PROMENEUSE
Tu marchais sous le ciel nocturne, A l'heure où perlent les grillons, Près d'un compagnon taciturne ; Tu parlais à ce compagnon.
On sentait que son lourd silence S'emparait amoureusement De ta plaintive violence Qui montait vers le firmament.
Disais-tu à l'homme qui t'aime Tes regrets, tes vœux, ton ennui?
— Ame solitaire quand même, Tu te racontais à la nuit î
A JEAN MOREAS
En souvenir de la première lettre que j'ai reçue de lui.
A l'âge OÙ l'innocence et la fierté permettent Qu'on ignore le prix des mots les plus touchants, Et qu'on soit sans piété devant les plus beaux chants Vous m'aviez appelée « Abeille de l'Hymette » ;
Et je lisais ces mots, que votre encre d'azur Traçait sur un papier couleur de jaune aurore, Et, sans me retourner vers votre cœur sonore, Je m'en allais, d'un pas plus dansant et plus sûr.
Ainsi l'adolescence étourdie et joyeuse Ne distingue pas bien les fronts essentiels ; Mais je parlais de vous d'une voix orgueilleuse, Ayant un même sang et sous un même ciel.
Et puis, un jour, la Parque, en sa calme inconstance, Détourna de mes yeux son clair regard qui rit, A.lors, ô fils des Grecs, ô pâtre de Paris, Je me suis appuyée au marbre de vos stances.
En vain l'ample cité dont la nuit s'emparait Voilait vos pas errants que l'ombre facilite, Mon esprit poursuivait, ô mon sombre Hippolyte, Votre stoïque ennui et ses amers secrets,
A présent, je vous dois la songeuse habitude De mêler à mon sort vos poèmes hautains, Et de n'être jamais seule en ma solitude Quand je bois la ciguë horrible du Destin...
Quand la mer Ionienne et la mer de Candie Enveloppaient de vent et d'azur nos aïeux, Déjà la Destinée assurée et hardie
Nous montrait d'autres deux.
Nous vînmes du pays délicat et suave Où le temple est étroit, où les dieux sont petits, Où la douleur est sage, où la prudence est brave. Où l'ordre est consenti.
Ainsi, tout composé de baume et de mémoire, Votre esprit, désormais fidèle au sol gaulois, Offrit pieusement à la fougueuse Histoire L'harmonie et les lois.
>uisse la mer tarir avant que ne se taise, - 0 voyageur guidé par les vents ioniens, — ,e murmure que font, sur les rives françaises, Votre fiot et le mien !