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LiuunniSère
Perdu dans les brouillards du sophisme et du doute. Le monde, dans un noir tournoîment emporté, S'effarait, quand soudain retentit sur la route La voix de l'immanente infaillibilité.
<} Les Floraisons Matutinales
Et l'on vit. aveuglant les fils de Zoroastre, Perçant l'ombre où la haine occulte écume eucor, Brillante i\v> clartés que verse un lever d'astre, Resplendir la tiare aux trois eouronnes d'or.
Triple soleil d'espoir éclatant dans la brume Du sombre gouffre humain. Triple feu du flambeau Que Rome aux chandeliers à sept branches allume. Triple splendeur de Paul s'élànçant du tombeau.
Hosanna ! Béni soit Léon. 1 nommedumière, L'être divinisé, l'être immatériel.
L'âme, l'élu, le saint, l'ange intermédiaire Entre Job et Jésus, entre l'homme et le fiel.
Il n'a plus qu'un lambeau de pourpre et de couronne, Mais cet humble martyr qui pleure et qiri sourit, Ce divin qui bénit, ce clément qui pardonne, A jamais reste roi par le verbe et l'esprit.
Lu ni i< r,
( le souverain qui n'a que son titre de père . Qui, pour sceptre, n'a plus qu'un roseau de pasteur. Ce prince <le douleur, d'angoisse el <le misère, Apparaît à nos yeux comme un triomphateur.
Au-dessus de ces fronts royaux que l'anarchie Menace, beau de calme et de sérénité,
Il se dresse et l'on voit sur sa tête blanchie Flotter comme une vague aube d'éternité.
Il parle, et l'Occident se prosterne en prière : Il appelle, et, là-bas, l'Orient, solennel, Dan- la chape d'argent «le sa gloire première, Exulte au cri du pape et vibre à son appel.
Les profondeurs de l'autre azur frémissent toutes. Et la Miséricorde en pleurs, sur l'univers Épandant les trésors des suprêmes absoute-. Rouvre les cieux fermés et ferme les enfer-.
Les Floraisons Matutinales
De l'aurore au couchant, l'encyclique féconde, Dans le déclin du grand siècle qui va finir, Sous le souffle de Dieu, s'en va de par le monde Répandre amour et paix, consoler et bénir.
Gloire au nouveau Jean ! gloire à l'aigle des symboles i Gloire au révélateur des secrets de Sion ! Au voyant dont le front constellé d'auréoles S'incline sous le vent de l'inspiration !
Béni soit-il, celui dont le vaste génie, Sur l'abîme du dogme ancien toujours nouveau, Ouvrant une nouvelle échappée infinie, Voit plus large, descend plus profond, va plus haut- Gloire au Buonarotti de la foi catholique, Qui bâtit, sur le roc de Pierre, un monument Taillé dans le carrare et dans le pentélique, Eblouissant d'azur, d'or et de diamant.
L'idylle dorée
Au vent joyeux de la bomie nouvelle L'étable s'ouvre : et sa merveille est telle Que les naïfs bergers en sont troublés.
Illuminant la crèche sombre encore.
L'Enfant paraît, en un orbe d'aurore, Plus blond que l'or des méteils et des blés.
10 Les Floraisons Matutinales
Tout reluit sou- L'humble chaume eu ruine;
Tout y rutile. 0 nuits de Palestine,
De vos ciels d'aube pâle, est-ce un reflet?
Lune magique, est-ce ton sortilège?
Est-ce l'éclat de ta blancheur de neige? Est-ce ton charme, ô bel enfanteiet?
Un homme est là. grave comme en un temple: Hiératique, il admire, il contemple, Ne sachant plus que bénir à genoux.
Dans son long voile et dan- sa blanche robe, Pudique et belle, aux regards se dérobe Vue humble femme au profil triste et doux.
Couple candide, ils restent sans parole, Le front ceint d'une opaline auréole, Navrés d'amour et de ravissement.
L'id !///c dorée 11
Le père exulte, et la mère soupire :
Tendre, elle l'ait ell'ort poilT lui sourire. Mais son sourire expire tristement.
