IS.S
La romparaison des chiffres superposi^i dans ce tableau montre que l’une des
conditions rcconnups par Hippocrate {de Aere, Aquis et Lacis) comme des plus importantes pour la salubrité des eaux potables, est tout à fait remplie dans la fourniture d eau de Dijon ; optimœ sunt quæ... et hieme enlidœ fiunt, œsiate vero l'riyidw, c'est-à-dire, leur température doit être un peu au-dessus de celle de l atmosphère en hiver, un peu au-dessous en été.
II me reste à chen-her l'explication des variations assez .sensibles qui existent dans les températures de l'eau donnée par certaines bornes-l'onlaiues. Si l'on remarque que les mêmes bornes donnent à la fois une eau plus chaude et plus froide, suivant <[ue la température de l'air est plus élevée ou plus basse, on en conclura que ces variations tiennent à ce <pie la transmission de la température de l’air s'opên; plus aisément dans les conduites qui mènent l'eau à ces bornesfontaines.
Or, certaines conduites sont entièrement placages dans des aqueducs en maçonnerie, tandis que d'autres sont en partie posées en terre.
ÎS’ous ferons connaître dans la deuxième partie, chapitre II, pour chaque bonii'-fontaiue observée, la longueur parcourue par les tuyaux qui l'alimentent 1” en galerie; 2" en terre; et nous en conclurons dans quelles circonstances l'eau menée par h's conduites est plus accessible aux variations de la température extérieure.
J'arrive maintenant à l'analyse des eaux de la source du Rosoir.
J ai donné, au commencement de ce chapitre, une dissertation de .M. le docteur Guérard sur les qualiltls relatives des eaux de puits, de citernes, d'étangs et de certaines rivières assimilables aux étangs pur leur régime. Il était facile d'en conclure rpie c'était aux eaux de sourre ou de grandes rivières que les ingénieurs chargés d'une distribution devaient, en général, s'adresser. ■Mais les eaux des sources et des rivières elles-mêmes varient notablement dans leur composition, et il est bon de fixer les qualités que I on doit attendre d une eau potable.
Dans celle question, du reste, l'habitude exerce une grande influence parce qu’en effet les gens en bonne santé, dit Hippocrate, peuvent boire à peu près indistinctement toute espèce d'eau; mais, ajoute-t-il, les personnes malades doivent être très-circonspectes dans leur choix.
En Egypte (nous apprend Bruce dans son Voyage eu Abyssinie], on boit de pn’-férence l eaii fin ÎSil. La gravelle est une maladie fréquente chez ceux qui
r.HAPITHE III.— SOtRCE IIL RfWlH.
consomment Tenu tin^> des puits du désert. Sir fi. Staulors (ambassade en Chine) raconte (jue les classes supérieures de ce pays apjMirtenl tant de soin dans le choix de IVaii, que ran-ment elles en boivent sans l avoir préalablement fait distiller. .Au Rn-sil, dit Piso (ttiiS), on est aussi difficile pour les qualités de l'eau que nous le sommes pour celles du vin : on pn'fére la plus douce, la plus légén*. et qui ne laisse aucun dépôt. On sait que Darius, dans ses cninpagnes, se faisait toujours suivre d'eau bouillie.
Les Anglais, se fondant sur le classj>ment suivant des eaux fait par Celse : Àqua lepissima plutnalh eiU ; deimlè fnntana ; tùm ex (luminet tùm ex pulvo; pont tes ex nive,' aut glacie; gravior hit ex lacu, gravistima ex palude, préfèrent celle des terrains granitiques ou des sables siliceux, lesquelles ne donnent que trèa-ppu de dépôt calcaire.
On n’a pas, en France, une opinion aussi absolue.
Voici les qualités que l'on doit demander à l'eau desliné<! à la boisson, d’après une note que m’a remis<^ M. le docteur Hippolyte Bourdon.
La qualité potable de l'eau n’est pas en raison de sa pun'té chimique ; il faut, au contraire, qu’elle renferme une quantité plus ou moins grande de principes étrangers à sa composition atomiipie (Dupasquier). Reste à distinguer les matières utiles et même nécessaires à l'eau potable de celles qui altèrent sa pureté et la rendent même délétère. •
Les premières sont l'air almosphérique, l'acide carbonique, le chlorure de wdium et le carbonate de chaux.
