‹ Les Fleurs naturellesChapitre 5 sur 24 · DES PARURES ET COURONNES DE FLEURS · texte numérisé non relu

DES PARURES ET COURONNES DE FLEURS

Un des plus doux amusements de l’enfance est de tresser des couronnes avec les fleurs qui émaillent les prairies ou qui croissent à l’ombre des bois.

L’amant timide exprime ses premiers feux par l’hommage d’un bouquet; la beauté naïve abandonne à l’être préféré les fleurs que ses mains dérobèrent au gazon, qui parèrent son front ou se fanèrent sur son sein.

La vieillesse elle-même sourit aux fleurs, et souvent les derniers vœux d’un vieillard sont pour une couronne de fleurs sur sa tombe.

Les couronnes et les autres parures de fleurs remontent à la plus haute antiquité.

Chez les Grecs et chez les Romains, la couronne était pour ainsi dire la coiffure ordinaire des grands, des philosophes, de tous les amants du plaisir. La couronne n’était pas seulement portée comme un ornement, mais encore comme objet d’utilité; elle servait à cacher les défauts naturels : Socrate avait toujours la tète ceinte de fleurs; Alcibiade changeait de couronne trois fois par jour. A quatrevingts ans Anacréon mariait les roses à la neige de ses cheveux. César, chauve à trente ans, dut à la couronne de fleurs l’avantage de cacher longtemps ce défaut aux beautés de Rome.

A Athènes comme à Rome, on ne pouvait se présenter nulle part en public, soit au cirque, soit au théâtre ou à l’Académie, sans sa couronne. La couronne était d’obligation pour chaque convive dans les festins.

Le moyen âge proscrivit les couronnes de fleurs et les remplaça par les couronnes d’or enrichies de pierres précieuses qui ornèrent le front des rois, des ducs, des marquis, comtes, barons, etc.

Louis XIV remit en honneur la couronne de laurier à l’usage des héros de son règne,

et réserva les couronnes de fleurs pour les statues des déesses de la fable.

Au dix-huitième siècle on porta des torsades de perles, des panaches de plumes, des diamants, et quelques guirlandes que les dames de la cour mettaient par-dessus leurs paniers.

Sous l’empire, comme nous l’avons déjà vu, on porta peu de fleurs.

Sous la restauration, les fleurs artificielles furent en grande vogue; chacun en porta, depuis la simple paysanne, qui avait à son bonnet des fleurs de pacotille, dites de fantaisie, jusqu’à la duchesse, qui préférait aux roses naturelles les roses en velours et en satin diamantés.

Autrefois, au théâtre, on rendait hommage au talent des comédiens en leur jetant de gracieuses couronnes de fleurs tressées exprès à cette intention; aujourd’hui on se contente de leur-jeter les bouquets fanés qu’on tient par hasard à la main, qu’on a respirés toute la soirée et dont on ne saurait plus que faire. Les comédiens répondent comme il convient à cet hommage de mauvais goût. Les fleurs, ramassées au râteau par leurs valets, vont grossir

les tas d’ordures qu’enlèvent chaque matin mille tombereaux dans la capitale pour fumer les champs des environs de Paris.

De nos jours on semble vouloir revenir aux beaux temps de la Grèce et de Rome.

Les fleurs naturelles sont remises en honneur. Déjà une femme du monde ne peut plus se présenter décemment dans un bal, dans une soirée, sans avoir une rose ou un camélia à son corsage. Espérons qu’on ne s’arrêtera pas là, et que bientôt la couronne et le bouquet seront d’une rigoureuse obligation dans toute réunion qui aura le plaisir pour but.

Pourquoi même nos grandes dames ne remplaceraient-elles pas leur disgracieux chapeau par de gracieuses et odorantes couronnes de Heurs. Celles surtout qui tiennent à se distinguer de la foule par un signe caractéristique. Tout le monde peut porter des rubans et des fleurs artificielles, mais il faut être riche pour porter une parure de fleurs naturelles toujours fraîche, attendu que les fleurs naturelles se fanent rapidement et que la même parure ne peut servir qu’une seule fois. Je ne vois pas de moyen à la fois plus sûr et plus agréable pour le grand monde de

so distinguer de la classe moyenne. Les Heurs sont d’ailleurs l’emblème naturel du luxe, de la richesse et de l’abondance. Tôt ou tard, nous en sommes sûr, elles remplaceront et le chapeau difforme et absurde et le bonnet de gaze, de tulle ou de percale, plus absurde et plus difforme encore que le chapeau. En attendant cette heureuse révolution, que nous appelons de tous nos vœux, et pour la préparer autant qu’il est en nous, nous allons décrire les diverses espèces de parures de fleurs naturelles actuellement consacrées par la mode. Nous avons hasardé quelques conseils sur le mélange des couleurs et leur assortiment avec le teint, la toilette et la taille des personnes, la forme et la grosseur de la tête, etc., etc.

Page 1