‹ Les forces éternellesChapitre 67 sur 223 · VENT D'ETE · texte numérisé non relu

VENT D'ETE

Le vent largo et léger, moissonneur des arômes, Les répand dans le pur désert des soirs d'été ; Les forêts et les lacs sont dans l'air transportés, Il semble que le ciel et les astres embaument. Et dans ce soir où rien n'est plus amer ni lourd, Sous ce dôme étoile qui rêve calmement, J'ai comme un angélique et doux pressentiment De bonheur sans amour!

La poudre bleue des ciels du soir, Un balcon que des fleurs étreignent, Cette paix de l'ombre, où se plaignent Tous les désirs, tous les espoirs,

Cette odeur de calme et de vide Que préside, dans un ciel pur, La lune éternelle et candide, Clair visage usé, mince et dur.

Cette acre évidence de l'âme Que ressent, dans les nuits d'été, Le corps qui soupire et se pâme Et se meurt de liquidité,

Les cieux que le silence attise, Tout ce qui stagne, ce qui luit, Ce moi état nerveux des nuits, Cette latente et tendre crise,

Le vivace espace, liabité Depuis les premiers jours du monde Par des siècles de nuits d'été Que le même désir inonde,

0 Nature, cet univers.

Ce réel et cet impossible, Tout ce qui semble inaccessible.

S'échange par les cœurs ouverts !

Tout ce poids sublime, ô Nature, Que l'on soutient les yeux levés, Il est scellé, il est rivé Au corps triste des créatures !

— Ainsi blessent les cieux d'été... —

Se peut-il que parfois les êtres, Humbles plantes de volupté

Que l'éternel désir fit naître

Pour la suave avidité

Et pour l'unique récompensé

De l'amoureuse charité,

Aient ignoré vos complaisances,

0 sombre Amour incontesté !

L'AUTOMiNE

Le fol, prodigue Automne, aux mains larges ouvertes, Qui donne et répand tout, et s'arrache de soi, Mène son ouragan dans un azur inerte ; Les secs ruisseaux de Tair sifflent, et déconcertent La méditation dos bois.

Rapide, ventilé, il s'élance, il s'écroule. Il répond au Destin, soufflant, s'évertuant. Le feuillage emporté navigue, tangue, rouie;

L'air, comme un océan, Entraine en bondissant, sur ses venteuses houles,

Ce bouquet au néant !

Tel un bloc glacial de cristal et de jade, La torpide atmosphère, au sérieux aspect. Contient paisiblement' cette immense escapade. L'univers tremble aux mains d'invisibles Ménades : Tant de fougue dans tant de paix !

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