FRANCISQUINE
Bon ! Tu me contes des fagots pour des cotterets. Va, va, double jennin, de par le diable! Vat'en quérir du vin ; cependant je me disposerai h manger mon potnge.
Point, mignonne de miel ! Je prends des torticolis sous tes petits pieds mal chaussés, comme ce grand comard d'Hercules, aux pieds" de la princesse qui avait une lÉte de lion empaillé pour cornette de nuit, et je becqueté tes ongles tripons^ ne plus ne moins que les moineaux becquetaient les raisins de Zeuxrs, peintre d'Héraclée.
FRANCISQ.UINE
Tu as appris tous ces beaux discours dans la compagnie du seigneur Mondor, et pour moi, je o'y entends goutte.
TABARIN
Tu veux que je te parle aiitremtni? Ecoutemoi, cbérie. Le bouffon, l'ivrogne, n'est plus ; regarde l'homme, et sois bonne pour lui. Je t'aime ardemment, j'ai cette folie. Je t'ai rencontrée un jour, endormie la tête près du trottoir, avec tes
LA FEMME DE TABARIN I ; 7
grands cheveux roux défaits; il m'a semblé que le soleil étnit tombé dans le ruisseau. Je t'aime. Tu fais de moi ce que tu veux. Comme je suis célèbre, il y a des femmes, peut-être, et des plus riches, qui auraient bien voulu de moi. Mais je t'aime. Tes grands yeux ronds, ton nez qui se retrousse et qui a l'air d'un oiseau posé sur ton visage la queue en l'air, ta bouche qui s'ouvre toute grande et qui baise mes lèvres comme on avale une cuillerée de soupe, tout cela, er, tiens, tes bras nus, trop gras, me charment. Je suis un paysan, au fond. Ma souquenille, vois-;u, c'est une blouse. La parade, le fard, le chapeau de Fortunatus, c'est pour les autres que ma bêtise . hit rire; pour toi, je suis un niais, sans le faire exprès. Ote ma perruque, caresse mes cheveux. Veux-iu des pendants d'oreilles en or? Je t'en donnera-, et un collier de perles aussi. Quand nous aurons gagné beaucoup d'argent, nous partirons. J'achèterai une terre, comme un honnête homme. Nous aurons des voiïins quiseroni jaloux. Quand tu passeras, ils diront : « VoUi la femme de .M. Tabarini ! » Car j'aurai quitté le nom de Tabarin. Je n'aurai plus d'or aux galons de mon haut-de-chausses, mais tu en auras dans ta poche- Parce que je t'aime. Laisse-moi t'embrasser le cou. Tu n'as pas reprisé ta chemine, là, devant; tu as bien fait, c'est plus joli. Mais toi, tu ne
i;8 LA F£MMB DE TABARIN
m'aimes pas. Sais-tu bien, que souvent, Iwsque i)3us jouons la iarce où Tabarin, qui revient de la campagne, trouve un galant auprès de sa femme, sjis-:u bicit, que souvent, je crois que ce malheur pourrait m'arriver un jour, en effet? Il y a un garde de monseigneur le cardinal qui rôde quelquefois par ici. Il me semble que je l'ai vu l'autre soir entrer par cette petite porte. Mais non, j'avais bu, j'avais été au cabaret, avec Pipha>ne. Tu as un bon cœur, tu ne voudrais pas me rendre malheureux. Ta chemise, comme cela, c'est très joli; tu as engraissé, chérie I
FRANCISauiNE
Dis que je suis une nourrice, tout de suite I Allons, mange ta soupe.
TABARIN
Oui, situ veux (// la baise sur les lèvres, pendant qu'elle mange eUe-mime.) Oh ! la bonne soupe ! la bonne .soupe ! C'est comme du sucre brûlé.