LA PRINCESSE PHILOXÈNE
n y a quelque apparence de vrai dans le soupçon qui vous est venu. Mais prêtons l'oreille, s'il
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VOUS plaît, à la parade, car voici que le seigneur Tabarin a relevé la tête.
(Pendant ce temps, dans la baraque, dont les spectateurs m peuvent voir l'intérieur, Francisquine se tient, terrifiée pris dn fourneau, car elle a entendu h cri terrible de son mari.)
TA.BARIN
Arpentant h tréteau à grands pas Mais cette femme, pour moi, c'était tout! Savez-vous pour qui je vendais des drogues, pour qui je recevais des coups de pied au derrière ? C'était pour clld, pour elle seule. Pour qu'elle fût utie femme heureuse, j'avais presque cessé d'être un homme; etj tout à l'heure encore, je le lui disais. Ah! laribaude! Maintenant, pendant que je suis là, h'strîon st.ipide, elle embrasse cet homme et se fait embrasser. Oh! je les tuerai tous deux, je les tuerai. A vous, quand on vous prend votre femme, il vous reste tant de choses ! A moi, s,ins elle, que me reste-t-il! Rien. Ah! la paysan, l'homme du peuple, la brute, si l'on veut, sort du baladin! Je veux les tuer, vous dis-je, et après je leur mangerai le corps.
xtLAMIRE
Bien que cette douleur s'exprime en termes un peu grossiers, on ne saurait dissimuler qu'elle a
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LA FEMME DE TABAKIN l6$
quelque chose d'émouvant et qu'elle seiait de nature à plaire aux gens de goût, si elle était traduite en strophes tragiques, ornées de pointes concordantes.
TABARIN
toujours sur le tréteau, les yeux Imrs de la tète,
effrayant Mais une épée, une arme quelconque, est-ce que j'en ai ? On n'assassine pas avec une batte d'arlequin, et il faut que je tue, pourtant. Se j'avais un pistolet, il serait de paille, comme dans la chanson. Miséricorde du ciel ! Est-ce qu'il faudra que je les tue avec les ongles et les dents?
Il y a quelque chose de superbe dans son air, et le drôle, après quelques leçons, figurerait à miracle un héros de tragédie.
Vous qui parlez, oui, vous ! là-bas, donnez-moi votre épée. Mordieu I donnez-la moi, ou je m'en vas la prendre.
TÉLAMIRE
Vous ne nous aviez point prévenus, Polyandre, qu'il nous serait donné un lôle dans h parade. Mais, puisqu'il le faut, allons, Artaban, prêtez à
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ce farceur votre glaive invaÎDCu. Sa comédie, à ne vous rien celer, commence i me divertir singulièrement.
(Arlaban se lève, s'approche du tréteau, tire son épée et la remet à Tabarin.)
Ah ! vous, monsieur, merci.
(D'un geste, il écarte le rideau et bondit dans l'intérieur de la baraque, se précipite sur sa femme, gui veut fuir et qui crie, lui enfonce l'épie dans la gorge, la retire sanglante, remonte épouvanté, à reculons, l'escalier qui conduit au tréteau, et reparait devant le public, levant au ciel la lame d'oà tombent des gouttes de sang, et si pâle, si terrine et si terrifiant, qu'un cri d'admiration s'échappe à la fois de toutes les bouches, et que précieux et précieuses, bourgeois, clercs, filles et tire-laine, toute la foule, éclate en un tonnerre tïapplaudissenients ! Puis Tabarin laisse choir ses bras, et tombe à genoux, hébété, pendant qu'on applaudit de plus en plus.)
TABARIN
avec des bégaiements
Ah! misérable ! Tu l'as tuée ! FrancisquinJ Ta
petite Francis t Ton petit quîne ! Ah ! miséraL>lc !
(Il regarde fépée et la prend h deux mains.) Ah !
lame de malheur! (Il la brise contre son ventre-)
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LA FEMME DE TABARIN
TÈLAMIRE
N'ayez point d'inquiétude au sujet de votre épée, Artabaa. Les bateleurs oqc coutume de changer les objets qu'un leur confie, lorsqu'ils seraient dans la nécessité de les gâter de quelque façon que ce soit.
(Cependant, dans l'intérieur de la baraque, Francisquine n'est point morte. Saignante, la main sur sa plaie, elle se traîne vers le petit escalier, le monte péniblement, et se trouve enfin sur le tréteau, devant toute la foule, pareille à un animal blesse, haineuse et hagarde. Taharin, abîmé dans l'horreur, ne l'a ni vue ni entendue venir. Elle s'imbibe la main de sang dans sa blessure et, brusquement, elle en barbouille les lèvres de son mari. La foule respire à peine. L'admiration est telle qu'on oublie ^applaudir.)
Ahl toi! toi! toi! Oui, ton sang, je veux le boire! Donne, encore! Je l'ùmel je suis affreux, je t'ai fait du mal. Ne meurs pas! Pardon 1 Tu comprends, je t'avais vue... avec l'auU'e... nuis ce n'est rien, j'ai eu bien tort... Ne va pas mourir! Ah! ma petite colombe, baise-moi... ne t'en vas point! Dire que tu souffres, et que j'en suis la cause! Ce n'est pas grave peut-être, je n'ai pas osé appuyer. Un médecin ! Allez chercher un mé • deciu ! Mais, tas de misérables! vous ne voyez
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donc pas que c'est vrai, etqu'c'le meurt? Tu me regardes avec des yeux terribles. Veux-tu que j'aille te cherclier légat de, dis? Pourvu que tu ne sois plus fâchée, qu'impone à qui tu souries? Veux tu me tuer, tji aussi? 11 reste encore des morceaux de l'épée; tiens, prends! Mais, tiens, vois, c'est très pointu, prends donc! Ah! chérie! (Toutes les bouches sont béantes. Quelques yeux pleurent. « Voili une fort agréab'e comédienne, dit Télamire; et ne croira.t-on pas q^e le sang es^ du sang véritable? Cependant Francisqmne, claquant des dents et râlant, a saisi le tronçon d'épée que lui tendait Tabarin; elle rampe, les yeux hors de la tête, hideusement pâle, vers son mari, toujours agenouillé, qui déchire sa souqu£nille et offre sa poitrine nue. Mais, au moment où la main va frapper, la face se contracte . dans une convulsion suprême, et Francisquine retombe aplat ventre, la tête sur les genoux de l'homme. Elle le mord à la cuisse, puis tout son corps se tend.)
FRANXISQUINE
Canaille ! (Elle a rendu l'âme. Des bravos, des cris, des trépignements retentissent de toute part. Les gens de cour eux-mêmes sont émus et debout ; et toute la gloire tumultueuse qn'un comédien peut envier environne le misérable histrion.)