A M. W. PARKER
Au creux des humides savanes.
Ceint des herbes et des Hanes Qui foisonnent dans les roseaux.
Calme, à l'abri de la rafale, Le lac en. plein soleil étale Le miroir de ses claires eaux.
\ Baignant dans les détours pleins d'ombre Leur manteau de velours vert sombre, Des bois au faîte ensoleillé.
Dans ces profondeurs qui nous trompent.
Si frais et si moelleux s'estompent, Que l'œil en est émerveillé.
Vienne le crépuscule rouge, La mare noire, où rien ne bouge.
Aux feux du ciel occidental Brasilia ; et c'est une surprise De voir le frisson de la brise <7ourir sur ce flambant cristal.
Deçà, delà, les demoiselles
Du preste éclair bleu de leurs ailes
Sillonnent le fouillis dea joncs.
La truite, entre deux eaux, frétille,
Et, pour saisir l'aile qui brille.
Fait mille sauts, mille plongeons.
Le8 Floraisons Matutinales
Assis au fond rie la pirogue, Le pêcheur, silencieux, vogue En pagayant ii petit brnit.
Tandis que l'appât nacré glisse Et roule, miroitante liélic«, Dans le sillage d'or qui fuit.
Un cuivre au lointain soune encore :
C'est le chasseur. L'écho sonore Redit trois fois, cinq fois : Taïaut 1 A travers la brume qui voile Monts et bois, la première étoile Scintille an ciel comme un joyan.
On n'entend qu'un doux bruit de feuille.
La solitude se recueille.
Bercé par un luth idéal,
Sans cesse et sans cesse, en cadence.
Autour du pôle étoile danse
Le météore boréal.
A peine un cri d'oiseau s'élève Et flotte, vague comme un rêve.
Sur lo clavier des flots déserts.
Déployant son vol circulaire, La vaporeuse aube polaire Glisse en silence par les airs.
Bientôt tout bmissemeut tombe.
Près des grands feux clairs de la combe Veillent chasseurs et forestiers.
Seuls les élans roux, qui ruminent.
Avec leurs compagnes cheminent Dans le clair-obscur des sentiers.
Derrière une blanche nuée Au moindre souffle remuée, Cachant son pâle front changeant, La lune dort : la chasseresse Sur l'eau qu'un vent léger caresse A laissa choir son arc d'argent.
Oomme au printemps de l'autre année, Au mois des fleurs, après les froids, Far quelque belle matinée.
Nous irons encore sous bois.
DictizedbyGoOJ^IC
Noiis y verrons les mêmes choses.
Le même glorieux réveil, Et les iQêmea métamorphoses De tout ce qui vit au soleil.
Nous y vetTona les grands squelettes Des arbres gris, ressusciter, Et les yeux clos des violettes A la lumière palpiter.
Sous le clair feuillage vert tendre.
Les tourterelles des buissons.
Ce jour-là, nous feront enteuîlre Leurs lentes et molles chansons.
Ensemble nous irons encore Cueillir dans tes prés, au matin, De ces ixiuquets couleur d'aurore Qui fleurent la rose et le thym.
Les Floraùiona Matutinaiea
Nous y boirons l'odeur siibtile.
Les capiteux arômes blouds Que, dans l'air tiède et pur, distille La flore chaude des Talions.
I{a<lifiux, secouant le givre Et les frimas de l'an dernier, Nos eh ers espoirs pourront revivre Au bon vieux soleil printanîer.
Ëa attendant que tout renaisse, <ïue tout aime et revive un jour, lAÏBSe nos rêves, 6 jeunesse.
S'envoler vers tes bois d'amour !
■Chère idylle, tes primevères Eclosent eu toute saison; Elles nargueut les froids sévères 'Et percent la neige à foison.
DictizedbyGoOJ^IC
Eternel renouveau, tes sèves Montent même aux cœurs refroidis, Et tes capiteuses fleurs brèves Nous gi-isent comme au temps jadis.
Oh I oui, nous cueilleroae encore.
Aussi frais qu'à l'autre matin.
Ces beaux bouquets couleur d'aurore ^ui Seureut la rose et le thym.
Ils diseut qu'an ciel on retrouve Ces chers petits morts tant pleuré?.
Ah I saveut-ils bleu ce qu'éprouve Le cœur des parents éplorés.
DictizedbyGoOJ^IC
Ckryaan thèmes
Ils sont étonnés qu'on se plaigne.
Savent-ils bien notre douleur ?
A noua dont le sein meurtri saigne.
On parle d'un monde meilleur 1
J'y crois à cette autre demeure,
A cet immense azur béni ;
Oui, j'y crois I et, pourtant, je pleure :
J'ai peur de ce vague infini.
Lui, là-haut, si loin de sa mère I Je ne puis croire qu'il n'ait pas Comme une nostalgie amère De ceux qu'il aimait ici-bas.
Et, comme eu un rêve, il me semble Voir errer dans ce ciel si grandj Un bel ange qui lui ressemble, ^ui nous tend les bras en pleurant.
Lea Floraisons Matutinalee
n partit alors que les roses S'ouvrent dans l'air étincelant :
De leurs premières âeurs écloses On couvrit le suaire blanc.
Four longtemps la chambre est fermée ; Dans sa froide atmosphère eu deuil Flotte encore l'âme embaumée Des chrysanthèmes du cercueil.
En secret, la mère, hagarde.
Toute pâle, toiu-nant la clé De l'huis funèbre, se hasarde A franchir le seuil endeuillé.
Dans la pièce où son œil pénètre Elle cherche et voudrait bien voir Les beaux yeux du cher petit être ■ Qui manque aux caresses du soir.
Chrysanthèmes
Une flévre intense halluciné Et son oreille et son regard ; Ce nid plein d'ombre la fascine :
Son trésor est là. quelque part.
Ce demi- jour mélancolique Que reflète le ténébreux Cristal du grand miroir oblique.
C'est le reflet dea jours heureux.
L'aleove était claire et fleurie ; C'est là que l'enfant fut bercé.
Ah ! l'aleove est bien assombrie Depuis que la mort a passé.
Où sont les fleurs, les fines gazes.
Les merveilles du blanc trousseau ?
Les fleurs ne sont plus dans les vases.
Et l'enfant n'est plus au berceau.
Les Fltrataona Matutinalea
C'est pourquoi la mère affolée, En proie aux regrets superflue.
Ne Teut pas être consolée, Parce que son amour n'est plus.
De grands brouillards couleur de suie, ^Dhasaés par un vent sans pareil.
Passent à plein vol : neige et pluie ■Tombent, brillantes de soleil.
Les Floraisons MatuUnales
Sur les toitâ, globule à globule.
Pétillent grésil et grêlons ; Et la vitre tintinnabule :
On croit ouïr des carillons.
Sans répit, la mitraille fine Sautille, étincelle, bruit ; Puis une bruine argentine Filtre du nuage qui fuit.
Nul crayon ne pourrait décrire Ce temps qui change en un clin d'œil.
Des pleurs se mêlent au sourire Qu'avril donne à l'hiver en deuil.
Une aveuglante soleillèe Jaillit tout à coup du ciel bleu ; Il semble que la giboulée Darde mille aiguilles de feu.
Etoiles de glace Setiriea.
Prismes de cristal délicats :
On dirait mille pierreries.
Mille papillotants micas.
Mais ces joyaux se fondent vite.
L'astre qui déjà flambe haut, Dans l'azur éclair ci gravite De plus en plus clair et plus chaud
En dépit de la bise froide.
Ses obliques rayons tiédis Font mollir la ramure roide Des vieux érables engourdis.
Au fond des forêts que décorent Sapins verts et blancs merisiers.
Les sirops odorants se dorent Au feu des résineux brasiers.
De l'écorce fraîche entaillée.
Dans les vases de fiu bouleau.
Pure, cristallme, emmiellée.
Goutte à goutte distille l'eau.
Maintenant le couchant rougeoie.
L'oiseau, qui pressent les beaux jours.
Raconte la première joie De ses Tagabondes amours.
Huppe au vent, il saute, il pépie.
La mère, au creux des brins douillets, Grelottante, en boule tapie, RéchaufFe ses chers oiselets.
Preste courrier que nous dépêche La saison verte, oiseau, qu'es-tu ?
-Que nous chante la chanson fi'aîche De ton grêle sifflet pointu ?
Alerte et gentil hochequeue, Du haut des pius ne vois-tu pas, Par-desRus la colline bleue, Venir Mai, tout rose, là-bas ?
Pâques vient : monts, vat et clairière N'ont iK>int quitté leur blanc décor.
Et la fauvette printaniëre Ne rossignole pas encor.
Fleyrs d'hiver
AU POÈTE qui W APPLAUDIT
Ton applaudissement, divin poète, inspire L'humble songeur dont l'âme impétueuse aspire Au lyrisme inflni des cieux.
H m'exalte déjà, ce bravo qui m'honore.
Ma strophe bat de l'aile et s'élance, sonore ; Son Tol est plus harmonieux.
Avais-je quelque droit à ta brillante estime ? ^ue t' offrir, en retour de cet accueil intime. Rival des immortels chanteurs ?
Des roses? Les frimas les ont ensevelies; -Je chercherais en vain leurs corolles pâlies Et leurs embaumantes senteurs.
Que dis-je P j'oubliais que la neige étincelle. Et que ce ciel, taché de nuages, recèle La grêle et le givre argentin.
Le ciel est gris, la terre est froide. Les rafales Pour longtemps ont éteint les flammes triomphale; Les pourpres clartés du matin.
Plus de fleurs & cueillir dans l'herbe des prairies I Plus de vers à glaner au jardin de féeries Où la rime éclôt à foison.
Lee Floraisons Matutinales
Pareils à ces oîseaiix frileux qii'octobre chasse. Nos rêves ont quitté ce triste azur de glace Pour le bleu d'un autre horizon.
Grelottant, dans l'air gris, le soleil de décembre Se couche, et déjà vient la brnue, et, dans ma chambpe^ Comme dans un bois, il fait noir.
Salut, petit soleil des hâtives veillées, Qui brilles, vague, p&le, aux vitres étoilées, Poétiqxie lampe du soir 1
A petit briiit, la neige, au dehors, tombe lente. En légers flocons fins, sous la Ume tremblaiite. Comme une poudre de cristal.
Oh I quelle flocouueuse avalanche argentée 1
Oh ! panuî ces blancheurs d'aube diamuntée
Comme il est beau, le toit natal I
Fleure d'hiver
Te redirai-je à toi le poète, l'artiste.
