‹ Les forces [microforme]Chapitre 6 sur 53 · MARINE · texte numérisé non relu

MARINE

L'eau terne enserre les dragues Dans un bassin de mercure

Où nage, sombre teinture,

La fumée aux gestes vagues.

Régulière, la fumée Cherche à tâtons le ciel morne, S’arrête et crée une borne.

C’est ma vue accoutumée.

mr mme

Les pinces des dragucs plongent, Avec un bruit diabolique,

Dans le bassin métallique Qu'incessamment elles rongent.

Fleuve et ciel sont uniformes.

C'est à perdre l'équilibre

Et voir dans l'espace libre Creuser les engins énormes.

TABLEAUX

LA BRUFME

Le Saint-Laurent, mordu par les souffles d'automne, S’exaspère. Partout sur le fleuve dément L'âme des bois brûlés flotte languissamment.

Affol#, mon canot plonge dans l’eau gloutonne.

Pas d'oiseaux. Aucun coup de fusil ne résonne,

Le vaste et lourd brouillard, gris uniformément,

De son opacité cache tout mouvement,

Et dans une caverne étrange m'emprisonne,

Verdâtres, turbulents, accourus du chaos,

Avec des bruits de haine aut

our de moi les flots Se dressent.

On dirait Ja fureur d’une armée,

Seul et domptant la voile où

souffle un vent du nord Je me croi

s égaré dans quelque monde mort

Sous l'irrémédiable ennui de la fumée.

TABLEAUX 31 PTE RER

TRYPTIQUE

Il s’efface déjà, le quai silencieux, Et ses lumières d’or demeurent suspendues 44 Comme un prolongement solennel des adieux.

La lune émerge vaste et rougeätre des nues Où les désenchantés vont ciercher le repos

Et le langage pur des étoiles connues.

Là devant l'éperon disparaissent les flots Dans je ne sais quel puits dont s'entr'ouvre la porte. —Pourtant un jet de gaz vient dorer les hublots.

Je préfère oublier où le ‘ateau me porte.

Au olair passé se mêle une teinte de nuit.

Que l'on joue au salon des two-step, il n'importe !

Je glisse dans un Vague et confortable ennui,

TABLEAUX 33

orte.

ef

Il L.

Des montagnes très loin paraissent toutes proches. La grève se déroule à l'ombre des sapins,

Et la haute marée ensevelit les roches. À

Les astres allumés par l’homme sont éteints. ue Le blanc navire tranche avidement l'écume

Qui s’enfonce et renaît en bizarres dessins. ci

a RE —

La carène, les ponts, les mâts sont une enclume Que ie piston, fou de chaleur, frappe à grands coups

Contre pour se venger du mal qui le consume.

L'azur du ciel se mire au cristal des remous, Le vent fait onduler la plaine d’améthyste, Et l’hori:on recule, immense, devant nous.

Je suis seul, toujours seul, c’est trop grand, je suis triste.

TABLEAUX

mr ment orce ram

Le jour baisse: ja nuit s'avance avec la pluie. L'engin crache du noir dans le noir: double deuil

Que transperce le vent dont la Plainte m'ennuie.

Que l'obscurité reste au-delà de mon seuil

Comme loin de mon coeur! Je lirai les poètes

Qui chantèrent l'amour, la jeunesse et l’orgueil.

a Te Avec eux je vivrai des heures inquiètes; Leur joie et

leurs élans d'espoir seront les miens.

—Mais m’ai-je Pas aussi mes peines et mes fêtes,

Un souvenir troublant, des rêves, un lien ?

—Cherche un autre que moi pour t'écouter encore,

Vent froid où le sanglot de

l’océan revient, Et que l'ennui bana:

| dans d'ombre s’évapore.

TABLEAUX 37 mm men

L’ARBRE ri0RT

Je connais, au fond d’une anse

Où sa maigre forme danse,

Un érable mort, Mort nous raconte une histoire De s'être penché pour boire

- L'eau claire du bord.

A le voir nu comme un marbre,

L'été, parmi d'autres arbres Verts et vigoureux,

On dirait que la nature

L’a laissé Sans sépulture

Pour un crime affreux.

Plus tard Quand tombent les feuilles Quelquefois il les recueille

Au bon gré du vent :

Supercherie enfantine Qui lui rend un peu la mine

D'un arbre vivant.

L'hiver est Plus équitable :

Comme lui, le misérable,

Din Te Cert

Ses frères sont nus, Et l’homme qui passe ignore Lequel sera chauve encore, Le Primtemps venu.

- ner PERRET

TABLEAUX

MESSE DE PMINUIT

Chapelets, bruits de pas, accès de toux, murmures... Des légions d’ave s'en vont heurter au ciel.

L'orgue joue en sourdine un antique noël

Et le peuple, tout bas, répète les mesures.

Ils reviennent couverts de nouvelles blessures Ceux qui de l'an dernier espéraient tant de miel,

Et gagnés par ia crèche, offrent à l'Eternel

L’encens de leur espoir en ses bontés futures.

—————— ne,

ne

Noyé de luxe en son bercea Que veillent les bergers et

L'enfant divin sourit, du for

u de mendiant les rois d’orient,

id de son étable.

Désespérant tableau du sort inévitable, Là naissance et bonheur; en même temps je vois : “ Onzième Station: Jésws mis sur la croix, ”

TABLEAUX

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