‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 32 · TITI · texte numérisé non relu

TITI

Des siècles expirés franchissant les ténèbres,

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Race Gteinte, pourquoi, sur des tons si funèbres,

Viens-tu jeter dans nos festins, Comme un reproche amer, l'hymne de l'espérance Où, jadis, saluant l'étendard de la France,

Tu croyais charmer les destins ?

Vieus-tu nous annoncer que l'espoir n'est qu'un rêve,

Que tout change ici-bas sans retour et sans trève, Que tout sentier mène au néant?

Qu'avec Tyr et Sydon, Babylone et Palmyre,

Des peuples, des héros, grands noms que l'on admire,

Nul n'échappe au gouffre béant ?

semblable au lorrent de la maree avide, enfants d'Albion l'invasion rapide Nous fera sentir ses rigueurs ?

Que nos fils parleront une langue étrangère, Que les traditions apprises de leur mère

Ne feront plus battre leurs cœurs ?

Ah ! cesse de troubler nos fètes patronales !

D'un plus noble avenir nos brillantes annales Offrent des gages glorieux.

Silence !...un chant plus doux module à notre oreille

Les reirains endormis que ce beau jour réveille,

Ecoutons la voix des aïeux !

/ ‘ Quand au sommet d'un mont stérile, ‘“ Le royal habitant des airs, “ Loin des sentiers de l'univers ‘ A su se choisir un asile.

‘‘ Ge n'est pas que des aquilons “ Le cortége ait pour lui des charmes ; ‘ Mais il ressent moins d'alarmes

‘ Pour l'avenir de ses aiglons.

“ Tel, de l'heureuse Normandie

“ Quittant la rive en soupirant,

* Aux bords lointains du Saint-Laurent ‘Champlain fonde une autre patrie

‘ Ce n'est pas l'exil de la Cour

* Qui le pousse vers cette plage ;

* Non, son cœur y voit l'héritage

“ Des Français qui viendront un jour !

‘ Ainsi commença l'épopée ‘“ Qu'au prix de son sang généreux ‘ La France grava dans ces lieux ‘“ Avec la hache, avec l'épée ; ‘Ce fut une œuvre de géant !

“ Qui nous rendra nos jours de gloire ?

‘ Pourquoi faut-il que la victoire

“Nous ait trahis au dernier chant !

D'Israël le bras tutélaire

‘ Succombe aux coups de Dalila :

“Montcalm que, seul, Wolfe égala, ‘“ Cède à la fortune arbitraire !

‘ Mourons! pour la dernière fois

‘ Sur nos drapeaux a lui l'aurore,

‘ Vivons! si Dieu nous laisse encore

“ L'honneur, notre langue et nos lois !

de Depot sacre, pour {a défomse,

‘ Nos fils, quand nous ne serons plus,

‘“ S'armeront des mâles vertus,

‘ Seuls dons que nous laisse la France ! ‘ Mais si par le sort envieux

‘ Leur âme, aux faux dieux asservie,

& Sur leurs autels te sacrifie,

“ Viens, viens nous retrouver aux cieux !”?

Vos vœux s'accompliront : dormez, ombres chéries, Dormez; nous le jurons par l'immortel Cartier !

Ce dépôt illustré par vos mains aguerries,

Gardé par notre amour depuis un siècle entier,

Cet auguste héritage, aujourd'hui que nous sommes Eprouvés par la lutte, un demi-million d'hommes,

Qui songe à le sacrifier ?

Le trahir? nous! comment? par peur ? comme le lâche Tout couvert de mépris justement prodigué !

Comme le serf obscur qui, courbé sur sa tâche,

Se plie au joug honteux de père en fils légué !

Par un sordide espoir ? comme le mercenaire Qui livrerait son Dieu pour un hideux salaire !...

Mais nous étions à Châteauguay!

Nous n'étions que trois cents à notre Thermopyle :

Pour défendre nos droits, nous serions trois cent mille Invoquant la foi des traités ;

Et votre sang soudain, s'allumant dans nos veines,

Déroberait encore aux Parques inhumaines

Nos immuables libertés!

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Tels, des rochers rivaux que la discorde anime. Unissent leurs efforts pour soustraire à l'abime Les débris de leur seul vaisseau :

Les torts sont oubliés, le péril les efface : De leurs divisions s'évanouit la trace,

Comme celles des vents sur l’eau.

Ainsi puisse Albion sur l'océan du monde, Bénissant un accord si fécond en bienfaits,

Aux splendides couleurs de la reine de l'onde Allier pour toujours le pavillon français ;

Et puissent dans nos champs qu'un même fleuve L'érable et le chardon, et le trèfle et la rose,

Croitre unis et fleurir en paix !

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