L'exquise impression, à la foîa douce et triste, Que nous donne le coin du feuP
Te dirai-je les doux pensera que nous suggère Le logis où les fleurs de la verte étagère Evoquent l'été frais et bleu I
Oh 1 que la chambre est bonne, et qu'il est bon d'y vivre. Malgré le froid, malgré le vent, malgré le givre, Dans le calme et l'apaisement I
Le piano frémit : une voix veloutée S'élève et sa douceur, dans mon &me hantée, A réveillé l'amour dormant.
Là-haut, dons la mansaide, on se me'iu^ de misère ; Ici, dans les salons, comme dans une serre, Le bonheur embaume et fleurit.
Les Floraiaons MatuUnales
La volupté blasphème au fond du bouge infâme. Au foyer, Dieu descend : 1» mère en pleurs se pâ.me Aux lèvres de l'ange qui rit ;
Le chapelet aux doigts, l'aïeule s'agenouille. Et moi, je joins les mains, et mon regard se mouille^ Et je te bénis, ô Dieu bon I
Par ton charme, 6 foyer natal, par ta magie.
L'hiver est sans frissons, sans deuil, sans nostalgie. Douce maison, douce n
Poète, en attendant que le printemps renaisse. Et redonne aux forêts leur robe de jeunesse Et leur éclatant voile vert ;
En attendant qu'Avril ensoleille et colore Ces chaudes floraisons qu'un soufre fait éclore. Reçois ces pâles fleurs d'hiver.
DictizedbyGoOJ^IC
Haratnse
Je rêve les rythmes, les phrases Qui montent dans un vol de feu, A travers le ciel des extases.
Vers le beau, vers le vrai, vera^^Dieu.
Le» Floraieonti MatuUnalea
Mon oreille éperdue essaie De saisir l'inllni concert : Le sou précis, la note vraie.
Fuit, revient, et fuit, et se perd.
J'aspire au lyrisme extatique.
Et sur les lyres aux sept clés ■Je cherche à rendre le cantique Des psaltérious étoiles.
J'invoque l'ange et le prophète.
Les esprits au vol large et sûr; Le musicieu, le poète.
Les chœurs de l'idéal azur.'
O désespérante hantise !
O charme du rythme obsesseur I <tuelle est la voix qui s'harmonise Avec ta céleste douceur.
Claviers aux multiples octaves.
Où donc les aurai-je entendus Les rires clairs et les pleurs graves De vos lointains accords perdus ?
Hélae I j'ai beau scander mes mètres Sur le grand mode ionien ; J'ai beau prier les dieux, les maîtres De l'art nouveau, de l'art ancien ;
J'ai beau pleurer, j'ai beau me plaindre.
Oh I non, jamais je ne pourrai, Je ne pourrai jamais atteindre Aux divines splendeurs du vrai.
Pour couvrir d'ornements divers Les nefs, les chœurs, les tabernacles, Les murs, les voûtes, les pinacles De la chapelle des miracles.
La chapelle des miracles
Cherchez par l'immense univers Lea plus brillantes draperies Et les moires et les soieries Radieuses de pierreries.
Avec les vases corinthiens
Tout pleins de lys et de pervenches ;
Avec les statuettes blanches
Et les chandeliers à sept branches,
Apportez les Riibens anciens, Les ivoires des basiliques, ies carrares, les pentéliques Des Buonarottis catholiques.
Apportez-nous, à pleine main, Avec les pourpres byzantines, Tout l'or des châsses florentines.
Tout l'argent des cryptes latines.
Les Floraison» Matutinalea
Qu'un Ai>ollodore romain Forge et cisèle une couronne Digne, ô glorieuse Patronne, Du triple éclat qui t'environne.
Qu'un artiste dans les vieux ors Enchâsse la flainme profonde Des plus belles perles de l'onde Et les plus beaux saphirs du monde.
Tous ces joyaux, tous ces trésors Ne relégueront pas dans l'ombre Ces tristes ex-voto sans nombre Qui chargent la muraille sombre.
Ce naïf décor éploré.
Reliques des pauvres malades, Dans le triomphe des arcades.
Parmi les fleurs des colonnades.
La chapelle des miracles
Dominant le plain-chant 9a«ré Des Athanase et des Grégoire, Chantent l'inénarrable histoire, La grande légende de gloire
De la sainte Anne de Beaupré.
■Cher ami, le trépas est-U bien aussi sombre
^u'un vain peuple le pense ? Et l'oude aux sombres bords.
Est-elle un ténébreux abîme, un gouffre d'ombre
Où s'efface à jamais le souvenir des morts ?
A Denis Gérin
Tu le sais, par delà l'horrible latitude.
Par delà ce flot noir oti l'homme est submergé, n est, dans l'Inconnu, un lieu dont l'altitude Promet calme et repos au pâle uaufragé.
La dépouille qui gît, froide et manuoréenne, £le décompose ; mais l'esprit aux vols hardis, Libre, attiré par la splendeur élyséenne, Monte de ciel en ciel aux plus hauts paradis.
Sur le cher mort qu'on vient de douer dans sa bière, Sur le frère qui part et qui prend les devants Pour arriver plus vite au pays de lumière.
Ne pleurons pas, pleurons plutôt sur les vivants.
Pleurons sur les amis dont les espoirs s'éteignent ; Pleurons sur les trésors qu'emporte le cercueil ; ■Oui, pleurons sur tous ceux dont les cœurs blessés saignent Dans la nuit de l'exil et dans la nuit du deuil.
Baiis le repli d'uue ause fraîche Où tremble le moelleux reflet D'un clair ciel rose et violet, Sommeille le bateau de pêche.
Sur l'eau qui s'est agatisée.
Dès le jour, encore endormi.
Un vent léger soufBe à demi Par brève et rythmique risée.
Mais la vague au large moutonne, Et dans les échos réveillés Roulent déjà les sons mouillés D'un lourd clapotis monotone.
Enla^^ant la coque de chêne.
Les flots aux douceurs de velours Montent, montent, montent toujours.
Le bateau tire sur sa chaîne.
n semble que le flot attire
La barque, et qu'un doux soufile d'air
La pousse vers la belle mer
'Qui soupire, chante, et soupire.
Les Floraisona Matutinalea
On croit entend l'e sur les ondes Des appels pareils aux appels Qui vieuneut des verta archipels Où chantent les sirènes blondes.
Au large fleurissent les lies.
Là-bas, sous des ciels toujours beaux,
Bleuit le golfe où les vaisseaux
Vont sur des flots toujours tranquilles
Dès longtemps un rêve me haute :
Je veux, au risque d'y monrir.
Au hasard des vagues courir La mer périlleuse et tentante.
Des voix qui viennent de la grève M'ont dit qne les vents sont Je n'écoute rien. Je m'en vais, Bercé par les rytlunes du rêve.
DictizedbyGoOglC
Mirages
Dussé-je faire mille lieiies.
Il faut que j'atteigne ces bords Qui palpitent aux frais accords Des chimères roses et bleues.
J'irai, suivant ma fantaisie.
Boire aux ruisseaux harmonieux Où croît, aux caresses des cieux, La, fleur d'or de la poésie.
J'ai pour étoile, l'Art antique.
Le Beau, ce pôle dont l'aimant Nous attire éternellement, Et j'ai l'espoir pour viatique.
Les Clochettes
Le carillon multisonore Dee clochettes au timbre clair Tinte, étincelle, tinte encore Et tintinnabule dans l'air.
Les clochettes
C'est plaisir, quand la neige c:
D'ouïr, mêlée au bruit banal Du vent, l'allègre sonnerie Du joyeux solstice hivernal.
Aux heures de la promenade.
Sur les places, de trois à cinq.
De l'esplanade à l'esplanade.
Du skating rink au skating rink,
Dans la brume aux teintes de cuivre Ou par un radieux ciel bleu, Volent avec les fleurs du givre Les vibrantes notes de feu.
Rapides traîneaux de Norvège, Tout capitonnés et fleuris ; Karriolea & triple siège.
Aux ondoyantes peaux d'ours gris ;
Les Floraisons Matutinalea
Sleiglis bleus, sleighs verta, dont l'acier lisse. Traçant un zigzagaut sillon.
Par les chemins irisés, gliase Dans un vaporeux tourbillon.
En double flle, sur la neige.
Secouant pompons et clinquants,
Se croisent — triomphal cortège —
Aux éclats des grands fouets claquants.
Au col du poney qui trottine,
Au poitrail des grands chevaux lourds.
Clochettes à. voix argentine,
Gros grelots de bronze aux sons sourds
Tintent et vannent à. merveille.
Par les soirs et par les matins.
Vibre une gamme sans pareille De dlngs dings dings et de tins-tins-
Le» clochettea
Il fait UD froid de Sibérie.
Nargue du froid I Vive l'hiver 1 Vive l'électrique féerie De ses kremlins de cristal vert I
Oh ! vive la belle gelée I Oh I le bel Hiver, c'est pour nous Qu'il pique à sa tempe étoilée Les fleura toute rouges du houx 1
O gais cortèges, faites place I Du haut des neigeux Labrador, Hiver descend ; son char de glace.
File au trot du renne aux fers d'or.
Salut, roi de l'Ourse, qui passes Parmi les étincellements Qu'à travers le bleu des espaces Eparpillent tes diamants.
DictzedbyGoOJ^IC
Drapons-nous de pourpre et d'hermine I SounoDS l'olifant et le cor 1 Que toute la ville illumine t Que la fusée éclate encor !
Que tout chante I — Adossée à l'angle D'un mur, une enfant aux yeux creux.
D'une voix que la bise étrangle, Damande l'aumône aux heureux.
Devant ce haillon que flagelle Le fouet des aquilons stridents.
Sans voir le pauvre être qui gèle Et sauglote et claque des dents.
On passe. Le rire sonore Des clochettes de nickel clair Tinte, ironique, tinte encore Et tintinnabule dans l'air.
Lea clochettes
Mais l'eufant que ce bruit harcèle Aimerait mieux, mille fois mieux.
Ouïr tinter dans l'escarcelle Le carillon des sous joyeux.
Hiver, que tes grelots de fête N'attristent pas les indigents ; Et vous, riches, faites la quête Pour la Noël des pauvres geus.
Dans son étable qu'eu ténèbre Le froid noir de la pauvreté, Que le pauvre k son tour célèbre La joyeuse Nativité.
Est-ce t'hanaonieux orchestre que l'aurore Réveille sous la verte ogive des buissons ?
■Que dis-je ? Les oiseaux ne chantent pas encore, Et l'avril sur les bois fait courir ses frissons.