Elle, la Sainte, elle. L'Immaculée,
Oh ! comme elle est confuse, émerveillée,
Toute à son rêve et toute à son affront.
Elle se voit dans une bergerie,
Et. pour son Christ, non pour elle. .Marie
Pleure, le glaive au cœur, l'épine au front.
Le nouveau-né, demi-nu. que l'haleine Du bœuf et de l'âne réchauffe à peine, Tout frêle et tout mignon, tremble et vagit.
La plus modeste entre toutes les mères Se meurt de honte, et Le sang de ses pères Comme une pourpre à sa tempe rougit.
12 Les Floraisons Matutinales
Dans ce réduit de misère, les anges, Venus du ciel, modulent les louanges Du gracieux petit roi de Sion.
L'oreille entend la harpe qui console, La tendre lyre et la tendre viole.
Et le théorbe et le psaltérion ;
Mais, ni le luth qui berce et qui caresse, Ni la viole exquise de tendresse, Rien n'a charmé le souci maternel.
Pensive, au bord de la crèche accoudée, Elle pressent, crucifiante idée, Quelque chagrin qui lui semble éternel.
Les séraphins suspendent leur cantique ; Et l'âpre son du hautbois bucolique Se mêle au frais gazouillis des pipeaux.
L'idylle dorée 13
La corne a pris sa voix la plus" câline, Et le roseau langoureux, en sourdine, ■Chante à ravir l'âme des bleus oiseaux.
On croit ouïr les endormeuses plaintes De l'air parmi les légers térébinthes, Du soir parmi les pâles oliviers.
En la blancheur de la lumière astrale Monte et descend la fraîche pastorale Que dit le chœur rustique des bouviers.
Cette musique élyséenue coule
Et, vrai miracle, ondule et se déroule,
S'achève et file en sanglots inouis.
Des femmes vont à l'adorable Juive Offrir, avec la myrtille et l'olive, Roses et lis tout frais épanouis.
14 Les Floraisons Ma ht final es
Silencieux, dévalant les collines,
Orientés par les clartés divines.
Déjà, voici les chameliers du Nil.
Ils ont offert l'ambre et le cinnamome Et ces lotus d'oasis dont l'arôme Calme et guérit le mal le plus subtil.
Ni les soupirs des pipeaux et des flûtes, Ni le noël des clievi iers hirsutes, Rien n'a charmé le maternel souci ;
Ni les lotus, ni les lis de Judée, Ni l'oliban des rois de la Chaldée, Rien ne l'allège et rien ne l'adoucit.
Dans son berceau que la mousse encourtine, L'enfant s'éveille, et sa lèvre enfantine S'ouvre et sourit d'un sourire de ciel.
L'idylle dorée 15-
Sur cette bouche idéalement rose,
La Mère, moins songeuse, moins morose,
Pose un baiser mouillé de pleurs de miel.
O tendres pleurs, délicieuses larmes,
Est-il quelqu'un qui résiste à vos charmes ?
Femme, tes pleurs fout pleurer tous les yeux!
Dès son réveil, calme, à celle dont l'âme D'inquiétude et d'angoisse se pâme.
Le Fils envoie un regard radieux.
Nul pavillon d'impérator n'égale
Ce gîte où luit la gloire filiale,
Ce lit de paille aux rideaux de soleil.
Le pâtre adore et Joseph s'extasie :
Certes, jamais les huchiers de l'Asie Ni les bouviers n'ont vu tableau pareil.
16 Les Floraisons Matutinales
Vision rose, exquise épiphanie, Divine idylle à jamais non finie, Charmante encore après dix-huit cents ans !
Aux Bethléem mystiques, des deux Mondes Peuples et rois, caravanes profondes, A pleines nefs apportent des présents.
Bercail d'azur, asile de mystère, Où le noël amoureux de la terre Alterne avec le cantique des cieux !
Crèche où naquit l'agneau des paraboles,
Agreste autel des célestes symboles,
Je vois s'ouvrir ton chaume harmonieux.
Tout ébloui, sur le seuil je m'arrête, Je me prosterne et je courbe la tête, Dans la pénombre, en silence, à l'écart.
