FN PORTERA
la société, une menace d’atteintes funestes. Cette société a pour intérêt général de supprimer ce qui la lèse et de favoriser ce qui lui est utile; le progrès pour elle est à ce prix. Ce progrès, ne se réalisant chez les animaux que par le triomphe du mieux doué, du fort sur le faible, le groupement social humain doit procéder de même et engager la lutte contre tout ce qui lui est charge, obstacle, péril, à un titre quelconque. De la sympathie, de la charité, qui ne sont d’ailleurs que des faits individuels, on n’aura cure, l'utilité sociale primant tout le reste pour la collectivité; de même que l'utilité particulière, l’égoïsme, sont les premiers droits physiologiques de l'individu.
Telles sont les applications rigoureusement nécessaires de la méthode, en y comparant celles qui se rapportent aux relations de peuplade à peuplade, de peuple à peuple. La guerre est sainte d'individus à individus, de catégories sociales à catégories sociales, de nations à nations ; et la victoire est le triomphe du droit, le seul qui soit légitime, puisqu'il est l'organe autorisé et exclusif du progrès. Tel est le langage du darwinisme, parlant au nom de l’histoire qui ne lui donne que trop raison dans le présent, à l'heure actuelle, et dans les perspectives indéfinies du passé.
Combien illogiques, inconséquents avec euxmêmes, les soi-disant philosophes s'inspirant de la morale scientifique, tout en rêvant de paix perpé-
tuelle, et qui, pour y arriver, prèchent l’arbitrage entre nations! Quel contre-sens de plaider à la fois le pour et le contre : le pour, quand il s’agit de doctrines, de conceptions générales sur la nature des choses; le contre, quand il s’agit de la pratique de la vie, où les mêmes conceptions ne sont décidément plus applicables ! Il y a là une contradiction intime qui échappe à quiconque ne sait pas mettre de l’ordre, de la corrélation dans ses idées. De soi-même, on a fait deux parts : l’une pour une théorie d'ensemble sur les choses, l’autre pour le courant de l'existence journalière. La première n’a de valeur que dans le silence du cabinet. On pourrait, d’ailleurs, en dire autant des gens qui nient la liberté morale, et dont tous les actes la proclament,
« Dans notre siècle, nous sommes encore entre la science, qui, après avoir cherché la moralité en son domaine, dit à la fin avec Faust : « Rien »
et,» (1).
L'accord à faire, la corrélation à établir entre ses propres idées, ont été tentés par l’auteur de cet ouvrage dans l'étude des trois termes : personne morale; loi naturelle et rationnelle, à confirmation empirique; volonté, collaborant à la réalisation de la loi.
(1) Fouillée, Revue des Deux-Mondes, 15 septembre 1889.