Bfaftre prestigieux, que tout artiste adore, Toi dont l'oreiHe entend les divÎDea chansous, De l'ivoire enchanté du clavecin sonore Cest toi qui fais jaillir ces mélodieux sons.
Doux accords, trilles clairs, capricieuses gammes Se déroulent : ainsi se déroulent les lames ^e caresse le souffle amoureux du matin.
lit pourtant, Beethoven, tes stances idéales
Ne sont qu'un vague écho des blanches cathédrales
Où vibrent les sereins alléluias sans an.
Les corbeaux
Les noirs corbeaux au noir plumage.
Que chassa le vent aiituinnal.
Revenus de leur long voyage, Croassent dans le ciel vemal.
Les taillis, les buissons moroses Atteudent leurs joyeux oiseaux ; Mais, au lieu des gais vit-tuoses.
Arrivent premiers les corbeaux.
Pour charmer le bois qui s'ennuie.
Ces dilettantes sans rival.
Ce soir, par la neige et la pluie, Douueront un grand festival.
Les rêveurs, dont l'extase est brève, Attendent des vols d'oiseaux d'or ; Mais, au liexi des oiseaux du rêve, Arrive le som.bre condor.
Mars pleure avant de m La grêle tombe en plein été.
L'hom.me, ué pour les deuils, soupire Et pleure avant d'avoir chanté.
•Octobre glorieux sourit à la nature.
On dirait que l'été ranime les buissons.
Uu vent frais, que l'odeur des bois faués sature.
Sur l'herbe et sur les eaux fait courir ses frissons.
Rayon» cCociobre
Le nuage a semé les horizons moroses.
De ses flocons d'argent. Sur la marge des prés,
Les derniers fruits d'automne, aux reSets verts et roses,
Heluisent à travers les rameaux diaprés.
Forêt verte qui passe aux tons chauds de l'orange ; Kuisseaux où tremble un ciel pareil au ciel vemal ; Atouts aux gradins baignés d'une lumière étrange. Quel tableau I quel brillant paysage automnal I
A mi-côte, là-bas, la ferme ensoleillée, Avec son toit pointu festonné de houblons.
Paraît toute rieuse et comme émerveillée De ses éteules roux et de ses chaumes blonds.
Aux rayons dont sa vue oblique est éblouie, JL'aïeul sur le perron familier vieut s'asseoir : D'un regain de chaleur sa chair est réjouie ; Dans l'hiver du vieillard, il fait moins froid, m
Les Floraisons Matutinalee
Calme et doux, soupirant vers uu lointain automae Il boit la vie avec l'air des champs et des bois, Et cet étincelant renouvei-u qui l'étonné Lui souffle au cœur l'amour dea tendres autrefois.
De ses pieds délicats pressant l'escarpolette. Un jeune enfant s'enivre au bercement rythmé. Semblable en gentillesse à la fleur violette Que l'arbuste balance au tiède vent de mai.
Près d'un vieux pont de bois écroulé sur la berge. Une troupe enfantine au rire pur et clair.
Guette, sur les galets qu'un flot dormant submerge, La sarcelle stridente et preste qui fend l'air.
Vers les puits dont la mousse a verdi la margelle. Les lavandières vont avec les moissonneurs :
Sous ce firmament pMe éclate de plus belle Le charme piintanier des couples ricaneurs.
Bayons d'octobre
Et tandis que bniit leur babillage tendre,
Oa les voit, déroulant la chaîne de métal
Des treuils mouillés, descendre et monter et descendre
La seille d'oi'i ruisselle une onde de criotal.
A peine les faucheurs ont engrangé les gerbes Que déjà les chevaux à l'araire attelés Sillonnent à travers les chardous et les herbes La friche où juin fera rouler la mer des blés.
Fécondité des champs I cette glèbe qui fume.
Ce riche et fauve humus, recèle en ses lambeaux La sève qui nourrit et colore et parfume Les étemels trésors des futurs renouveaux.
Les labours, encadrés de pourpre et d'émeraude, E!3tom[>ent le damier des prés aux cent couleurs. De sillons eu sillons, les bouvreuils en maraude Disputent la becquée aux moineaux querelleurs.
Lea Floraisons Matutinalea
Et l'hoaiiue, aîguîUoQmiit la b&te, marche et marche. Pousse le coutre. Il chante, et ses refrains plaintifs Evoquent l'âge où l'on voyait le patriarche Ouvrir le soi sacré des vallons primitifs.
Ecoutez : c'est le bruit de la joyeuse airée Qui, dans le poudroiment d'une lumière d'or.
Aussi vive au travail que preste à la bourrée. Bat en chantant les blés du riche messidor.
Qitel gala 1 pour décor, le chanme qui s'effrange ; Les ormes, les tilleuls, le jardin, le fruitier Dont la verdure éparse enguirlande la grange. Flotte siu* les ruisseaux et jonche le sentier.
Pour musique, le souffle errant des matinées ; La chanson du cylindre égrenant les épis ; Les oiseaux et ces bruits d'abeilles mutinées Que fout les gais enfants dans les meules tapis. .
Rayons d'octobre
En haut, sur le gerbier que sa pointe échevèle, La. fourche eulève et teud l'ondoyaut gerbillon. £d bas, la paille roule et glisse par javelle ^ Et vole avec la balle en léger tourbillon.
Sur l'aire, les garçons dont le torse se cambre, Et les tilles, leurs aœurs rieuses, déliant L'orge blonde et l'avoine aux fines grappes d'ambre. Font un groupe à. la fois pittoresque et riant.
En ce concert de franche et rustique liesse, ' La paysauue donne une note d'amour.
Parmi ces rudes fronts hâlés, sa joliesse Evoque la fraîcheur matinale du jour.
De la batteuse les incessantes saccades Ebranlent les massifs entraits du bâtiment.
Le grain doré jaillit en superbes cascades.
Tous sont fiers des surplus inouïs du froment.
Les Floraiaon» Matutinalea
Déjà tous les greuiers sont pleina. Les gens de peine Chancelleut sous le poids des bissacs. An milieu Des siens, le père, heureux, à mesure plus pleine. Mesure et serre à part la dîme du bon Dieu.
Il va, vient. Soupesant la précieuse charge Et tournant vers le ciel son fier visage bniu. Le paysan bénit Celui dont la main large Donne au pieux semeur trente setiers pour un.
Maintenant, plus d'azur clair, plus de tiède haleine. Plus de concerts dans l'arbre aux lueurs du matin ; L'œil ne découvre plus les pourpres de la plaine Ni les flocons moelleux du nuage argentin.
Les rayons ont pâli, leurs clartés fugitives S'éteignent tristement dans les cieux assombris. La campagne a voilé ses riches perspectives.
L'orme glacé frissonne et pleure ses débris.
DictizedbyGoOJ^Ie
Rayons d'octobre
Adieu soupirs des bois, mélodieuses brises, Muruure éolien du feuillage agité.
Adieu dernières fleurs que le givre a surprises. Lambeaux épars du voile étoile de l'été.
Le jour meurt, l'eau s'éplore et la terre agonise. Les oiseaux partent. Seul, le roitelet, bravant Froidure et neige, reste, et son cri s'harmonise Avec le siffleiaent monotone du vent.
Ces délicieuses fleurs rose?, Grandes ouvertes ou rai-closes, Me soufflent de tant douces choses Et fleurent si frais et si doux.
Que, bien sûr, et corolle et tige.
Recèlent par quelque prodige.
Quelque chose qui vient de voua.
DictizedbyGoOJ^Ie
Troublant et capiteux arôme I
Mou cœur, comme l'air e'en embaumei
Et, grisé, je pars au royaume
Du Rêve, où mes espoirs défunts.
Où mes illusious deruières,
Comme ces roses priutauières,
Out vécu leurs premiers parfums.
A M. et Mme ALIDE LACERTE
Quand on s'aime on se marie :
11 prend an, l' enchantement D'une vague rêverie, ^uaud on s'aime on se marie :
La vie à deux, c'est charmant.
DictzedbyGoOglC
Longtemps on hésite, on n'ose ; La voix, les lèvres, les yeux.
Malgré soi disent la chose.
Longtemps on hésite, on n'ose.
Silence délicieux 1
On se comprend sans rien dire.
Le plus fin pinceau de l'Art Ne peut rendre ni décrire Tout ce qu'exprime un sourire.
Tout ce qu'exprime un regard.
Bref, il faut dire, à l'église, Le cher secret inouï.
Peur naïve I gène exquise 1 Pour que nul ne s'en dédise.
Au prêtre U faut dire oui.
Les Floraiaonn Matutinale»
Au mot sacré qu'on prononce, Dans les cœurs, comme un duo.
Vibre une même réponse.
Au clair oui franc qu'on prononce.
Les cœurs tout bas font écho.
Quand on s'aime, on se marie :
La vie à deux, c'est si doux.
]Uon cher, aime ta chérie :
Bon cœur jamais ne varie.
Cher tendre couple, aimez-vous.
DictizedbyGoOJ^It
Dans le clair-obscur de la pièce close, Où brûle une cire au reflet tremblant.
Rigide, et grandi par la mort, repose Jje corps d'un enfant habillé de blanc.
DictizedbyGoOJ^IC
Sous la moueseliDe, on voit les mains jointes, La mate blancheur des doigts ivoirins.
Les cheveux pleins d'ombre et les tempes ointes Qu'auréole un flot de rayons s
Jamais des flancs purs du neigeux L'ai-t n'a fait sui^ir un ange plus beau Que cet ariel, k la forme rare.
Qui gît, radieux et calme, au tombeau.
Sous l'eau sainte et sous l'huile du saint chrême Le front du martyr s'est rasséréné, La figure dit l'extase suprême, La douleur, la paix du prédestiné.
La chambre de deuil est toute drapée De gaze. Nul bruit. Plus rien. Par moment.
Une faible voix tendre, entrecoupée De soupirs, gémit désespérément.
Ils sont là, tous deux, le père et la mère, Abattus, défaits, tristes à mourir :
Nul mal n'est égal à leur peine amère ; Rien ue les fit tant pleurer, tant souffrir.
Après tant de coups, on croyait, quel rêve !
Bien s'être acquittés de souffrir. Il faut Pleurer et souffrir et pleurer sans trêve :
C'est la volonté du Dieu de l&-baut.
Dix ans 1 C'est le fils, l'ainé, l'espérance, La joie et l'amour de deux malheureux.
Cher bouheur qu'il faut payer en souffrance I Oh ! que le chemin du ciel est affreux !