L'idylle dorée 17
Pour te louer, divin berceau, j'aspire L'harmonieux lyrisme qu'on respire Dans les motifs des aèdes de l'art.
O Mère pure, ô Vierge maternelle, Vase de nard qui déborde et ruisselle, Inonde-moi des flots de ton amour !
Je veux bercer ta peine et ta hantise,
Adoucir le mal qui te martyrise,
Je veux aimer ton Jésus sans retour.
Suivant les pas des bergers et des Mages, Je viens offrir l'encens de mes hommages. Que n'ai-je l'or des antiques Crésus !
Oh ! laisse-moi, Vierge, Mère divine, Prendre en mes bras, presser sur ma poitrine, Ton bien-aimé, ton trésor, ton Jésus !
Les Floraisons Matutinales
Je veux que ma lèvre à sa lèvre touche. Combien heureux je serais, si ma bouche Pouvait chanter un chant digne de toi !
Mai» c'est en vain que mon hymne s'élance. Suspends ton rythme, ô mon cœur, le silence Exprime seul mon extatique émoi.
Le VSatiqMe
La cloche, lente, à voix éteinte, Tinte au clocher paroissial, Et l'écho tremblant de sa plainte Tinte et meurt dans l'air glacial.
2* Les Floraisons Matutinales
L'airain soime en branle. On écoute.
Pour qui le glas a-t-il tinté ? Et le son grave, avec le doute, Tombe sur le cœur attristé.
C'est dans un hameau solitaire, Où l'homme, encore rude et sain, Pauvre sur une maigre terre, Vit obscur et meurt comme un saint.
Aux premiers branles de la cloche, Les humbles seuils se sont ouverts.
Un bruit de pas drus, qui s'approche, Frappe l'air lourd des champs déserts.
Par les sentiers que l'ombre voile Défile un cortège ; en avant, On voit filer comme une étoile Un cierge qui vacille au vent.
Le Viatique 2 1
Mi- voilé d'un lambeau de moire, Sur le blanc d'un fin lin bénit, Aux mains du prêtre le ciboire Comme un soleil d'argent reluit.
A genoux ! c'est le Viatique, C'est le dictame des souffrants, Le pain de l'au-delà mystique, Le divin chrême des mourants.
L'or pâle et la pourpre amortie Du crépuscule occidental Au-dessus de la sainte hostie Forment comme un dais triomphal.
Toi qui vois l'invisible gloire De cet invisible passant.
Humble fils de la glèbe noire, Incline-toi, comme un enfant-
C'est Lui : cette pompe céleste Proclame sa divinité, Et ce tant naïf culte agreste Nous dit sa pauvre humanité
Quelques paysans en prière Suivent, leur rosaire à la main ; Les clous des souliers de misère Sonnent aux cailloux du chemin.
L'humble suite rustique passe Au refrain machinal des mots Que traînent à voix lente et basse Les dévotes et les dévots.
Oh ! bienheureux ce pauvre monde Qui devine, et croit sans les voir, Les choses qu'une ombre profonde Cache aux maîtres du haut savoir.
Le Viatique 23
Heureuses ces âmes crédules Qui gardent confiance et foi Aux mystérieuses formules De l'ancienne et nouvelle loi.
On n'entend sur la route sombre
Que la clochette du sonneur.
C'est l'heure où la mort vient dans l'ombre.
Hâtez-vous, courrier du Seigneur.
Hâtez- vous ! Tout est morne et triste. Hâtez-vous ! D'un seul vol, sans bruit, La mort s'abat à l'improviste, Comme un sinistre oiseau de nuit.
Là-bas, dans la chambre blafarde, Un malade souffre à mourir. Oh ! comme il est lent, comme il tarde, L'ami qui s'en vient le guérir !
Les Floraisons Matutinaïes
Du beffroi la grave harmonie S'éteint, triste comme un adieu.
Ange gardien de l'agonie.
Soutiens les pas du porte-Dieu.
L'avril boréal
Est-ce l'avril ? Sur la colline Rossignole une voix câline,
De l'aube au soir.
Est-ce le chant de la linotte?
Est-ce une flûte ? est-ce la note
Du merle noir ?
