MARINE
L'eau terne enserre les dragues Dans un bassin de mercure Où nage, sombre teinture, La fumée aux srestes vagues.
Rég-ulièrc, la fumée Cherche à tâtoais le ciel morne.
S'arrête et crée une borne.
C'est ma vue accoutumée.
LKS FORCES
Les pinces des dragues plong-ent, Avec un liruit dia1)(di(iue, Dans Je bassin métallique Ou'inrcssamment elles roni?ent.
Fleuve et cie.l sont uniformes.
C'est à perdre l'équilibre Et voir dans l'espace libre Creuser les en^'ins énormes.
Si?
TABLEATX 29
LA BRune
Le Saimt-Lauren't, mordu par les souffles d"automne, S'exaspère. Partout sur le fleuve dénient L'âme des bois brûlés flotte languissammeut. Affolé, mon canot pilonj^c dans l'eau gloutonne.
Pas d'oiseaux. Aucun coup de fusil ne résonne. Le vaste et lourd brouillard, gris uniforniénient. De son oi)acité cache tout mouvement. Et dans une caverne étrange m'em]iri-onne.
Verdâtres, turbulents, accourus du chaos, Avec des bruits de haine autour de moi les flots Se dressent. On dirait la fureur d'une armée.
Seul et domptant la voile où souffle un vent du nord Je me crois égaré dans quelque monde mort Sous l'irrémédiable ennui de la fumée.
TRYPTIQUE
Il s'efface déjà, le (]uai silencieux,
Et ses lumières d'or demeurent suspendues
Comme un prolongement solennel des adieux.
La lune émerge vaste et rougeâtrc des nues Où les désenchantés vont chercher le repos Et le langage pur des étoiles connues.
Là (lovant l'éperon disparaissent les flots
Dans je ne >ais (jneil puits dont s'enlr'ouATc la porte.
— l'ourtant un jet de gaz vient dorer les hublots.
Je préfère oublier où le bateau nie pfjrte.
Au clair ])assé se mêle une teinte de nuit.
Que l'on joue au sa'lon des two-step, il n'im])orte !
Je glisse dans un \ague et confortable ennui.
Des moiïtoiH'ti'es très loin paraissent toutes proches. La grève se déroule à l'ombre des sapins, Et la haute marée emsevelit les roches.
Les astres allumés par il'homme sont éteints. Le blanc navire tranche avidement l'écume Qui s'enfonce et renaît en bizarres dessins.
La carène, les ponts, !es mâts sont une enclume Que le piston, fou de chaleur, frappe à grands coups Comme pour se venger du mal qui Je consume.
L'azur du ciel se mire au cristal des remous,
Le vent fait onduler la plaine d'améthyste.
Et l'horizon recule, immense, devant nous.
Je suis seul, toujours seul, c'est trop grand, je suis triste.
Le jour baisse; la nuit s'avance avec la pluie. L'engin crache du noir dans le noir: double deuil Que transperce le vent do^nt la plainte m'ennuie.
Que l'obscurité reste au-delà de mon seuil Comme loin de mon coeur! Je lirai les poètes Qm chantèrent l'amour, la jeunesse et l'orgueM.
Avec eux je vivrai des heures inquiètes,
Leur joie et ileurs élans d'espoir seront les miens.
— Mais n'ai-je pas aussi mes peines et mes fêtes,
Un souvenir troublant, des rêves, un lien ? — Cherche un autre que moi pour l'écouter encore,. Vent froid où le sanglot de l'océan revient, Et que l'ennui banal dans Tombre s'évapore.
L'ARBRE nORT
Je connais, au fond d'une anse Où sa maigre forme danse,
Un érable mort, Mort nous raconte une histoire De s'être penché pour boire
L'eau claire du ])ord.
A le voir nu comme un marbre, L'été, parmi d'autres arbres
Verts et vigoureux, On dirait que la nature L'a laissé sans s-^^oulture
Pour un crime affreux.
Plus tard quand tombent les feuilles Quelquefois il les recueille
Au bon gré du vent ; Supercherie enfantine Qui lui rend un peu la inine
D'un arbre vivant.
L'hiver est plus équitable :
Comme (lui, le misérable.
Ses frères sont nus.
Et riiOTTime qui passe ignore Lequel sera chauve encore,
Le printemps venu.
MESSE DE niNUIT
Chapelets, bruits de pas, accès de toux, murmures. Des légions d'ave s'e^n vont heurter au ciel. L'orgue jonc en sourdine un antique noèl Et le peuple, tout bas, répète les mesures.
Ils reviennent couverts de nouvelles blessures Ceux qui de l'an dernier espéraient tant de miel, Et gagnés par ila crèche, offrent à l'Eternel L'encens de leur espoir en ses bontés futures.
Noyé de luxe en son l^erccau de mendiant Que veillent les bergers et les rois d'orient, L'enfant divin sourit, du fond de son étable.
Désespérant tableau du sort inévitable, Là naissance et bonlieur; en même temps je vois '■ Onzième station: Jésus .mis sur la croix. "
TABLEAUX 4l