‹ Les Flibustiers de la SonoreChapitre 61 sur 64 · HORACE, ANGELA · texte numérisé non relu

HORACE, ANGELA

horace. Une sœur, une religieuse !

anoela. C'est moi, llorace 1

horace. Angela ! vous! vous ici! Ah ! tous les bonheurs m'accablent en même temos.

LES FLIBUSTIERS DE LA SONUftE

angela. Ne pensiez-vous pas me revoir?

horace. Oh si 1 mais dans une heure seulement.

angela. J'ai obtenu celte autorisation de notre sain tévêque. ï'ouebé de mes malheurs et des vôtres, il a consenti, malgré ]a règle, à me laisser pénétrer auprès de vous, afin que la dernière main qui pressât la vôtre lui la mienne, que la dernière prière pour vous ouvrir le ciel fût prononcée par mes lèvres.

houace. Il s'agit bien delà mort! il s'agit de la iuile. Tout est prêt. Je n'attends plus qu'un signal, et liens.,, tiens... écoule, le voilà !.. .

voix de sentinelles, sous la fenêtre. Sentinelles, veillez!

noiïACE. As-iu entendu? eh bien, c'est le signal de ma délivrance, de la tienne, de notre liberté! Regarde, .j'ébranle les barreaux de celte fenêtre elils restent dans ma main. Attends un peu et un cordon de soie va m'êlre jeté, qui nous amènera une échelle de corde ? Une barque est cachée derrière le môle, mes compagnons sont-ià : de Sauves, Vaientin, Pierre, Simon! Ah! voici l'échelle, tout est prêt, tout !... — Ah! Dieu est bon !... Je respire déjà l'air libre, lu es entrée, et la vie est rentrée en moi, et avec la vie, l'espoir, le cou^rage, la puissance. Là, tout est prêt. Et maintenant, mon Angela^ viens, je t'enlève !

ANGELA, écartant la manie blouc qui la recouvre, et montrant à Horace l'uniforme des Dames cîe la Merci, dont elle est revêtue. Horace,

vous ne voyez donc pas l'habit que je porle ?

horace. Oui, oui, ]e sais! On t'avait enfermée au couvent delà Merci, et pour le soustraire mieux encore à toutes les recherches, on t'availrevêtue de l'habit des saintes Filles, mais Guerrero n'a plus de droits sur toi, Guerrero protège ma lui le et te rends la liberté, tiens, lis...!

angela. Ah !... en signant cet écrit Guerrero savait bien qu'il le signait trop lard.

non ace. Trop lard!

ange la. Oui, j'étais retombée aux mains de Guerrero, vos soldais élaïent dispersés, Hermosillo élail repris, vous étiez prisonnier, un conseil de guerre élail rassemblé pour vous condamner... alors i! est venu, lui, Guerrero, dans l'église de la Merci, entouré de son état-major, pour remercier le ciel de ce qu'ils appellent la délivrance de la Sonore! Je l'ai entendu déclarer à haute voix que mes fiançailles avec le révolté j le proscrit, le condamné à mort étaient illusoires; je l'ai vu s'avancer vers moi, je l'ai vu étendre la main sur moi comme pour me prendre .. Oh ! 3lors, Horace, un courage surhumain est descendu en moi, je me suis levée, indignée, frémissante, pâle, et j'ai pris à témoin le ciel et les hommes, et devant tous, devant la foule émue de ma douleur, j'ai solennellement donné ma fortune à l'Église et ma vie à Dieu!

VOIX DE LA SENTINELLE. Sentinelles, veillez! (Horace rejette l'échcllcdc corde parla fenêtre.)

angela. Horace, que l'ai les- vous t Horace, vous pouvez fuir ! fuyez I

notiACE. 11 n'est plus temps !

angela. Ah! qu'avez- vous fuit? Vous pouviez vivre, et vous voulez mourir 1

iiouace. Oui, Angela, oui, notre vie terrestre va finir. Mais ne pleure pas, ma sœur, les autres ne m'apporteraient que la lutte, les ambitions, les folles espérances, les riens, les chimères... Toi, tu m'apportes la réalité splendide, le ciel !...

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