Us sont là, tous deux, esseulés, funèbres, Sans parler, cherchant, presque fous, à voir Dans ces yeux déjà voilés de ténèbres, Ia faible lueur d'iin suprême espoir.
LeB Floraia<yn8 Matutinalea
Lourdes de sommeil, flxes, les paupières S'ouvrent ù. demi : dans les yeux hagards Flotte, encor mouillé des larmes deraières.
L'adieu triste et doux des derniers regards.
La Mort pâle a ceint de ses violettes Oe pur et beau front d'alb&tre rosé ;
Et la bouche fine, aux lèvres muettes, .Sourit d'un divin sourire apaisé.
Ils sont là, cloués au sol, sous l'empire De ce captivant sourire trompeur ; La mère, k genoux, sans prier, soupire, Le père, debout, est blauc de stupeur.
La femme nerveuse et frêle se pâme, En larmes de sang son cœur coule à flots ; L'homme, fait aux deuils, aux douleurs de l'a .Suffoque, étouffant soupirs et sanglots.
Parfois, doucemeat, une main qui tremble De crainte et d'amour, soulève à demi Le suaire : on voit s'incliner ensemble J>eux fronts au-dessus de l'ange endormi.
-^u'il est beau I la nuit d'outre-monde voile A peine l'éclat de l'esprit éteint ; L'âme transparaît : telle une humble étoile Nous luit à travers l'ombre, au ciel lointain.
Mystère cruel 1 s'il donnait ? Quel doute 1 1a pensée, éther vif, rayon subtil, -Au ciel, brusquenLent, s'en va-t-elle toute ? Un reste des sens en nous siirvit-il ?
Vagues questions, sans suite, sans nombre, ■Que se (ait tout bas le cœiir criminel, -Dédale infini, de plus en plus sombre, Où vague et se perd l'amour maternel.
Lea Floraisons Matutinalea '
Minuit sonne. Au pied du blême cadavre.
Dans le vide noir du logis qui dort, Veillent seiils, en proie au deuil qui les navre. Les derniei-s amis du cher petit mort.
Et l'horloge an lourd balancier lent, tinte, Lugubre, le glas de l'heure qui fuit.
Et le grave son, que rythme la plainte Du vent, assombrit l'horreur de la niiit.
O douleur 1 6 nuit 1 quand verrons-nous poindre Ces jours éternels, longtemps attendus ?
Oh 1 quand pourrons-nous à jamais rejoindre Tons ces morts aimés qu'on croyait perdus ?
L'Ihirondellle plewse
Un aoir, je vis mie hirondelle Descendre du haut du ciel bleu Et a'élancer à tire-d'aile Sous les absides du saint lieu.
Les Floraisons Matutinalea
Et depuis, dau9 les vapeurs blanches De l'encens, à vol doux, léger.
On voit, par l'église, aux dimanches.
Le pieux oiseau voltiger.
Au plein air, à la brise^fraîche.
Le large seiiil est grand onvert :
Pauvre oisillon, qui doue t'empêche De retourner au vallon vert ?
N'entends-tu pas, dans les campagnes, La nuit, quand les deux sont déserts.
Les cris perdus de tes compagnes.
Que chasse le froid des hivers ?
Par les coupoles ajourées.
Ne vois-tu pas, parfois, le soir.
Aux demi-lueurs des vêprées.
Zigzaguer un petit vol noir.
DictizedbyGoOJ^IC
L'hirondelle pieuse
" Viens I dit une voix gazouillante ; lA-haut, sur la tour, on t'attend ; Avant qu'il neige, avant qu'il vente, H&te-toi, mon aJuour, viens-t'en I "
Et, sur la tour, les camarades Entre elles parlent de partir.
Et leurs brèves monosyllabes Bruissent à n'en plus Unir.
" Viens, reprend la voix, viens, mignonne.
Enteuda-tu crier les halbrana ?
Plaintifs, colonne par colonne, S'en vont les derniers émigrants.
Tes sœurs poussent des cris d'alarme :
Fuyons le froid I fuyons la mort 1 Réponds-moi, cruelle I Quel charme A. ces voûtes t'enchaîne eucor ?
Lea Fleura Matutinaiea.
Auraia-tu l'idée enfantine De vhTe ici, dorénavant.
Et de te faire sacristine, Comme une fille du couvent ?
On ue vit point que de prière :
Pour les folâtres oisillons.
Un grain de mil vaut mieux, ma chère, Que toutes les dévotions.
Préfèrerais-tu, pauvre folle,
Pour réciter tes oraisons,
Le ciel étroit d'une coupole.
Au plein ciel des grands horizons î
Je n'ai jamais vu les corniches Où tu semblés te plaire tant.
Valent-elles les vieilles niches De nos bons vieux logis d'autan ?
L'hirondelle pieuse
Viens I nous pfisserons par Yeiiiae, Et nous referons, si tu veux.
De Messine jusqu'à Trévise, Le tour des jolis pays bleus.
Des cathédrales florentines Nous reverrons le fin décor.
Et de leurs cloches argentines IVous entendrons les gammes d'oi-,
A Rome, à Ferrare, & Sienne, De mille temples sans pareils, Dans notre course aérienne.
Nous verrons les clochers vermeils
Viens I nous irons tout droit à Nice.
Oh 1 viens, je suivrai, nuits et jours.
Toute aile et tout cœur, le caprice D'une voyageuse au long cours.
Les Floraisons Matutinaleg
Narguaut le mistral et les pluies, Notia nous cacherons dans les fleurs ; Et puis, ma foi, si tu t'euuuies.
Nous irons nous aimer ailleurs.
Au sou des claires mandolines. Nous irons, par un beau matiu.
Nous marier sur les collines Du vert pays napolitain.
Nous choisirons ce coin tranquille.
Ce creux de ruine discret, Où, le soir, une jeune fille Vient s'agenouiller, en secret.
SotiB le manteau de la n>adone, Qu'un amandier toujours fleuri De ses fleurs de neige couronne.
Nous trouverons un sûr abri.
L'hÂrondelle pieitse
Quand les petits seront en âge, A vol silencieux et lent, Nous irons en pèlerinage A Notre-Dame de Milan.
Puis, par les routes nuageuses.
Que suivent, daus le temps pascal.
Les graves cloches voyageuses.
Nous reviendrons au nid natal."
Et, dans la tour, les camarades Entre elles parlent de partir, Et leur brèves monosyllabes Bruissent à n'en plus finir,
" Oh ! viens, redit la voix pleurante ; Viens donc, tout là-haut, on t'attend ; Avant qu'il neige, avant qu'il vente, ■Oh ! viens-t'en, cher amour, viens-t'en I "
Au vitrail clos de la chapelle, On entead heurter à grand bruit.
Longtemps, bien longtemps, on appelle, Longtemps, bien longtemps, dans la nuit.
Hier, près des auges de i)ierre Qui soutiennent les bénitiers.
Je vis la pauvre prisonnière Tomber, l'aile close, à mes pieds.
Je pris dans ma main la pauvrette.
Je crus voir, comme un fin brillant.
Miroiter une gouttelette Sur les plumes de son col blanc.
Etait-ce une larme î une goutte D'eau bénite ? Je n'en sais rien.
Le cœur des bons oiseaiix, sans doute.
Vaut bien celui d'un faux chrétien.
L'hirondelle pieuse
O pieuse hiroudelle aimée.
C'est bien & bon droit qu'en tout lie Le bon peuple aimant t'a nommée :
Le petit oiseau du bon Dieu.
Eu redisaot ta aimplo histoire.
Je Bonge à ces anges voilés, Qui, dans l'ombre de l'oratoire.
Pour nous se sont agenouillés.
Je songe à ces vierges ferventes Qui vivent de saintes amours.
Et s'ensevelissent vivantes.
Dans la prière, pour toujours.
Cette vieille cloche d'égliae Qu'une gloire en larmes eneor Blasonae, brode et fienrdelise, Kutile à nos yeux comme l'or.
La choche de Loui^ourg
Ou lit le nom de la marraine, Eq traite fieuronnés, sur l'airain, Un nom de sainte, un nom de rein Et puis le prénom du parrain.
C'est une pieuse relique :
On peut la baiser à genoux ; Elle est française et catholique Comme les cloches de chez nous.
Jadis, ses pures sonneries Ont mené les processions, Les cortèges, les théories Des premières communions.
Bien des fois, pendant la nuitée, Par les grands coups de vent d'avril, Elie a signalé la jetée Aux pauvres pêcheurs en péril.
Les Floraiaone Matutinales
A présent, le soir, sur les vagues.
Quelque marin qui rôde là, Croit ouïr des carillons vagues Tinter l'Ave marîs st«lla.
Elle fut bénite. Elle est ointe.
Souvent, dans l'antique beffroi, Aux Fêtes- Dieu, sa voix s'est jointe Au canon des vaisseaux du Roy.
Les boulets l'ont égratiguée.
Mais ces balafres et ces chocs L'ont à jamais damasquinée Comme l'acier des vieux estocs.
Oh 1 c'était le cœur de la France Qui battait, à, grands coups, alors.
Dans la triomphale cadence Du grave bronze aux longs accorda.
DictizedbyGoOJ^IC
JjSi cloché de Louiabouvy
O cloche I c'est l'écho sonore Des sombres &ges glorieux.
Qui soupire et sanglote encore Dans ton silence harmonieux.
En nos cœurs, tes branles magiques.
Dolents et rêveurs, font vibrer Des souvenances nostalgiques.
Douces à nous faire pleurer.
Une murmurante nichée De merles aux trillea divers.
Dans les feuilles là^haut cachée.
Réjouit mes peupliers verts.
De bonne heure, pour faire fête A leurs chers hôtes revenus.
Mes arbres, de la base au fatte, Enguirlandent leurs rameaux nus.
Sitôt que l'aurore vermeille Empourpre les brumes lilas, Le nid, qu'un trait de Samm« éveille, Vibre de sonores édats.
De sa maraude matineuse, La mère arrive au point du jour. Dans l'atmosphère lumineuse Le père s'élance à son tour.
Il part, et sous la riche arcade Des ramures toutes en fleur Ruissellent comme une cascade Les notes de l'oiseau sifSeur.
DictizedbyGoOJ^IC
Il ne va pas à l'aventure, II Ba.it mainte place et maint lieu CWi a'oEFre à foison la pâture Que lui réserve le bou Dieu.
Au printemps, il siffle, il fredonne, Tandis que son œil vif, chercheur.