Dans la deuxième catégorie se rangent les autres seh de chaux et les matières
organiques.
Pour être h^'res, les eaux doivent renfermer de l'air atmosphérique et de l’adde carbonique (').
(*) Voir, dans le Compte rendu de C Académie des sciences du 21 mai 1855, une communiciUon d'nn haut inlérôt, faite par M. ,\ug. Piiligot relativement à la nature et au volume des gaz (jue tes eaux renferment
n démontre notamment, au moyen d'appareils plus exacts, (jne l'adde carbonique est en praportion beaucoup plus considérable qu’on ne l'avait cru jusqu’alors ; il trouve que cette p»portion eet de 40 à 50 pour 100 du volume total des gaz azote, oxygène et acide carbonique m disaotution. *
~ '’CeMtcinidahM. Péligot à attribuer en partie à l’eau, dans la dépuration de l’air atmoaphé- «que, au rtUe exelnaireiDent réservé jusqu'à présent aux végétaux.
«0 HISTOIRE DES l'X).YrAlNES PUBLIQUES UE ÜIJOS«,l~ PAKTIE
ljuuiit «U ('«rboiiale de choux, sou action a éti^ confondue, A tort, acec «aile des anln's sels culcairus. M. I)iipo.si|uier (') le considère comme utile, ifiiand il existe en petite prü|»orlion; insoluble ou à peu prtsj dans l'eau pure, il peut y éln* tenu en dissolution à la faveur de l’acide carbonique, et cest IA, dit i-e médecin, le cas des eaux potables qui en contiennent.
« En absorbant une plus grande quantité d'acide pour se dissoudre, il piwiw A l'état de bicarbonate e.t agit sur l'estomac A la manière des carbonates de potasse et de soude, base des tablettes de Vichy. »
Le bicarbonate tle chaux des eaux potables est dés-omposé, comme h‘s bicarbonates alcalins, par les acides des tluides gastriques, et, comme eux, il sa* turc les acides de l'estomac et stimule sa muqueuse par l’acide carbonique qu'il laisse dégager en se déTomposant. Cette opinion a été conlirméc par les expériences de M. lilondlot, de Nancy.
M. Boussaingault cherche h démontrer que le jeune animal en voie d’accroissement puise dans l'eau qu'il boit la majeure partie du carbonate de chaux nécessaire A la formation de son système osseux; mais on lui reproche de ne
(•) « carbonalo do chaux .dit M . Dupasquicr ( Det «atu de sources et des eaux de rivière, p. 9Ü), à moins qu'il n'existe en trop grande proportion, telle, par exemple, que dans le» sources de Saint-.Xlyre (IjOlSl, doit être considéré comme une princi|ie utile et ou dira inéina nécessaire dans les eaux , pubW|u'il est reconnu que celtes privées de toute matière flxe n'ont pas les qualités qui les rendent propres à la boisson. IjeselTeU tbéra|ieuliques de ce sel, liien connus des médecins, expliquent d’ailleurs l'utilité de sa présence dans les eaux potables... Rien n’est plus certain et plus évident que son action utile dans l'acte do la digestion. •
Après avoir analysé des eaux qui contenaient, les unes 2,300 milligrammes et les autres seulement 640 milligrammi>s de carbonate do chaux par dix litres, M. llraconnol, savant chimiste de .\ancy, dit {Mémoire de C Académie des sciences, lettres et arts do cette ville, année !8ét, p. 33) : • Cependant, si pour mon usage particulier j'avais à choisir, je donnerais la préférence aux premières, bien qu'elles contiennent une quantité plus considérable de carbonate de diaux, car il est prouvé que ce sel terreux , retenu en dissolution dans les eaux par un excès d’acide carbonique, les rend plus vives et plus digestives, en agissant légèrement .sur l'estomac, à 1a naanière d'un sol faiblement alcalin. Elles cuisent bien les légumes, dissolvent facilement le savon, et conviennent à tous les usages de la vie. Envisagées sous le point de vue industriel..., il est des arts, celui de la teinture, par exemple, qui s’en an-ommoderaienl très-bien, puisqu'il est reconnu quo les eaux cbargées de carlionate de chaux avivent le principe colorant des matières tinctoriales. .