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SUR UES SOINS A DONNER AUX PLANTES DANS LES APPARTEMENTS

En commençant ce chapitre, je me crois obligé de combattre une erreur dans laquelle sont la plupart des gens du monde à l’égard des plantes en pots qui alimentent les marchés aux fleurs de Paris. On croit généralement que les jardiniers fleuristes hâtent la floraison des plantes en mêlant de la chaux à la terre des pots, laquelle chaux, au dire des acheteurs, brûle les racines et fait mourir les plantes en quelques jours.

Pour détruire cette erreur, il me suffira de faire observer que l’emploi meurtrier de la chaux serait tout à fait contraire aux intérêts des jardiniers fleuristes, attendu qu’ils n’auraient jamais une seule plante bien portante à

apporter aux marchés. Si donc les fleuristes sont eux-mêmes intéressés à ne jamais employer ce poison des plantes, on peut être bien sûr que les pots ne contiendront jamais à leur su un seul atome de chaux.

Ce qui a pu accréditer cette erreur, c’est que souvent on a trouvé au fond des pots des plâtras et des coquilles d’huître décomposées, substances que les jardiniers fleuristes placent là pour faciliter l’écoulement des eaux qui pourriraient les racines des plantes, si ces eaux demeuraient stagnantes.

Les plantes ont quatre conditions indispensables d’existence et de santé : l’air, la lumière, une température convenable et une nourriture appropriée.

Les plantes puisent leur nourriture dans les sucs que renferme la terre végétale au milieu de laquelle elles se trouvent placées, dans l’eau des arrosements décomposée par leurs racines, dans les divers éléments assimilables que l’air ambiant peut contenir, et principalement dans l’acide carbonique. Il faut donc avoir grand soin de donner aux plantes toute l’eau dont elles ont besoin. Dans les appartements chauffés à 25 ou 30 degrés, les plantes pé-

rissent si elles sont privées d’eau seulement pendant vingt-quatre heures. Nous entrerons tout à l'heure dans quelques détails sur la quantité d’eau à donner aux plantes.

En général, ce qui fait mourir le plus souvent les plantes dans les appartements, c’est le manque d’air et de lumière : il faut donc avoir soin de renouveler souvent l’air d’une pièce où l’on veut avoir des plantes. Il faut aussi rapprocher les plantes des fenêtres le plus possible pour leur donner de la lumière.

Les feuilles sont les poumons des plantes, c’est par les feuilles qu’elles respirent et vivent en décomposant l’acide carbonique de l’air, dont elles s’assimilent le carbone et rejettent l’oxygène. Les feuilles ont encore pour fonction de transpirer la surabondance d’humidité absorbée par les racines. Les plantes dont les feuilles sont couvertes de poussière ne peuvent plus remplir leurs fonctions, elles jaunissent et meurent bientôt.

On comprend par là toute l’importance de tenir les feuilles dans un grand état de propreté. Pour enlever la poussière des feuilles, il faut avoir souvent recours à un léger bassinage avec de l’eau à la température de l’ap-

partement où elles sont. L’absence de poussière sur les feuilles est une des principales conditions de la santé des plantes.

C’est surtout pendant la nuit qu’il faudrait pouvoir donner de l’air aux plantes, attendu qu’elles reforment alors l’acide carbonique qu’elles ont décomposé pendant tout le jour.

D’ailleurs ce dégagement d’acide carbonique, s’il avait lieu dans une chambre à coucher, pourrait offrir des dangers d’aspliyxie à la personne qui dormirait dans cette pièce.

Généralement une haute température est toujours défavorable aux plantes ; elles se portent beaucoup mieux à une température moyenne de 10 à 15 degrés.

Pour éviter la décomposition des racines, qui résulte souvent de leur long séjour dans l’eau stagnante, j’ai imaginé la cuvette à dou* ble fond qui s’adapte aux jardinières de toute espèce. Elle est destinée à recevoir la surabondance des eaux d’arrosement.

Dans ces cuvettes, le premier fond sur lequel repose la plante est en zinc; ce fond est percé de trous à travers lesquels les racines des plantes vont aspirer l’eau dont elles ont besoin.

Quand on arrose une plante en pot il faut bien prendre garde que l’eau ne déborde par le ruban supérieur du pot, au lieu de pénétrer la terre pour arriver jusqu’aux racines. Souvent une plante qu’on croit avoir arrosée n’a pas reçu une seule goutte d’eau, la terre du pot est à peine mouillée jusqu’à trois centimètres de profondeur. Avec la cuvette à double fond cette erreur n’est jamais à craindre.

L’eau destinée à l’arrosement des plantes doit toujours, autant que possible, avoir le même degré de température que l’appartement où elles se trouvent, s

Le camélia en pot ou en caisse du 1 er décembre au 30 avril, a besoin, pour fleurir, d’une température de 8 à 10 degrés; une température plus basse ou beaucoup plus élevée ferait tomber tous les boutons. La même chose arriverait si le camélia souffrait par un manque d’eau seulement pendant trois ou quatre heures.

Il est très-difficile de conserver un rosier avec ses feuilles dans un appartement pendant l’hiver; cela tient au changement brusque de température qu’il subit en passant

des serres du fleuriste chauffées à 20 ou 25 degrés dans un appartement plus froid.

Pour avoir un rosier en fleurs chez soi en hiver, il le faut tenir à une température de 45 à 20 degrés, l’arroser tous les jours ou le tenir sur la cuvette à double fond, lui donner de la lumière et ne pas le dépoter.

La bruyère demande beaucoup de soins, car elle est très-délicate. Elle mourrait si elle venait à manquer d’eau pendant une heure seulement. Elle meurt également à une température plus élevée que 25 degrés ou plus basse que 8 ou 6.

La bruyère fait bien dans un vase de porcelaine ou de verre. Pour l’arroser, on plonge le vase jusqu’aux anses, pendant un quart d’heure environ, dans l’eau, puis on le remet en place. Cette manière d’arroser les plantes est préférable à celle qui consiste à verser de l’eau à la surface du pot, attendu que souvent cette eau ne pénètre pas jusqu’aux racines, qui occupent toujours le fond du pot ou du vase.

Pour les bruyères qui se mettent dans des vases spéciaux, je recommande de faire faire des cuvettes à double fond, appropriées à la

forme des vases. De cetle manière, les bruyères ne seront jamais exposées à manquer d’eau.

Les rhododendrons et les azaléas demandent à peu près les mêmes soins que le camélia : une chaleur tempérée et beaucoup d’eau.

Toute espèce d’oignons en fleur ou en boutons demandent beaucoup d’eau et une température qui ne dépasse pas 15 ou 18 degrés; à une température de 25 ou 30, les fleurs passeraient trop vite.

En général, il faut proportionner l’arrosement des plantes aux progrès de la végétation, c’est-à-dire qu’une plante qui commence à végéter n’a pas besoin d’autant d’eau que lorsqu’elle est en fleur.

On ne doit jamais exposer au grand soleil les pots contenant des plantes, car les rayons solaires échauffent les parois des pots au point de brûler l’épiderme des racines des plantes, ce qui les ferait mourir.

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