‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 32 · LE BON PAUVRE · texte numérisé non relu

LE BON PAUVRE

Ah! je sais que la vie est un banquet suave, Une longue fête pour vous ; Vos chants toutes les nuits m'éveillent dans ma cave :

Frères, je ne suis pas jaloux.

Dieu n'a-t-il pas placé sur les cimes sereines Le beau cèdre au riche manteau, Et le long des torrents, courbé sous leurs haleines,

Le pâle et frissonnant roseau ?

Malheur au pauvre aigri qui de sa lèvre torse Où flotte une écume de fiel, Insulte à la justice, à l'amour, à la force

De ce Dieu qui créa le ciel!

O Christ, devant ton front que les épines ceignent,

Je bénis mon sort et ta loi.

N'as-tu pas dit : ‘“ Heureux celui dont les pieds saignent

Sur les ronces derrière moi ?”

«I faut que l'homme souffre en son Corps, en son âme :

Mais une larme est un trésor,

Les pauvres brilleront au cie] comme une flamme,

Et tiendront une palme d'or.”

Mon pauvre cœur, semblable à l'épi qu'on flagelle,

Reste vide après tant de coups...

AVE : Mais que j'aie une larme à mon heure mortelle, O Christ, à verser sur tes clous !

ag,

if,

saignent

Page 1