‹ les Fleurs emblématiquesChapitre 12 sur 54 · CAPUCINE *. — SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

CAPUCINE *. — SENSIBILITÉ

La sensibilité est souvent un don funeste de la nature.

La capucine , plante charmante et très répandue, nous a été apportée du Pérou par Bewcrninge , en 1684. Elle aime à entortiller

scs tiges longues et herbacées autour des corps quil’environnent. Elle est vivace dans son pays natal, mais en France elle est tellement sensible au froid qu’elle périt dès les premières gelées blanches. Mademoiselle Linnée a découvert que ses belles fleurs d’un ponceau éclatant , ont la singulière propriété de lancer des étincelles électriques quelques instans avant le crépuscule. Du reste, la plupart des fleurs de cette couleur offrent le même phénomène.

CARDÈRE. — BIENFAISANCE.

Que ta main gauche ignore ce que donne la main droite.

Presque toutes les parties de la cardère, ou chardon à foulou , sont armées d’aiguillons qui la défendent; mais ses larges feuilles, embrassantes et opposées, sont soudées à la base, de manière à former un vase naturel dans lequel l’eau des pluies se conserve pendant les chaleurs de l’cté. C’est là que le rossiguol , la fauvette et autres légers chantres des bocages, trouvent à se désaltérer lorsque le vent du midi a séché les ruisseaux. Nous ne savons pas trop pourquoi madame de Latour a fait de cette plante fort utile dans les arts , et d’une culture très répandue, l’emblème de la misanthropie :

ses épiues lui ont- elles fait oublier ses bienfaits ?

CENTAURÉE AMBERBOI. — félicité.

C’est de 'vous que j’attends tout mon bonheur.

Dans l’Orient , d’où cette plante est originaire , si un jeune boinme en envoie un bouquet à sa maîtresse, c’est lui dire qu’il attend d’elle les plus douces faveurs. Ses fleurs blanches, jaunâtres ou roses, ont une légère odeur d’ambre.

CERISIER. — éducation.

L’éducation développe les nobles senlimens de l’ame.

Le cerisier fut apporté de Cérasonte, par Lucullus , lors de la défaite de Mithridate. Cet arbre s’est très bien naturalisé en Europe ; on le trouve maintenant dans beaucoup de nos forêts. Par la culture on en obtient de nombreuses variétés dont les fruits sont tous excellons.

CHÈVREFEUILLE*.— liens d’amour.

Je m'attache a vous , pour toujours.

Comme ou voit un jeune chèvrefeuille enlacer de ses tiges volubiles , le chêne des forêts ,

de même l’être le plus faible , la timide beauté a besoin d’un protecteur qu’elle ne peut trouver que dans un hymen assorti. Mais que ce choix est difficile à faire, car ainsi que le dit une vieille chanson :

11 faut une prudence extrême Pour bien distinguer un amant;

Celui qui dit le mieux « Je t'aime »

Est bien souvent celui qui ment.

CIRCÉE. — SORTILEGE.

V ous m’avez fasciné par vos charmes.

Ulysse ayant fait naufrage dans une île déserte, la magicienne Circée, pour le retenir près d’elle , changea ses compagnons en animaux, au moyen d’une petite plante qui porte son nom. Depuis ce temps , les sorciers l’emploient dans la composition de leurs philtres.

CITRONNELLE. — douleur.

Je ne vous survivrai pas.

Cette espèce d’armoise est l’emblème de la douleur que l’on éprouve à la mort d’une personne aimée. Dans plusieurs cantons de l’Allemagne, les jeunes gens qui accompagnent des funérailles en portent une branche.

CLANDESTINE *. — secret.

Notre amour restera caché.

Dans le pays de la superstition, en Espagne, on croit que cette plante a la miraculeuse vertu , par son attouchement seul , de rendre une vierge enceinte. En France même on le croyait jadis: voici comment Desmoulins traduit le célèbre médecin Dalechamp. « Si l’on détrempe « de la farine de froment blanc avec le suc de « cette herbe, et qu’on en fasse des beignets « fricassés au beurre, puis qu’on les mange,

« cela rend tellement les organes faciles à con- « cevoir, que je peux assurer avoir vu plusieurs « femmes qui ont conçu moyennant l’aide de « Dieu et de cette seule médecine. » Hélas ! aujourd’hui on n’est plus si crédule !

CLÉMATITE. — artifice.

N’ employez jamais que d’iunoccns artifices.

Les gueux de profession , en s’appliquant les feuilles de cette plaute sur les bras ou les jambes , se font venir de fausses ulcérations , f que les médecins de la préfecture de police l guérissent en quelques heures au moyen de l'eau chaude et de Bicêtre. Il estun autre genre d’artifice qui n’est que ridicule.

Madame P...., qui achète ses attraits chez le dentiste , le coiffeur , le parfumeur et l’habile faiseuse de corsets , trompait quelquefois son amant avec beaucoup de finesse.

Un des amis de ce dernier, voulant un jour lui faire ses complimens de condoléance : « Hélas! mon cher, lui dit-il , que je vous plains d’avoir une maîtresse artificieuse ! — Dites artificielle, » répondit l’amant.

COLCHIQUE. — automne.

Mes beaux jours sont passés.

Cette fleur d’automne se trouve communément dans lés près. Le vieillard le plus philosophe ne peut se défendre d’une impression de tristesse en la cueillant.

COQUELOURDE. — sans prétention.

F ous êtes sans prétention.

Cette petite fleur, de couleurs variées et d’une culture aisée, ne jette pas un grand éclat dans les jardins; néanmoins elle plaît généralement et se trouve dans tous.

COURONTŒ IMPÉRIALE ou FRITILLÀIRE IMPÉRIALE *. — puissance.

On peut aimer un homme puissant, on déteste un despote.

Les fleurs de l’impériale , disposées en couronne , sont l’emblème de la puissance et du despotisme. Pourtant cette belle plante ne dédaigne pas nos plus simples jardins, et concourt avec les autres fleurs à leur ornement. Sa popularité ne lui a pas fait perdre la faveur des grands, comme à certaines personnes, surtout depuis que les Hollandais en ont obtenu plusieurs variétés intéressantes.

CRINOLE HYBRIDE*, — tendre faiblesse.

L'amour semble s’entendre avec la nature pour favoriser ses enfans.

Cette charmante plante, cultivée depuis peu de temps dans les jardins du roi , à Neuilly, est le fruit adultérin d’un crinole et d’une amaryllis. Sa beauté, son odeur suave, semblent justifier ce qu’on a dit des enfans de l’amour.

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