Les Floraisons Mat ut huiles
Malgré la bruine et la grêle, Le virtuose à la voix frêle
Chante toujours ; Sur mille tons il recommence La mélancolique romance
De ses amours.
Le chanteur, retour des Florides, Du clair azur des ciels torrides
Se souvenant, Dans les bras des hêtres en larmes Dit ses regrets et ses alarmes
A tout venant.
Surpris dans son vol par la neige, Il redoute encor le cortège
Des noirs autans ; Et sa vocalise touchante Soupire et jase, pleure et chante
En même temps.
L'avril boréal 27
Fuyez, nuages, giboulées, Grêle, brouillards, âpres gelées,
Vent boréal !
Fuyez ! La nature t'implore, Tardive et languissante aurore
De floréal.
Avec un ciel bleu d'améthyste, Avec le charme vague et triste
Des bois déserts, Un rythme nouveau s'harmonise.
Doux rossignol, ta plainte exquise
Charme les airs !
Parfois, de sa voix la plus claire, L'oiseau, dont le chant s'accélère,
Egrène un tril :
Dans ce vif éclat d'allégresse, ■C'est vous qu'il rappelle et qu'il presse,
Beaux joiirs d'avril.
28 Les Floraisons Matutinale»
Déjà collines et vallées
Ont vu se fondre aux soleillées
Neige et glaçons ; Et, quand midi flambe, il s'élève Des senteurs de gomme et de sève
Dans les buissons.
Quel souffle a mis ces teintes douces Aux pointes des frileuses pousses ?
Quel sylphe peint De ce charmant vert véronèse Les jeunes bourgeons du mélèze
Et du sapin ?
Sous les haleines réchauffées Qui nous apportent ces bouffées
D'air moite et doux, Il nous semble que tout renaisse.
On sent comme un flot de jeunesse
Couler en nous.
L'avril boréal 2©
Tout était mort dans les futaies ;
Voici, tout à coup, plein les haies,
Plein les sillons, Du soleil, des oiseaux, des brises, Plein le ciel, plein les forêts grises,
Plein les vallons.
Ce n'est plus une voix timide Qui prélude dans l'air humide,
Sous les taillis ; C'est une aubade universelle ; On dirait que l'azur ruisselle
De gazouillis.
Devant ce renouveau des choses, Je rêve des idylles roses ;
Je vous revois, Prime saison, belles années, De fleurs de rêve couronnées,
Comme autrefois.
30 Les Floraisons Matutinales
Et, taudis que dans les clairières Chuchotent les voix printauières,
En moi j'entends Rossignoler l'âme meurtrie, La tant douce voix attendrie
De mes printemps.
A la claire foetal ne
Pierre, mon an:i Pierre.
A la guerre est allé. Pour un bouton de rose Que je lui refusai.
(Bercedse anciens
Il est une claire fontaine
Où, dans un chêne, nuit et jour
Le rossignol, à gorge pleine,
Redit sa peine
Et son amour.
32 Les Floraisons MatutinaZes
Si belle et si douce est sou onde, Si transparente, si profonde, Qu'on vient de bien loin à la ronde
S'y promener
Et s'y baigner.
Son flot où la menthe et la prêle Poussent, à fleur d'eau, pêle-mêle, Filtre son cristal à travers
Le filtre frêle
Des cressons verts.
Les jeunes filles, le dimanche, Y vont, nu-tête, fleurs au front, En mai, sous le chêne qui penche,
En jupe blanche,
Danser en rond.
A la claire fontaine 33
Il en est une — une promise — Qni fuit et la danse et le bruit, Et qui, clans son deuil de payse, Martyre exquise, Se meurt d'ennui.
Un soir que la blonde amoureuse Se mirait dans la source ombreuse, Un pâtre à la voix langoureuse
Lui fit l'aveu
D'un premier feu.
" Oh ! donne-moi cette églantine Dit-il, très-bête et tout confus.
La belle dit : Non, et s'obstine,
Apre et mutine,
Dans son refus.
34 L> s Floraisons Matutinales
Fou de dépit, fou de colère,
Sans voir celle qui fut si chère, Le bon ami, le pauvre enfant.
Pour la frontière Part eu pleurant.
