‹ Les Flibustiers de la SonoreChapitre 41 sur 64 · GUERRERO, CARMEN · texte numérisé non relu

GUERRERO, CARMEN

guerrero. Carmen!... Carmen!

'cahmen. Vous ici, libre?

GUERRERO. Non, prisonnier sur parole. (Avec un sourire fa-

rouciie.) Mais gardé à vue, à toutes les portes et sous toutes les fenêtres. C'est ainsi qu'on a eu foi dans ma loyauté.

carmen. Vous savez donc mouvrai nom?

guerrero. Oui, je sais que vous m'avez trompé en vous faisant passer pour voire frère. Je suis là, collé à ce. te porte, depuis une heure. Je sais tout. J'ai tout entendu, tout ce qu'ils ont dit, et tout ce que lu viens de dire.

carmen. Eh bien? que voulez-vous de moi?

guerrero. Tu es Mexicaine, le sang d'Aguilar coule dans les veines, el lu me le demandes?

carmen, avec deduiu. Ah ! vous voulez me parler de vengeance?

GUiïiiREHo. N'avons-nous pas les mômes haines?

carmen. Qui vous dît. que je hais?

guerrero. Qui me le dit? toutes les rages qui me déchirent!

carmen. Ah! oui, je comprends... lues le crime, loi, et par conséquent tu es la haine!

guiîrrero. Et loi ?

carmen. li n'y a rien de commun entre vous et moi... adieu !

guerrero. Ah! pas encore... Ne l'éloigné pas... je suis si malheureux! Oh ! je souffre!.. .si tu sa va iscomme je souffre !... Tout le monde s'est retiré de moi, je suis seul, errant, prisonnier dons mon propre palais. Ceux que je rencontre détournent la lêtc. On me fuit avec horreur. Ils m'ont retiré mes armes. Ils onLhicn iail. Je me serais tué au milieu de quelque monstrueuse hécatombe ; niais on me surveille. Cette nuit, j'ai voulu mettre le feu à celte maison, j'ai échoué, c'est fini, j'ai sur moi la malédiction du crime, et la honte du soldat vaincu. El ils veulent que je vive ! Impuissant, terrassé, souillé, damné, tant pisl... 11 faut que je vive...! Je serai de b cérémonie des fiançailles tout à l'heure. C'est moi, le tuteur, qui dirai à ce Français : « Monsieur le comte, je vous donne ma nièce. Elle a cinq millions de fortune, elle est

roi.

belle comme une aurore, elle sérail di»-ne d'un

Mais

■gouttes de poison indien dans une rainure secrète que je fis creuser entre les deux anneaux de ma bague de mariage Je trouvai cela poétique! Mais je fe le dis, je n'étais qu'une enfant, et la vie en moi eût bientôt raison de la mon.

guerrero. T.ii l'as gardée, celte bague?

carmen. La voici.

guerrero. Aie pitié de moi, Carmen!

carmen. Tu veux le tuer?

GUERRERO. Oui !

carmen. Alors, je vais prier Dieu qu'il nous pardonne à' tous deux, à toi ce nouveau crime, à moi cette complicité! guerrero. Tu consens?

carmen. La voici... Adieu... — Ah! ne me remercie pas.

(Elle sort avec précipitation.)

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