BOUQUETS DE CORSAGE
Le bouquet de corsage, porté depuis la plus simple bergère jusqu’à la plus grande duchesse, est le complément de la parure, et fait le plus bel ornement de la toilette d’une dame.
C’est aussi le témoin muet de bien des pensées, de bien des désirs, de bien des confidences, dont il emporte le secret en mourant sur le sein palpitant qu’il a orné et parfumé pendant quelques heures ! hélas ! ces pauvres martyrs de nos fêtes joyeuses ont un sort bien différent! Les uns, après avoir été les interprètes des plus tendres sentiments, sont conservés précieusement et accompagnent quelquefois jusque dans la tombe celles qui les ont portés. Les autres, après avoir aidé aux triomphes d’une coquette, après l’avoir ennivrée de leurs parfums, sont jetés au milieu
cle la rue par les mains des valets et retournent en poussière végétale. Ceux-ci, mal assurés au corsage par une femme de chambre sans adresse, se détachent au premier tour de walse et sont foulés sous les pieds des danseurs !
Que ne pouvez-vous être témoins, mesdames, des peines que coûtent à madame Lachaume ces bouquets dont vous avez pour la plupart si peu de soin ! si vous saviez quelle dépense de temps et de talent exige un seul bouquet, vous les traiteriez avec moins de rigueur par égard pour la main savante qui les façonna.
Quelle jolie coiffure de géranium porte madame la comtesse de D..., disait l’hiver dernier, dans un bal, la duchesse de M... à son amie, la jolie marquise de B... ; voyez ces fleurs trembler sur leurs légers pédoncules et ces gouttes d’eau, comme elles semblent naturelles! on dit autour de nous que ces fleurs sortent de la maison Bâton. Vous êtes dans l’erreur, duchesse, répondit la marquise; ces géraniums sont naturels, j’ai été trompée comme vous, je me suis approchée tout à l’heure de la comtesse pour m’assurer, par
mes propres yeux, et tenez, voilà un pétale de géranium que j’ai détaché moi-même de la couronne de la comtesse. Cette parure, qui fait illusion ainsi, sort du magasin de madame Lachaume !
Cette petite anecdote, que m’a racontée madame la comtesse de D... elle-même, en dit plus que les plus flatteurs éloges sur le talent de fleuriste de madame Lachaume (1).