Guette la mouche qui bourdonne Dans la lumière et la fraîcheur.
L'été le régale de mûres.
De cerises et de raisins ;
Vers l'automne, les ronces mtlres
L'attirent dans les bois voisins.
Quand le vent d'octobre éparpille Les feuilles rouges du buisson.
L'oiseau dans les chaumes grappille Les miettes d'or de la moisson.
Au-des9UB d'une ©au cristalline, Qui coule au creux d'un val dormant.
Sur un glaïeul qu'un souffle incline n suspend son vol un moment.
C'est là qu'il se baigne et vient boire.
On le voit, au sortir du bain, Lustrer sa gorge orange et noire ; Mais un sifflet vibre soudain.
Secotiant son aile mouillée.
Entre les herbes du ruisseau n glisse : il a pris sa volée Vers son mélodieux berceau.
Il se dépêche. Vif et teudre, Il égrène en son vol des sons Radieux, dès qu'il croit entendre Le gazouillis des nourrissons.
Les Floraisons MatuUnales
Son arrivée est une fête :
Les petits, tremblants et surpris, Se dressent, serrés tète à tête.
Et percent l'air de mille cris.
Dans la gloire du ciel qui brille.
Deux voix éclatent tour à tour :
Le trille alterne avec le trille ; L'amour roucoule avec l'amour.
Les yeux brillants comme des perles, Mère amoureuse et père aimant Jasent. Heureux logis de merles, Que ton voisinage est charmant.
Bluet aux regards d'améthyste, Bltiet aux yeux de ciel, dis-noua Ce qui te fait être si triste ?
— J'ai vu ses yeux, j'en suis jaloux.
/jCS Floraisons Matutinalee
Et toi, simple églantine rose, Fayse aux lèvres de carmin.
Pourquoi sembles-tu si morose?
— Je suis jalouse de son teint.
Toi, beau lys, qu'en dis-tu? — Que n'ai-je
Le fin velouté, la blancheur.
Le fraîcheur d'aurore et de neige
De sa diaphane blondeur 1
Je comprends votre jalousie,
O fleurs, c'est qu'hier, en ces lieux.
Dans sa robe de fantaisie
La Muse a passé sous vos yeux.
Plus de mirage. Plus d'ombre. Plus de mystère Le chemin de l'Ophir fabuleux est ouvert.
Dans l'espace sans borne où sou rêve se perd, Sublime et glorieux, Colomb a crié : Terre I
t MahiHnales.
Ten-e, teire ! - O genèse, A trioiiii»he, A conquête ! Le voyant a ra^'i le secret du destin ; La barre et lii boussole ont franchi la tempête : L'aube du coutinent rêvé brille au lointain.
Terre 1 — Des profondeurs d'une mer sans rivage. Sous l'aKur radienx d'tui ciel illimité.
Dans l'éclat virginal de sa prime Ijeaiité,
Fraîche et verte, surgit l'Amérique sauvage.
L'astre qu'Herscliell déc<mvre au fond de la nuit morn»,. Ne répand jusqu'à nous qu'une morte clarté, Qu'est-il près du vivant héiuisphèi-e sans boi-ne V Le' monde de Colomb est un monde habité.
Terre ! Terre! Sortant derf bois et «les savane^
L'homme rouge se di-esse effarouché, béant.
Place aux iiiystéiieux r('>denrs de l'Océan !
Place aux l'eaux- Blanches ! Place aux blondes caravanes !'
Le eri du Découvreur a remué les Moiitltis.
Place aiix héros «le la civilisatioi] !
Place à tous les semeurs des vérités fét-oiides I Place aux couquistadors de la religlou ! -
En avant ! Que la croix s'avance U La croix est ud levier plus puissaut <iiie l'argent. Que l'Occident païen, des ombres éiueiKeant, Réfléchisse l'éclat de la pure lumière.
Place au rapide essor des gigantes<iues villes !
Debout, New- York ! Debout, Haint-Paul ! debout, Boston I
A rœu\Te, ci-éateurs des libertés ci\'iles!
Gloire aux hardis rivaux de George Wasliiiigtou !
Progrés immense ! Ouvniut sa grande aile étoilée An tourbillonnement d'un souffle sans pai-eil. L'aigle de TAmérique, aveuglé de soleil.
Monte et monte, ivre et fler de sa large envolée.
'■ Terre I terre ! — Ati-dessus des bruits du Centenaire, De l'est fk l'occident, au fond du ciel serein. Cent fois répercuté, comme un lointain tonnerre. Vibre encore le cri de l'immortel marin.
O colosse! voici la fête grandiose.
Voici les jubilés de ta gloire d'airain I Peuples du globe, il faut que l'homme souverain Aujourd'hui rentre enfin daus son apothéose !
A lui les diamants des fleuves de l'aurore, La guirlande des champs lointains qu'il aborda, La couronne des verts îlots qu'il fit éclore, A lui l'humble laurier du jeune Canada !
A lui la palme d'or que Jéhova décerne, La palme du témoin qu'on n'a pu démentir, La palme du voyant, la palme du martyr I ji lui l'ovation de l'univers moderne !
Au front des pics neigeux, sur la crête des cAtes, Sur les détroits du Sud et du Septentrion, Sur les rocs surplombants, des pointes les plus hautes^ Qu'on fasse flamboyer rilluralnatioii I
Sur tous les océans qu'ont sillonnés ses voiles. Sur les havres profonds où sa flotte a mouillé, Sur le cap le plus haut que sa barque a doublé. Que la fusée éclate en mille et mille étoiles t
Que Chicago, soiiiiant carillons et fanfares. Sur ses frontons altiers hisse tous les drapeaux ! Que New- York aux éclairs fidgurants de ses phare» Unisse les éclairs de cent mille flambeaux 1
Que l'escadre, accourant sous la brise nouvelle. Banderoles aux mâts, toutes voiles dehors.
Défile, triomphale, et, par tous ses sabords, Flambe et tonne eu l'honneur de l'hnmble caravelle î
Hostinna ! Coiironné d'un arc-eii-ciel de gloire, Sur les flots apparait Colomb ressuscité :
Terre ! Terre ! 1 — An grand cri du géaut de l'histoire. Des millions de voix ivpoiideiit : I^iberté 1
La ijetîte am-e sdn pouce.
Et, pour rendoi'inii*. la iiiiiiiiaii Cliaiite (1*11110 voix Iciite ft douée <iuel(|iie cliof^e de bien l'iinriuiiiit.
Le lied parle d'uiie princesse Qui dort, depuis bientôt cent ans, Dans un bois on chante sans cesse Un bel oiseau couleur du temps.
Pour ne rien perdre tles merveilles Que dit ce tant joli vieil air.
Mademoiselle est tout oreilles.
Et, très grand, s'ouvre son œil clair.
La voix de moins en moins sonore Scande un chant de plus en plus doux ; Mais la bambine ne veut clore Ses yeux pleins de clairs rires fous.
Pointant, c'est l'heure où la sorcière Rôde, et s'en vient, à petits pas.
Jeter du sable à la paupière Des bébés qui ne dorment pas.
Anne-Marie
De temps en temps, l'enfant clignote ; Et petits pieds et petits bras, Pin orteil et fine menotte, BVétillent roses sur les draps.
C'est le dernier jour de l'année :
Vers les miauit, quittant son clair Recoin de crèche illuminée.
Bon Jésus glissera dans l'air.
C'est lui que la petite épie, ' C'est lui qu'elle guette en son coin :
L'enfant, un moment assoupie, A cru le voir venir au loin.
Tout doux, mère tout doiix chantonne.
Par le sommeil rapetissé,
L'orbe de la prunelle atoue
N'est plus qu'un point presque effat-é.
Les FlornimnÀ MaUdinalea
IjCs pavots capiteux du s Distillent leur philtre endormeur :
LcH cils iui-elo9 palpitent eoiuine L'aile d'nn oiseau qui se meurt.
Aux vitres, que la neige frange.
Le givre brode un fin rideau.
Sur les yeux ensommeillés, l'ange Uh soir vient poser sou bandeau.
On entend, sous l'auvent qui erîe, Ija bei'cense aux notes de fer.
Aux sons d'orgue de Barbarie, Que thante le grand vent d'hiver.
I^e liclie <lort : Ita pauvres pleni'eut.
Qu'il diante haut, qu'il cliaute bas, .lauvier n'endoi't pas i-enx tini meurent Hiir la paille des noirs grabats.
Dors, enfant, dors, cher petit Hre !
Toi, que n'éveillent point les bruits Que fait à la sombre fcnt'trf Des )o(|iieteux, le cha-iir des nuits.
Tu ne sais pas que dans la vie Rftdent de sinisti-es passants, Des Héfodes, monstres d'envie, - Qni massacrent les innocents.
Poiirtpioi te dirais-je ces choses ?
l'onrqiioj rompi'e le <'liarnie pnr De ces doux i-éves blancs et n>ses Qui liaiiLent ton sommeil d'ax.itr ?
Rêve encore longtemps, mignonne.
De ce cliaruiant petit .lésns Qui, bon an mal au, toujours donne, A mains pleines, comme im Ci^shs,
Lee Floraisons Matutinalea
Garde tes saintes rêveries, Enfant, te doute est si troublant ; Crois longtemps encore aux féeries Des Noëls et des jours de l'An,
Je ne vieus pas, ami, sur le bord de ta fosse. D'une plainte banale oiïtrager ton cercueil ; Je ne viens pas mêler une éloquence fausse Aux pleurs silencieux de tes frères en deuil.
Le» Floraisons MatuiiitaJ.es
Je hais les longs soupirs des froids panégyristes ; L'accent de l'amitié ferveute est plus discret. L'éloge des défunts n'est pas dans les chants tristes Des poètes ; il est dans un pieux regret.
Sur ce grana douloureux qui fut un patriote.
Sur ce lutteur tué dans ses nobles transports. Il messied qu'une lyie importune sanglote Et scande avec éclat de funèbres accords.
Pleurer ':' je ne veux pas ; mais il faut que je dise, A ces porte-drapeau qu'il n'a jamais trahis.
Aux ministres du peuple, aux princes de l'Eglise, Que ce jenne homme Ht honneur ii son pays.
A la noble, à la fière, à la belle j'
Je veux moutrer la route oi'i le droit l'a poussé,
Pour qu'elle y marche euchceur, pour qu'elle y reconnaisse-
LiH voie oi'i nos plua grands citoyens uut passé.