Aux jeunes la guerre est bien dure :
Le mal du pays les torture :
On pleure. Oh ! que le temps nous dure
Loin de ce doux
Pays : Chez nous.
Vers une rive plus clémente,
Le rossignol a pris L'essor.
Seule, au bord de l'onde dormante.
La pauvre amante
Soupire encor.
A la claire fontaine 35
En vain de ses pleurs elle arrose Le bouquet qui fit son malheur :
" Reviendra-t-il ? Rosier morose, Rends-moi ta rose, Rends-moi ta fleur ! "
Trois ans après, un militaire, Sac au dos, couvert de poussière, De la fontaine solitaire,
Bâton en main.
Prit le chemin.
C'est lui ! — C'est elle ! — Sans rien dire. Le soldat aux yeux attendri-.
Et la chère à me qui soupire,
Dans un sourire
Se sont compris.
^36 Les Floraisons Mal u finales
La dernière fleur de l'année, Des pleurs de l'automne baignée, S'effeuille au vent. La belle offrit
La fleur fanée
Au fier conscrit.
Et ce bouquet, que la hantise
De l'amour naïf poétise,
Répand, dans l'air doux qui les grise,
Comme un relent
De lilas blanc
Ohé ! danseurs, à la fontaine, Dansez en rond, chantez en chœur !
Le plus beau garçon de la plaine,
A Magdeleine
Donne son cœur.
A celle qine j'aimie
Dans ta ménioii'e immortelle, Comme dans le reposoir D'une divine chapelle, Pour celui qui t'est fidèle, Garde l'amour et l'espoir.
Garde l'amour qui m'enivre.
L'amour qui nous fait rêver ; Garde l'espoir qui fait vivre :
Garde la foi qui délivre, La foi qui nous doit sauver.
L'espoir, c'est de la lumière, L'amour, c'est une liqueur, Et la foi. c'est la prière.
Mets ces trésors, ma très chère, Au plus profond de ton cœur.
France
Oui, mon pays est eucor France :
La fougue, la verve, l'accent, L'âme, l'esprit, le cœur, le sang, Tout nous en donne l'assurance :
La France reste toujours France.
40 Les Floraisons Matutinales
Aujourd'hui, tout comme uaguères, Ne sommes-nous pas. trait pour trait.
Le vrai profil, le vif portrait Du Normand, père de nos pères ?
Français, vous êtes nos grands frères.
Il est toujours vert et vivace, Le rameau du vieil arbre franc :
De sève chaude exubérant, Superbe et fort comme la race»
Il est toujours vert et vivace.
Vienne la magnifique aurore Des fêtes d'hiver, Montréal, Narguant l'âpre vent boréal, Pour la danse revêt encore Son domino multicolore.
France 41
Pittoresque palais féerique, Sur tes murs de glace et de feu, Le drapeau rouge, blanc et bleu Arbore au soleil d'Amérique La chaude gaîté d'Arinorique.
Avec la fusée écarlate, Qui crépite et crible d'éclairs Le cristal de tes dôiues clairs, Dans l'air qu'elle échauffe et dilate L'allégresse de Frauee éclate.
Mais au lointain si notre oreille Entend le clairon du combat, C'est alors que le cœur nous bat, C'est alors que le sang s'éveille, Au son qui frappe notre oreille.
42 Les Floraisons Matutinales
Sonnez, chantez, clairons sonores !
Allons, étendards, eu avant !
Dans le feu, l'éclair et le veut, Déployez vos plis tricolores !
Sonnez, chantez, clairons sonores !
L'envahissement est immense.
— Pour chasser ces grands reîtres roux,
Que ne sommes-nous avec vous,
Jeunes soldats de la défense !
Oh ! notre douleur est immense.
France, ô maternelle patrie,
Nos cœurs, qui ne font qu'un pour toi,
Encore palpitants d'émoi,
Saignent des coups qui t'ont meurtrie,
France, ô matsrnelle patrie !
/•'ni iicr !:;
Ici comme là-bas on pleure.
Dévorant le sanglant affront, Baissant les yeux, courbant le front, Silencieux, on attend l'heure.
Ici comme là-bas on pleure.
