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Fleurs d'aurore

Comme au printemps de l'autre année, Au mois des fleurs, après les froids, Par quelque belle matinée, Nous irons encore sous bois.

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Nous y verrons les mêmes choses, Le même glorieux réveil, Et les mêmes métamorphoses De tout ce qui vit au soleil.

Nous y verrous les grands squelettes Des arbres gris, ressusciter, Et les yeux clos des violettes A la lumière palpiter.

Sous le clair feuillage vert tendre.

Les tourterelles des buissons, Ce jour-là, nous feront entendre Leurs lentes et molles chansons.

Ensemble nous irons encore Cueillir dans les prés, au matin, De ces bouquets couleur d'aurore Qui fleurent la rose et le thym.

15(5 Les Floraisons Matutinales

Nous y boirons l'odeur subtile, Les capiteux arômes blouds Que, dans l'air tiède et pur, distille La flore chaude des vallons.

Radieux, secouant le givre Et les frimas de l'an dernier, Nos chers espoirs pourront revivre Au bon vieux soleil printanier.

En attendant que tout renaisse, Que tout aime et revive un jour, Laisse nos rêves, ô jeunesse, S'envoler vers tes bois d'amour!

Chère idylle, tes primevères Eclosent en toute saison ; Elles nargueut les froids sévères Et percent la neige à foison.

Fleurs d'aurore

Eternel renouveau, tes sèves Montent même aux cœurs refroidis, Et tes capiteuses fleurs brèves Nous grisent comme au temps jadis.

Oh ! oui, nous cueillerons encore, Aussi frais qu'à l'autre matin, Ces beaux bouquets couleur d'aurore Qui fleurent la rose et le thym.

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Ils disent qu'an ciel on retrouve Ces chers petits morts tant pleuré?.

Ah ! savent-ils bien ce qu'éprouve Le cœur des parents éplorés.

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Chrysanthèmes 69

Ils sont étonnés qu'on se plaigne.

Savent-ils bien notre douleur ?

A nous dont le sein meurtri saigne, On parle d'un monde meilleur !

J'y crois à cette autre demeure, A cet immense azur béni ; Oui, j'y crois ! et, pourtant, je pleure J'ai peur de ce vague infini.

Lui, là-haut, si loin de sa mère !

Je ne puis croire qu'il n'ait pas Comme une nostalgie amère De ceux qu'il aimait ici-bas.

Et, comme en un rêve, il me semble Voir errer dans ce ciel si grand^ Un bel ange qui lui ressemble, Qui nous tend les bras en pleurant.

70 Les Floraisons Matutinales

II partit alors que les roses S'ouvrent dans l'air étiucelant :

De leurs premières fleurs éeloses On couvrit le suaire blanc.

Pour longtemps la chambre est fermée ; Dans sa froide atmosphère en deuil Flotte encore l'âme embaumée Des chrysanthèmes du cercueil.

En secret, la mère, hagarde, Toute pâle, tournant la clé De l'huis funèbre, se hasarde A franchir le seuil endeuillé.

Dans la pièce où son œil pénètre Elle cherche et voudrait bien voir Les beaux yeux du cher petit être Qui manque aux caresses du soir.

Chrysa n thèmes 7 1

Une fièvre intense halluciné Et son oreille et son regard ; Ce nid plein d'ombre la fascine :

Son trésor est là, quelque part.

Ce demi- jour mélancolique Que reflète le ténébreux Cristal du grand miroir oblique, C'est le reflet des jours heureux.

L'alcove était claire et fleurie ; C'est là que l'enfant fut bercé.

Ah ! l'alcove est bien assombrie Depuis que la mort a passé.

Où sont les fleurs, les fines gazes, Les merveilles du blanc trousseau ?

Les fleurs ne sont plus dans les vases, Et l'enfant n'est plus au berceau.

Les Floraisons Malittinales

C'est pourquoi la mère affolée, Eu proie aux regrets superflus, Ne veut pas être consolée, Parce que son amour n'est plus.

De grands brouillards couleur de suie, Chassés par un vent sans pareil, Passent à plein vol : neige et pluie Tombent, brillantes de soleil.

74 Les Floraisons Matutinales

Sur les toits, globule à globule, Pétillent grésil et grêlons :

Et la vitre tintinnabule :

On croit ouïr des carillons.

Sans répit, la mitraille fine Sautille, étincelle, bruit ; Puis une bruine argentine Filtre du nuage qui fuit.

Nul crayon ne pourrait décrire Ce temps qui change en un clin d'oeil. Des pleurs se mêlent au sourire Qu'avril donne à l'hiver en deuil.

Une aveuglante soleillée Jaillit tout à coup du ciel bleu ; Il semble (pie la giboulée Darde mille aiguilles de feu.

Giboulée 75

Etoiles de glace fleuries, Prismes de cristal délicats :

Ou dirait mille pierreries, Mille papillotants micas.

Mais ces joyaux se fondent vite.

L'astre qui déjà flambe haut, Dans l'azur éclairci gravite De plus en plus clair et plus chaud

En dépit de la bise froide, Ses obliques rayons tiédis Font mollir la ramure roide Des vieux érables engourdis.

Au fond des forêts que décorent Sapins verts et blancs merisiers, Les sirops odorants se dorent Au feu des résineux brasiers.

7(5 Les Floraisons Matutinales

De l'écorce fraîche entaillée, Dans les vases de fin bouleau, Pure, cristalline, emmiellée, Goutte à goutte distille l'eau.

Maintenant le couchant rougeoie.

L'oiseau, qui pressent les beaux jours, Raconte la première joie De ses vagabondes amours.

Huppe au vent, il saute, il pépie.

La mère, au creux des brins douillets, Grelottante, en boule tapie, Réchauffe ses chers oiselets.

Preste courrier que nous dépêche La saison verte, oiseau, qu'es-tu?

Que nous chante la chanson fraîche De ton grêle sifflet pointu ?

Giboulée 77

Alerte et gentil hochequeue, Du haut des pins ne vois-tu pas, Par-dessus la colline bleue, Venir Mai, tout rose, là-bas ?

Pâques vient : monts, val et clairière N'ont point quitté leur blanc décor, Et la fauvette printanière Ne rossignole pas encor.

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