A i>eine est-il tombé soiiw 1« faux îiu]ila('able. Qu'on entend retentir mille plaintives voix : Hélas ! poiir(|Uoi lu Mort avenglc, inexorable, Fait-elle (ians nos l'aiiK» ces mystérieux choix ?
Hélas ! poimiuoi faiit-il que la jeunesse meui-e ? Le talent est-il flone maix|iié iVnn sceau fatal ï Hélas ! i)ourt|uoi faut-il (|u'il s'eu aille avant l'Iie Le viril ouvrier du ehamp imtional ?
II aurait tant aimé finir w« iiolilc tâclie.
Il était 81 friiel i>our lui, ce ilénofinieut. Le loyal ser^-iteur, qui ne fut jamais lAclie, Peut-il ,'ie résomlre au supième effai-emcnt V
Etait-ce à lui (l'entrer dans l'éternel sileueeï Ce covu-ageux, ce fier paladin de la loi, Ce robuste i>arlenr qui dit haut ce i|uil |>ense. Ce preux dont la jiarole est imrole de i\n.
Intrépide soldat d'une armée aguerrie, I* soleil dans les yeux, et la vaillance au cœur, Il s'en allait chantant l'hymne de la patrie, Quand la mort l'arrêta dans son élan vainqueur.
Bédard, Morin, Cartier, Dorion, Lafoutaine, De nos droits assaillis tenaces défenseurs, Vertueux citoyens dont la gloire lointaine Eclaire et guide encor vos dignes successeurs I
Il est de votre sang, il est de votre race, Ce grave enfant, trop tôt moissonné par le sort ! Ombres dont le souriie illumine la face, Saluez le mauteau blanc de ce jeune mort 1
Comme vous, devant l'or des viles coteries Il n'a jamais courbé ni le front, ni tes reins ; Et son brutal dédain des basses Satt«ries Enseigne la franchise à ses contemporains.
On peut me ruiDer, disait-il, mais nul homme Ne m'ôtera le legs que j'ai reçu dea mieiis : Lia. riche honnêteté du nom dont je me nomme ; 2fi)l ne peut me ravir & moi, ce bien des biens.
Des grands Canadiens tel fut le caractère ; Tel fut leur mftie orgueil, leur courage hardi. De ces ancêtres forts le souffle héréditaire Au cceur de leurs neveux ne s'est pas refroidi.
Houde mourut debout. Le Maître, qui dispense A son gré le pouvoir physique et la santé, Anima d'un rayon de flamme trop intense Ia débile vigueur de ce corps indompté.
Le phtisique, malgré la fièvre qui le brise, Afourant, s'acharne encore au labeur, au devoir. Et son àme, on ne sait par quel miracle, puise Courage et force au fond de son morbide espoir.
Les Flm-ai^ons Matutinalea
C'est en vain qu'il se dresse ; il s'aiîaisse, il succombe. Ses courts printemps ont fui comme l'ombre et te veut. Honâe, le fier, le franc, l'honnfite, est flans la tombe ; Mais son nom restera populaire et vivant.
Aux iftarins de " L'ARÉTHl'SE" etdu " HUSSARD"
Flamme à la drisse, veut arriére, A demi coiitlié sur bâbord.
Le Pélican cingle eu croisière.
A travers les glaces du nord, Malgré la ueige et la rafale, Il flle grand' erre. A l'avant.
Tout à coup un gabier s'affale Criant : " Trois voiles sous le vent."
I^ea Floraiaona MatuHnalea
Sournoisement, parmi les ombres D'uu ciel bas, au loin, sur les eaux, Balançant leurs antennes sombres, Montent les mâts des trois vaisseaux :
On dirait ces oiseaux du pôle Qui s'enlèvent avec efforts.
Et dont ie vol lourd et lent frôle La nuit de ces mers aux flots morts.
Un contre trois I Parbleu, qu'importe I Le Pélican n'eut jamais peur.
Il vole, et le nordet l'emporte Daus un large soufQe vainqueur.
La pavillon de la victoire, C'est celui des marins français ; Son profond sillage de gloire Sur nos fleuves brille à jamais.
Rythmés par le choc monotoae
Des vagues sourdea, on HUteud
Les airs de matelot, qu'eutonne
D'une Toiz au timbre éclatant
Le plus fier chanteui- de la terre :
** J'étioDS trois matelots de Oroiz,
" Qu'ons tenu tête à l'Angleterre,
" J'étions trois, pour sûr, rien que trois 1 "
Le tapabor jusqu'aux oreilles.
Botté, guêtre comme un moujick.
Le manœuvrier fait merveilles, Trimant de la gaffe et du pic.
Sur le pout qui tangue et qui roule.
Il faut les voir, nos Québécois :
L'enfant se comporte à ta houle, CrAne comme un vieux Dunkerquois.
Les Floraismia Malutiiutles
•' L'Anglais 1 " A ce cri l'éqinpage Bondit. Calme, air fier, front serein, D'Iberville, au fort du tapage, De sa stridente voix d'airain Commande : " Branle-bas ! Aux barres 1 " Garez-vous, messieurs les Saxons 1 Sur les voiles de vos gabares Courent de sinistres frissons.
L'air s'emplit d'un grand tintamarre : Bugle et cors, porte-voix, tambours.
Longs ahans des haleurs d'amarre, Bruissements, claquements sourds Des pesantes vergues de chêne.
Choc des caronades de fer.
Sonore carillon de chaîne.
Vacarme et brouhaha d'enfer.
Eho 1 de la proue à la poupe.
Des baucs de quart aux cacatois,
On se hèle, on siffle, on se honpe.
L'ancien parle un fier beau patois.
Boulines et voiles sont lourdes
De flocons blancs et de glaçons ;
Les pieda glissent ; les mains sont gourdes :
Largue k plein cœur ! Hardi t garçons I
Bourrant leurs gros canons de cuivn Où le vent s'engouffre en hurlant.
Les cheveux pointillés de givre, L'œil magnétique, étin celant, Les canonniers sont à leurs postes.
Nos lurons ont le verbe haut ; Dans l'air éclatent leurs rispostes.
Lia poudre parlera tantôt.
Les Floraisons MatuUnales
" Peu ! " Vingt gueules de bronze grondent.
Aux formidables roulemeuts Les antres sauvages répondent Par de rauques mugissements.
Et sur l'embâcle où bat la lame.
Des bords où grondent les ours gris Jusqu'aux bords où l'albatros clame.
Court une tempête de cris.
Rangés en ligne de babille,
A pleins sabords, tes trois Anglais
Craichent la flamme et la mitraille.
Au loin ricochent les boulets.
Droit sur te Français, le Hampshire
S'élauce. Sans perdre uu instant.
Le Pélican l'évite, et vire
Et le mitraille à bout portant.
D'un pont à l'autre, on se fusille.
TTn feu vif, incessant, rageur, Projette, but l'eau qui brasille, Une volcanique rougeur.
La bataille, par intervalles.
Semble redoubler de fureur. Entendez-vous siffler les balles ?
La noce est splendide d'horreur.
Beau comme un héros d'épopée,
D'Iberville n'arrête pas.
Faisant sonner sa longue épée
Au branle nerveux de ses pas.
Au poing la hache d'abordage,
n court & l'avant, et, d'un bond,
Kscalade le bastingage :
" Allons, mes cœurs ! Hourra 1 Tiens bon I "
Les Floraison» Mabutinales
Datis une trombe de fumée Que des éclairs intermittents Fout paraître tout enflammée, S'entre-choqueiit \fs combattants.
Longtemps, dans ta nuit qui les couvre, Flambent les'sabords furieux.
Enfln, le noir nuage s'ouvre :
D'Iberville est victorieux.
D'affreux jurons se font entendre.
Le Hampsliire au large a sombré.
Et l'Hudson Bay vient de ae rendre ; Le fler Dehring a démarié.
On n'en eût fait qu'une bouchée.
Sur les eaux où flotte la mort, La coque sanglante et hachée.
Le petit Français tire eneor.
Le tambour bat.— -Eu haut le monde 1 — Eufauts, ou est content de vous !
— Attrape, l'Anglais 1 — A la ronde I - — Ho I le rigodon de chez nous I Des vivats de réjouissance .^e mêlent aux ehansonâ de bord.
— Vive Québec I Vive la France I France ! redit l'écho du Xord.
Le soir vient. Une blanche a Au-dessus de la mer d'Hudsou Arrondit son are de phosphore.
Le suroît chante sa chanson.
Le trois-mâts presque à sec de voiles, Bouline sans bruit, sans fanal, -Aux clartés des belles étoiles ■Qui criblent le ciel hivenial.
Les Floraiaona MatutinaleH
Chers marina, chera Français de France,
D'Iberville est votre parent.
Par mainte fière remembrauce,
Le cœur des fils du Saint- Laurent,
Malgré la oruelle secousse,
A la France tient ferme eneor.
Ce nœud n'est pas un nœud de mousse.
C'est un bon nœud franc, dur et fort.
^UF le!) flancs calcinés des roches les plus dures Que l'eau des fleuves baigne et lave de ses pleurs. Parmi la mousse glauque et les grêles verdures,
■On voit s'ouvrir, parfois, en plein vent, quelques fleurs.
Le% Floraisons Mnfiifinalea
Le rocher, le granit calciné, c'est le monde Avant le Christ, c'est rHoiiime avant le flls de Die Jésus, ce fut la mer douce, la mer féconde Qui fit fleiirir le roc nu soug uii ciel de feu.
Jésus, ce fut la pure onde qui fait éclore.
Sous le ruissellement de la rédemption, La lave se couvrit d'une immortelle flore, Et l'on vit reverdir la fauve allinion.
Avant Jésus, c'était le sombre âje de pierre. L'âge glacé de l'otnbre et de l'aridité ; Jésus vint, et le ciel fit sa gerbe première, La première moisson de la stérilité.
Sur la terre k jamais par l'Idéal conquise.
Dans le sang qui noya la haine, dès ce jour.
Germent, comme une chaste apothéose exquise^ Les lis de la candeur, les roses de l'amour.
La foudre, silIoniiAiit l'impiafable éteiidui Secouait vainement l'univers impuni :
Et la miséricoiile en Dieu s'était perdue Comme une goutte au fond d'un abîme in:
Jésus vint, et l'azur lit pleuvoir sa rosée, Et la vigne uiysti<|ue, aux blanehes fleurs de miel. Par les pleurs de l'aunire éternel'e arrosée, Magiiifiqiie, donna dcï^ grappes )H>ur le ciel.
Sphimix
Dana un flot d'aurore, l'Année, A pleiu vol, de la uuit du temps.