Quand finira l'horrible transe ?
Oh ! quand de Versaille à Strasbourg,
Cloche, canon, clairon, tambour
Proclameront la délivrance
De la grande terre de France ?
La mer
Loin des grands rochers noirs que baise la marée, La mer calme, la mer au murmure endormeur,
Au large, tout là-bas, lente s'est retirée,
Et son sanglot d'amour dans l'air du soir se meurt.
La mer fauve, la mer vierge, la mer sauvage, Au profond de son lit de nacre inviolé Redescend, pour dormir, loin, bien loin du rivage, Sous le seul regard pur du doux ciel étoile.
La tuer
La mer aime le eiel : c'est pour mieux lui redire, A l'écart, en secret, son immense tourment, Que la fauve amoureuse, au large se retire, Dans son lit de corail, d'ambre et de diamant.
Et la brise n'apporte à la terre jalouse, Qu'un souffle chuchoteur, vague, délicieux : L'âme des océans frémit comme une épouse Sous le chaste baiser des impassibles cieux.
Meoec
Comme un factionnaire immobile an port d'arme, Dans ces murs où Fou croit ouïr se prolonger Le grave écho lointain d'un qui vive d'alarme. A ses gloires Québec semble encore songer.
L'humble paix pastorale a replie son aile Sur l'âpre terre où gît le sombre camp des morts Du bugle ensanglanté, la plaine solennelle N'entend plus retentir les tragiques accords.
(Jtirlxc
Au flanc de la redoute, aux poternes ouvertes, Aux créneaux de la tour, aux brèches des remparts,
La mousse dont l'avril a teint les franges vertes,
Suspend ses verts pavois et ses verts étendard-.
Au port ne viendront plus mouiller les caravelles. Qu'importe? contre toute espérance, on attend. On attend qu'on nous fasse assavoir dv^ nouvelles De- bourgs d'où sont venu.- Les purs Français d'autan.
Hante du souvenir qui le tient en tristesse, De par delà les mers, du lointain, de là-bas, L'ancien logis qu'enchante une immortelle hôtesse. De jours en jours attend quelqu'un qui ne vient pas.
Sou ventes fois, la nuit, comme aux jouis i\v^ grands sièges. Vibrent d'étranges sons de cors et de tambours : Et, sauvent, l'on a cru voir de pompeux cortèges Défiler, radieux, sous l'ombre des faubourgs.
4S Les Floraisons Maiutinales
Une garde fantôme, une ronde macabre, Passe, marc-liant à pas sonore et régulier, Et l'on entend tinter des cliquetis de sabre Sur les ma relies de bois du gothique escalier.
O Québec, reste fier, reste haut sur la rampe Que dore le passé. Pour nous hausser le cœur, Pour brandir fièrement les couleurs de ta hampe, Sois-tu toujours debout, sois-tu toujours vainqueur !
Tant que les doux rivaux du divin Crémazie, Inclinés sous le vol d'un lyrisme idéal, Invoquant à genoux la sainte poésie, Chanteront à plein cœur l'hymne national :
Tant que le pur accent d'une langue immortelle Vibrera dans l'ancien parler pur de chez nous ; Tant qu'un rayon d'amour luira dans la prunelle De la Canadienne aux clairs jolis yeux doux !
Québec 49
A plein ciel, sur les toits, sur les places publiques, Les hivers succédant aux hivers, neigeront. Les chasses où la France a serti ses reliques Sous leur rouille de gloire oneques ne périront.
Aujourd'hui le cœur s'ouvre, et tout revit. Sur l'onde Dansent les rayons d'or du clair soleil pascal. Le roc s'ouvre. Qui vive ? . Il faut que l'on réponde, Sans peur, à haute voix : Frontenac et Laval.
Missive
A M. et Mme LOUIS FRECHETTE
Le poète, A la grâce comme an talent.
Souhaite Un long cycle de jours de l'an.
Le ciel veuille Que nul âpre souffle inhumain
N'effeuille Les fleurs qui sèment leur chemin.
Missive
Que la lyre Tcm jours unisse au clair accord
Du rire Le rythme des sept cordes d'or.
Be thy grave ever gréée l