‹ Les Fleurs de la poésie canadienne [microforme]Chapitre 42 sur 86 · LE RETOUR AUX CHAMPS · texte numérisé non relu

LE RETOUR AUX CHAMPS

HANFIN, j'ai secoué la poussière des villes ;

fl J'habite les champs parfumés.

ANNE . Au .

T7. Je ine sens vivre ici, dans ces vallons tranquilles,

Sur ces bords que j'ai tant aimés.

L'ennui me consumait dans tes vieilles murailles, O fière cité de Champlain !

Je ne suis pas, vois-tu, l'enfant de tes entrailles, Et ton cœur me semble d'airain.

Je suis né dans les champs ; je suis fils de la brise Qui passe en caressant les fleurs ;

Je suis fils du torrent qui mugit et se brise Sur le roc avec des clameurs !

Je suis né du désert, du désert sans limite Où règnent le calme et l'eftroi ;

Je suis né des forêts que la tempête agite, Des cimes dont l'aigle est le roi !

Mes premières amours, douces fleurs des vallées, N'ont-elles pas été pour vous,

Pour vous, rocs au front nu, forêts échevelées, Vagues des fleuves en courroux ?

Pour vous, charmants oiseaux qui semez, à l'aurore, Les doux accords de votre voix, Comme des diamants qu'égrène un vent sonore,

Après l'orage, sous les bois ?

puilles,

'ore,

Je souffrais dans ces murs ‘1 s'entasse ln foule, Où l'herbe ne reverdit pus,

Où la fleur ne nait point, où la poussière roule Comme un flot sale sous nos pas !

J'avais bien assez vu comme le fort repousse Le faible à son boulet rivé,

Comme de son orgueil la sottise éclabousse L'esprit qui traîne le pavé !

Nul vent harmonieux ne passait sur ma lyre, Et mes chants étaient suspendus.

Je ne retrouvais plus le souffle qui m'inspire, Et je pleurais les jours perdus !

[me fallait de l'air, le parfum des prairies Où fleurissent les blancs mugucts :

[me fallait l’espace et ces courses chéries Le long des onduleux guérets !

I me fallait le calme, alors que chaque étoile Sourit comme un regard de Dieu,

Calme que rien ne rompt, si ce n’est une voile Qu retombe sur le flot bleu ! |

Ie Éihiut revoir, au inilieu de la plaine Ou sur le penchant du coteau,

2: boureur qui rêve à la moisson prochaine in ouvrant le sillon ne:

Il me fallait l'odeur du foin qu se dessèche Sur le champ où passe li faux,

L'odeur du trèfle mûr que flairent dans la creche, En hennissant, les fiers chevaux !

120 LÉON-PAMPHILE LEMANY

Il me fallait encore entendre l'harmonie Du nid que berce le rameau ;

Il me fallait entendre encor la voix bénie Du vicux clocher de mon hiimeuau !

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