QUAND ENFIN VOTRE ESPRIT
Quand enfin votre esprit devient distrait et vague, Après l'immense amour dont vous m'entreteniez, Mon ardeur se défait et sur vous vient régner Comme l'écume sur la vague.
Le jour d'été s'éteint dans l'espace endormi ; Vous parlez d'une voix que j'entends à demi ; Étant heureux et doux, vous me croyez contente. Vous ne pouvez savoir quel infini me tente, Ni quels divins secrets j'échange avec le soir. Ma fraternelle main sur votre front s'allonge, Vous contemplez mes yeux comme un calme miroir, Et nous sommes baignés d'un vaporeux mensonge, Vous étant confiant et moi celle qui songe...
CHANT DE DAPILNIS
Ne reste pas distraite ainsi. Le plaisir veut Que lentement l'esprit l'observe et le conçoive, Et que le pied soyeux, l'épaule et les cheveux Autant que le regard et les lèvres le boivent.
C'est un dieu susceptible et fier que le désir.
Sa suprême bonté de feu ne se hasarde
Que vers l'esprit soumis qui se laisse envahir,
Et dans son miel cuisant languissamment s'attarde.
— Pauvres humains, fuyez les faibles vanités, N'engagez pas vos jours dans de vaines parades, Que resto-t-il aux morts, sinon d'avoir été Un moment de la vie et de l'éternité, Quand le corps attentif et l'âme par saccades Atteignent à la volupté ?
CHANT DE CHLOE
Un brûlant frelon vient se pendre Au mol clocheton d'une fleur.
Ils s'unissent : on peut entendre Un bruit volant, vibrant, ronfleur.
C'est un baiser cuisant et tendre, Et la fleur feint de se défendre Contre la flambante rumeur Qui distend sa grâce ténue...
Puis le frelon, léger, repart.
On croit voir voler dans la nue L'âme jaspée du léopard, Cependant que, dans son calice Remué, déchiré, rêveur, La docile et constante fleur Retient un meurtrier délice.
L'insecte n'a pas tant d'ardeur Que cette fleur qu'il vient de fendre.
— 0 mon amour, peux-tu comprendre Ce que c'est que la profondeur?...