S'élance et monte couronnée D'étoiles aux feux éclatants.
A l'heure où l'éclair de hod aile SiUouiia le monde endormi.
Al) fond de la voûte éternelle Les sphères de flamme ont frémi.
Mêlant son hymtie d'esgiérance Aux concerts du ciel étonné, La terre »nr son axe immense Comme une harpe a résonné.
Et, bercé d'un rêve impossible.
L'homme interpelle, à deux geuoux.
Le Dieu dont le cœur imimssible Est infiniment tendre et doux.
D'où viens-tu donc, belle ineoiiniie ?
Viens- tu de l'ave nie on des cieux ?
Dois-je sourire à ta venue?
Dois-je en pleurant baisser mes yeux?
Le» Moroiaona Maiutinalea
Les jours d'autan vo nt- ils l'en aître ?
Sur ton zodiaque vermeil, O bel An, va-t-il apparaître Le disque d'un nouveau soleil ?
Hélas I dès l'instant où les cimes Te chantent leur aubade en chœur.
Par-dessus tes ailes sublimés On voit rire un spectre moqueur.
^nel est ce spectre, ce squelette.
Cette ombre, qui n'arrête pas ?
Sa gorge sifflante halète.
Fuyez, mortels 1 C'est le Trépas.
Et toi, blonde aurore craintive, <^i sors de l'orient flambant Et viens, semant la nuit plaintive De fleurs qui meurent en tombant,
Sphin
Dis-Dous si les tristes journées Que nous réserve le destiii.
Comme ces fleurs si tôt fanées.
Ne touchent pas à leur déclin ?
Que dis-je ? Tais-toi, sphinx morose !
Ah ! laisse-nous chanter encor Les jours d'azur, les soirs de rose, Et les matins d'opale et d'or.
Je te reviens, 6 paioisso natale, Pati-ie intime où mon oa-nr est resté ; Avant (l'entrer (lanw la niiit glaciale.
Je viens frapper Si ton tsenil etii-lianté.
Pays d'amour, en vain j'ai fait la route Pour saluer encore ton ciel bleu.
Mon œil se mouille et ma chair tremble toute. Je viens te dire un étemel adieu.
Oh ! couchez-moi dans la tombe bénite, Dana un recoiu discret du vieil enclos.
Ici, je viens chercher mon dernier gîte, Je viens ici chercher calme et repos.
O terre sainte 1 ouvre-moi ton asile.
Près des miens, jusqu'au jour du grand réveil. Je dormirai, comme en »m lit tranquille, Mon dernier rêve et mon dernier sommeil.
Le lac Saiut-Pierre, calme et libre, Ëtale au soleil son flot vert ; Le yat-'ht, dont le clair sifflet vibre»
S'élance de son nid d'hiver.
Au pré de sa rapide hélice.
Sur la cristalline fraîcheur
Des eaux, il court, il vole, il glisse.
Preste comme un martîu-p6chenr.
De loin, l'oiseau, dans l'air souore. Redit son bonjour matinal Au petit steam multicolore Qui passe au vol en plein chenal.
Tout l'été, qu'il veute, qu'il pleuve»
Par le nordet, par le sûroit.
L'alerte marcheur court le fleuve Et file ferme et vite et droit.
Vienne une belle matinée, Le lac miroite. Irradiant Comme une méditerranée Où brasille.un ciel d'Orient,
Les Floraisons MatitHnale»
C'est alors qu'il fait boa sur l'onde.
Le yacht part. Voua embarquez-vous ?
Le temps est' clair. En haut le monde !
Allons humer l'air frais et doux.
Le capitaine est un vrai type De bohème et de bou garçou ; Sur son bord, en fumant la pipe.
On rit, on cause sans façon.
Un fusil, une carabine, Dos cannes à. pêche, ua caruier.
Ornent l'élégante cabine Du chasseur et du marinier.
On chante : la brise et la lame Mêlent leur roulis régulier Aux berceuses chansons de rame Que scande le gai batelier.
Ou vii-e de boi-d h six lieues Du village. Toujours ii Les rivages vei'ts, les eaux bleues Déroulent leurs calmes tableaux.
Ici, c'est ua vapeur à roue, Au long balancier lourd et lent.
Qui traîne uu voilier dont la proïie Creuse un large sillage blanc ;
Là, c'est un dragueur <iui halète.
De houille et de vase tout noir ; Plus loin, vole une goélette.
Blanche, svelte, ehariuante à voir.
Dans un souffle de brise, au large.
Tout un vol de bateaux descend :
Un brick, des chalands, une barge ; lie yacht les salue en passant.
Les FloraiHona Matutinales
Un nuage, noir comme l'encre, Monte en plein azur, c'est un grain I Le yacht ne jettera point l'ancre, Et son Commodore est serein.
Déjà le vent soufSe eu tempête. N'ayez pas frayeur, j'en réponds.
Au vent, aux flots, le yacht tient tête, Solide et sûr comme un trois-ponts.
Eho 1 la vague et la bourrasque Redoublent de rage. Eu avant I Le petit coq, crâne et fantasque, Coupe la vague et fend le vent.
I,a houle tombe, l'air s'irise.
Le ciel brille, c'est le beau temps.
La nef reprend son vol et frise L'écume des flots clapotants.
DictizedbyGoOJ^IC
Dti nord clair au sud bleu de perle, Blanc de moutons éi>arpîllés.
Le lac d'émeraude déferle Et brise en jets enaoleilléa.
" Stoppe ! " Cest la dernière escale.
La brise fraîchit. An lointain, Tinte la note musicale D'nue cloche au timbre argentin.
Cest l'heure où le soleil se couche Dans son large lit d'or vermeil ; Ce soir, l'alerte bateau -mouche Se couche à l'heure du soleil.
Licnte et belle, la lune émerge.
Brodant de lis d'argent et d'or Les noirs inéau<Ires de la berge ; Le yaeht au moiiillnge s'endort.
■Ce n'est pas pour nous qu'elle a fait silence,
Ce n'est pas pour noua qu'elle est lourde et dense,
La calme nuit claire oiï tremble ta voix.
Il est transparent l'azur qiii te voile.
O cher mort, parmi des clartés d'étoile Ton sourire flotte et je te revois.
Oh ! non, ee n'est pas pour nous qu'elle est close.
La chapelle blanche où l'ami repose ;
Ce n'est pas poiir uoiis, ce n'est pas ponr nous.
La porte d'ivoire est ouverte e
La voûte muette est toujours souore ;
La Prière encore y veille à genoux.
L'Automne en sourdine au loin psalmodie.
La chapelle ou va mon rêve irradie ; La lampe votive y brftie toujours.
D'où vient ce sonviir de musique tendre ?
D'où ^-iennent ces pas qui semblent descendre Par quelque escalier légei' de veloiira ?
Dans l'ombre, une maiu pieuse lialance L'encensoir d'argent, et, dans le silence.
J'entends une voix répondre à ma voix.
Les Floraisonu Matutinales
La chapelle d'or que l'hysope asperge, S'emplît de clartés tremblantes de cierge.
Ton sourire flotte et je te revois.
Les gueux souffrent : l'argent est rare, Le tenne échoit, le pain est cher.
On manque de tout chea Lazare, Et voici venir l'âpre hiver.
Déjà souffle la bise. Il gèle.
Il faut du bois, il faut du feu.
Lazare nous teud l'escarcelle :
Un S50U, pour l'amour du bon Dieii.
Les Floraisons Matutinalee
Derrière lea vitres cassées De ces tniidis an noir pignon, DanB l'horreur des maisons glacées.
Se cachent des douleurs sans nom.
Par les fentes du toit qui croule, Par les fissures du mur gris, Mouteiit, avec un bruit de houle. Des pleurs, des râles et des cris.
Que ii'ai-je la palette ardente
Des Velast|ue« et des Dlirer ï
Que n'ai-je la plume de Dante P
Misère, ô douloureux enfer !
Que dis-je ? nul ne pourrait peindre
Ln navrante réalité
Des goiiffreH où l'on entend geindre
Tes doux maitjTH, ô Pauvicté.
Regardez : près d'un grand lit vide.
Immobiles, comme abêtis.
Les yeux hagards, le teint livide.
Se pressent encor les petits :
Bu regard ils clierclient la mère ; Mais la mère est sous le linceul ; Aux pleurs des orpbeliiis, le père Vient de comprendre qu'il est seul.
Là, c'est une veuve qui peine Seule pour nourrir cinq marmots.
O riches, donnez & main pleine.
Pour la mère et pour les petiots.
Donnez les miettes de vos tables.
Vous qui faites vos trois repas.
Aux pauvres femmes lamentables.
Dont les .enfants ne mangent pas.
Les Floraiaona MatuUnales
A travers les foules bourrues Cheminent les pauvres honteux.
Le vice guette au coin des rues Les filles des a3ces9iteux :
Misère engendre crime et vice.
■Que ]'or pur de la Charité Fonde et dote hôpital, hospice.
Crèches et monts-de-piété.
Jjes gueux souffrent : l'argent est rar Le terme échoit, le pain est cher.
On manque de tout chez Lazare, Et voici venir l'âpre hiver.
Déjà soufiSe la bise. Il gèle.
Il faut du bois, il faut du feu.
Xiazare nous tend l'escarcelle.
Riches 1 pour l'amour du bon Dieu I
DictizedbyGoOJ^Ie
Radieuses apothéose»
Du soleil d'or et du ciel bleu.
Fraîche gloire des printemps roses, Pourquoi doue durez-vous si peu ?
Les Floi-aisong Matutinalea
Pourquoi donc êtes-vous si brèves.
Aubes de l'enfauee ? Beaux jours.
Si pleins d'aroiues et de sèves, Pourquoi donc êtes-vous si courts ?
Jeunesse, où sont-elles allées Les hirondelles de jadis ?
Où sont les ailes envolées De tes merveilleux paradis ?
Et vous, poétiques chimères.
Que dore un rayon d'idéal, Blondes idylles éphémères, N'auriez-vous qu'un seul floréal ?
O fleurs, vous n'êtes pas finies 1 Les plus tristes de nos saisons Auront encor des harmonies Et des regains de floraisons.
La mortelle saison du givre N'a pas tué toutes nos âeurs :
Nous pourrons encore revivre Le passé, dans àea jours meilleurs.
Sous les voûtes votives.
Attentives, S'élèveut à la fois.
Vers l'azur où saiute ADiie
Si haut ])laue.
Mille pieuses voix.
La foule réunie
Communie Avec les séraphins.
Dans l'âme fraternelle,
I m mortelle.
