le sang des martyrs a lavé ta souillure,

Et quand je viens à toi, c’est pour te vénérer !

Je le baise en pleurant ton marbre séculaire,

Et, tremblant de respect, d’amour et de terreur,

Je pétrirais mon pain de ta sainte poussière,

Sûr d’y puiser un sang qui me rendrait meilleur !

Page 1