‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme] (volume 2)Chapitre 27 sur 32 · LE CANTIQUE DU BON PAUVRE · texte numérisé non relu

LE CANTIQUE DU BON PAUVRE

Quand la feuille d'ormeau tapisse la vallée,

Que l'enfant ne suit plus la solitaire allée

Four prendre un papillon; Que les champs, sous la faux, ont vu tomber leurs gerbes ; Que l'insecte prudent trottine sous les herbes

Et se cache au sillon ;

Scigneur, j'espère en toi, car l'heure qui s'avance, Sur son aile glacée apporte la souffrance

Au seuil de l'indigent ; Seigneur, j'espère en toi, car sur l’homme qui pleure Tu reposes toujours de ta sainte demeure

Un regard indulgent.

Comme un champ que l’automne a noyé dans sa brume, Mon cœur est, en ces jours, n£yé dans l'amertume, Mon cœur toujours soumis!

Après elle trainant sa lamentable escorte, La misère, en haillons, s’est assise à ma porte ;

Je suis de ses amis !......

serbes ;

re

ume,

Que le riche demeure à l'abri des orages ; Que la froide saison réserve ses outrages Pour tous ceux qui n’ont rien ; Que chaque heure qui tombe apporte à l'indigenco Un pénible regret, une amère souffrance :

Si Dieu le veut, c’est bien.

Quand la neige a jeté son manteau sur la plaine,

L'oiseau ne trouve plus ni le ver, ni la graine Qui devait le nourrir :

Cesse-t-il donc alors sa romance charmante ?

Vole-t-il, emporté sur son aile trainante,

À son nid pour mourir ?

La main du Créateur s'étend et le protége ; Il s'envole au rivage où l'hiver et la neige Ne vont jamais s'asseoir, Et lorsque les beaux jours raniment la nature, Que les bois et les Champs reprennent leur Parure,

Il revient nous revoir.

Gelui dont le regard veille sur tous les êtres,

Qui nourrit l'araignée au coin de mes fenêtres,

Le grillon au foyer,

Pourrait-il, en voyant l'homme dans sa misèro Elever vers le ciel un cœur pur et sincère,

Ne pas s'apitoyer ?

Si la vie, à mes yeux, n'offre guères de charmes,

Si je mange mon pain détrempé de mes larmes, Mon âme est dans la paix.

Quand à mon crucifix mes regards se suspendent,

Des soucis dévorants, des douleurs qui m'’attendent

Je ne crains plus le faix,

Chaque saison qui fuit, chaque nouvelle année Nous disent que bientôt l'on verra terminée Notre course en ce lieu :

Et le riche et le pauvre attendront, en poussière, Le redoutable jour où luira tout entière

La justice de Dieu.

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