LA CLOCHE DE LOUISBOURG
ette vieille cloche d’église Qu’une gloire en larmes encor Blasonne, brode et fleurdelise, Rutile à nos yeux comme l’or.
On lit le nom de la marraine,
En traits fleuronnés, sur l’airain, Un nom de sainte, un nom de reine, Et puis le prénom du parrain.
C’est une pieuse relique :
On peut la baiser à genoux ;
Elle est française et catholique Comme les cloches de chez nous.
Jadis ses pures sonneries Ont mené les processions,
Les cortèges, les théories,
Des premières communions.
Bien des fois pendant la nuitée,
Par les grands coups du vent d’avril,
Elle a signalé la jetée
Aux pauvres pêcheurs en péril.
A présent, le soir, sur les vagues,
Le marin qui rôde par là,
Croit ouïr des carillons vagues Tinter Y Ave maris Stella.
(1) Après la chute de Louisbourg, cette cloche tomba au pouvoir des vainqueurs. Elle fut transportée à Elalifax au commencement du siècle et affectée, pendant plusieurs années, au culte protestant. Elle vient d’être rachetée, grâce à une inspiration patriotique, et donnée à la Société archéologique de Montréal, qui l’a installée dans son musée, au château Ramezay.
Elle fut bénite. Elle est ointe, Souvent, dans l’antique beffroi,
Aux Fêtes-Dieu, sa voix s’est jointe Au canon des vaisseaux du Roy.
Les boulets l’ont égratignée.
Mais ces balafres et ces chocs L’ont pour jamais damasquinée Comme l’acier des vieux estocs.
Oh ! c’était le cœur de la France Qui battait à grands coups alors Dans la triomphale cadence Du grave bronze aux longs accords.
O cloche, c’est l’écho sonore Des sombres âges glorieux Qui soupire et sanglote encore Dans ton silence harmonieux.
En nos cœurs tes branles magiques, Dolents et rêveurs, font vibrer Des souvenances nostalgiques Douces à nous faire pleurer.