Des vierges et des saints.
O grand joiir triomphal !
Saluons la Patronne Dont la gloire environne L'autel natloual.
Que ta main nous les rend».
Toi si grande.
Les biens que nous perdons ; Que ton cœur nous les donne.
Toi si bonne.
Les éternels pardons.
Sur toutes les blessures.
Dont le mal nous meurtrit.
Verse à flot le cinname.
Le dictame Qui calme et qui guérit.
Les Ploraisona Matvtinalea
La vie est la vallée
Désolée, L'exil au ciel d'airain, Le désert de famine
Où chemine L'homme, ce pèlerin :
Guide la caravane, O sainte Anne, "Vers la cité de Dieu ; Vers l'oasis de calme
Où la palme T'ieurit dans l'éther bleu.
liberté 1 liberté ! nos solides aneêtrea, ■•Corps à corps, front à front, avec leurs âpres maîtres, Aii club, au parlemeut, au meeting, au forum, IBien longtemps ont lutté pour ton blanc labarum.
» Mututinales
Saii8 halte, obstiiiéi lient, l'élcxiiieuce virile
Redoublait les assauts d'iiue lutte stérile :
La Chambre fl«.gellait le pouvoir exécré,
Et toujours l(j pouvoir gouvernait à son gré.
Trèa beau, très fler, très grand, dominant la tempête
Qu'un despote haineux déchaîne sur sa tête,
Papineaii, noble aïeul du tribun souverain,
Fait vibrer les éclats de sou verbe d'airain.
Ijoyal au Roi, mais fler devant l'absolutisme,
MagniHiiue d'orgueil et de patriotisme.
Canadien que mil Anglais n'a fait plier.
Irréductible, franc et fort comme l'acier.
Il parle, et dans sa brève et robuste harangue?
Eclate la vigueur d'une invincible langue.
Brillante élite, autour du jouteur sans égal, Se groupent les soldats du droit iintiotial.
Aux rostres où la haine a déclamé saus Uoiite, Drapé dans sa fierté, grave, Taschereau monte. Bédard se dresse. II faut enchaîner ce vaillant Qui crible de ses traits les Craig et les Ryland. Mais la prison ne peut étouffer la parole :
C'est le flot qui bondit, c'est l'orage qui vole. Nos rivages encore entendent retentir Ija parole et les fers glorieux du martyr.
C'est en vain que le fouet sanglant de l'ironie Accule au pied du mur l'hyène tyrannie.
Le monstre terrassé, bave aux dents, sang aux yeux^ Hurle encor sous les coups du fouet victorieux.
Des vieillards décrépits, malfaisants, sacrilèges,
Violent sans pudeur et lois et privilèges.
C'était un règne affreux qu'eût cinglé Juvénal :
Le ministre volait, et le juge vénal
Trafiquait du statut pour une vile somme ;
On graciait un riche, on pendait un pauvre homme ;
Partout la violence et l'illégalité.
L'arbitraire, l'astuce et la duplicité.
Au bon peuple qui peine et qui, très humble, prie, On répond par l'insulte et par la moquerie, Et l'on jette au panier, au mépris des vieux droits. Les plis où les manants ont fait leurs grandes croix
Le bon peuple se tut. Mais ua homme, un génie, Se lève et, défiant l'injnre et l'avanie.
Au milieu d'un profond silence solennel, Fait ouïr les accents d'un nouvel O'Conuell.
Ce n'est pas ce rhéteur élégant qui débute Sur le ton musical que lui donne la flûte ; C'est un rude parleur, un franc logicien, Qui dédaigne les vains apprêts de l'art ancien. Sa parole n'est pas une lyre qui chante.
C'est un clairon qui jette à travers la tourmente lies farouches accords du dernier rallfment.
Nul orateur n'est plus fort, ni plus véhément. Il parle, et le pays k sa voix pathétique Tressaille, et du lointain, par delà l'Atlantique, Aux appels chaleureux du jeune Washington, Képond, comme un écho, le cœur des Warbnrton.
I^a Floraiwms Matutinales
Nos tyranneaux jaloux, sourds à toute éloquence, Redoublent de fureur, de morgue, d'arrogance. On vole ; ou pille ; on pousse à bout ces braves gens, •Ces paisibles et doiix ruraux intransigeants ; Et l'on jette la fange et l'on crache l'insulte A la race, à la langue, à la bannière, au ciilte. On s'arroge les droits de la majorité.
Et les belligérants de la légalité Protestent vainement. Pour appuyer le vote.
Il faut que le fusil du pauvre Patriote Se mêle au grave et vaste orage des débats.
Le vieux mousquet français ât si bien, que là-bas
On l'entendit. Ce fut bref, mais hardi. La poudre.
Aux oreilles du maître, à. l'égal de la foudre,
Retentit, et le maître en fut tout étonné.
Il comprit. Le rappel des tyrans fut signé.
Des parchemins scellés du grand sceau britannique
Annulèrent bientôt l'ukase tyrannique.
Albion révoqua le révoltant édît.
Voilà pourquoi le trône anglais n'est plus maudit.
Qu'ai-je dit? N'éveillons pas la haiae endormie. Nous jouissons en paix de notre autonomie ; Notre race n'est plus la race paria ; Le peuple est maftre, c'est assez. Victoria, Aux esprits assagis que son sceptre nivelle, Impose le respect d'uue charte nouvelle.
Et fait planer sur tous l'égale autorité De sa très douce et très sereine majesté.
L'heure est à. nous. L'érable, exubérant de sève, Au terroir fortement enraciné, s'élève.
Déployant en plein ciel, entre deiix océans.
L'éclatante vigueur de ses rameaux géants.
L'heure est à nous. Québec, la province féconde. Voit déborder sur tous les points du nouveau monde. Comme une mer, les flots calmes et triomphants De ses laborieux et robustes enfants.
he bon peuple respire, et sa poitrine vibre Au souffle frais c^ui court dans l'air joyeux et libre : Le sang monte plus calme au front du travailleur. Dana le ciel éclairci brille un soleil meilleur.
Les Floraisons MatutincUes
Le ^and combat est clos, la bataille est Unie, Et les lutteurs d'hier vivent en harmouie.
Honte à ceux dont les cris de rage osent encor Troubler ce sympathique et généreux accord.
Cest la trêve. C^est l'ordre. Aux angles de la poutre Nous avons accroché le mousquet. Et le contre. Au pas égal et lent des chevaux et des bœufs. Sillonne en paix la friche et les guérets herbeux. Et tandis que, là-bas, les moissonneurs superbes, Dans leurs grands chars criant sous la charge des gerbes,. S'en vont, rieurs et beaux, par groupes rassemblés. Serrer les blonds trésors des seigles et des blés ; Dans nos ports, sur nos quais bordés de nos flottilles. Le steamer de Glasgow, le voilier des Antilles, Le lourd transatlantiiiue et l'énorme trois-mâts Déchargent les produits des plus lointains climats.
Uiie autre FVanee règne aux rivea de nos fleuves. Dans tout ce beau pays de vertes terres neuves. Où le fer et la flamme et la foudre ont passé, Des lacs jusqu'aux couflns du Labrador gla«é, Toyt se transforme, tout grandit, tout évolue. Divinité toujours bonne, je te salue.
Et vous, libérateurs des peuples prisonniers^ Frères de nos tribuns et de nos pionniers, O prêtres dont le verbe éclaire et civilise. Patriotes divins de la divine Eglise, Vous par qui nous serons à tout jamais uuisr Soyez loués, soyez aimés, soyez bénis.
Les Floraison» Matutinales
Et TOUS, Taché, Morin, Duvemay, Lafoutaine,
Parent, BaMwin, Cartier, dont la pensée hautaine
Consolida la paix et scella l'union I
Sublimes artisans, qui fîtes nation
Le jeune petit peuple orgueilleux que nous sommes,
jV jamais vénérés soyez- voua tous, g^rands hommes I
Votre légende est simple et vos titres sont brefs.
Vous fûtes, avant tout, des conducteurs, des chefs ;
Les bous, les dévoués, les lutteurs, les apôtres
^ui prodiguent leur âme et leur cœur pour les autres.
<Jue votre souvenir dure éternellement !
Pour les âges futurs, dressant un monument,
O généreux amis du Canada ! l'histoire
Vous groupe dans l'airain d'une commune gloire.
Vers la colline où dort ce grand peuple d'aïeux. Dans l'amour et l'espoir sont tournés tous les yeux. Largement déployé par la brise qui passe. Là-haut, dans la lumière et dans l'immense espace. Par ces illustres morts tour à tour défendu, Ondule, ô Liberté, ton saint drapeau perdu.
Salut, immortels fils d'une immortelle époque ! Ancêtres, la jeunesse à plein cœur vous invoque I Que nos chefs d'aujourd'hui marchent orientés Par le rayounement de vos blanches clartés l - Que nos historiens inscrivent dans nos fastes, A côté des martyrs obscurs des jours néfastes. En majuscules d'or, près des grands précurseurs. Les noms, non moins brillants, de leurs fiers successeurs t
Salut, ô nobles temps anciens, cycle profond. Inoubliables jours d'hier, âge fécond.
Vaste passé fertile et riche d'où découle L'avenir qui déjà sous nos yeux se déroule :
Tel, gonflé de cent cours, ce fleuve au flot géant Déroule son immense et tranquille océan.
liUHiJÏBE; s
l'idyixb dobéb ^
Le Viatique 1»
L'Avril boréal 2S-
A LA CLAIRE Fontaine 81
A CELLE QUE J'aIME ST'
France 8ft-
La mer 44
Québec 48-
MlBSIVE 50-
Be thy grave ever green ! 52."
a coqubun 57
liB Lac 60
Fleurs d'AURORE 64
Chrysanthèmes 68 ■
Giboulée 73-
Flburs d'hiver 7S
Hantise Sa
La chapelle des miracles 8ft
A Denis Gérin 90
lUlRAOBS 92
Les Cixwhbttes 96
Beethoven 102
liES CORBEAUX 104
Bayons d'octobre 106
Fbiherosbb 114
Epithalahe 116
•Grand deuil 119
L'HIRONDEliB PIEC8B 125
Xa cloche de LOUISBOUBG 134
Le herle 138
liA Muse 143
Colomb 145
Anne-Marie 151
Vit HOMME 15T
D'iBBRVILLE 163
Sphinx 176
Le dernier GÎTE 180
Le yacht 182 .
Nocturne 188
HiSËRE 191
Pbrcb-neiob 195
Cantique 198
Xa Liberté 201