‹ Les formes anormales du tétanosChapitre 4 sur 26 · J20, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS, VI · texte numérisé non relu

J20, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS, VI

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PRÉFACE

De toutes les infections qui menacent nos blessés, le tétanos est celle- que nous pouvons le mieux prévenir. Toutes les statistiques publiées depuis un an sont, en effet, unanimes pour montrer combien cette maladie est rare chez les sujets qui après un traumatisme sont immédiatement traités par des doses répétées de sérum antitétanique. La sérothérapie, lorsqu’elle est tardive et insuffisante, peut aider, par contre, à créer un type spécial de tétanos atténué et localisé; c’est là une notion qui vient de nous être fournie par les enseignements de la guerre actuelle. Dans cette forme, les contractures restent, en général, limitées à un seul membre, celui qui a été blessé et s’accompagnent d’accès spasmodiques plus ou moins fréquents, sans phénomènes durables de généralisation. Ce type ne reste pas toujours strictement monoplégique; les contractures peuvent gagner parfois le membre du côté opposé, mais l’allure est toujours si bénigne que la guérison est la règle. Si les exemples de tels faits spnt peu nombreux, c’est sans doute parce que les médecins ne sont pas encore très avertis de leur existence.

On doit à MM. Courtois-Suffit et R. Giroux une des premières et des plus importantes observations de ce type nouveau ; personne plus qu’eux n’était donc qualifié pour en fixer les traits. Us l’ont fait d’une façon remarquable en s’appuyant sur tous les documents jusqu’ici publiés et après avoir exposé les caractères qui individualisent les

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autres types de tétanos atypiques et partiels connus depuis longtemps, tels le tétanos céphalique et le tétanos splanchnique qui relèvent d’une autre pathogénie.

Le tétanos partiel des membres ne présente pas seulement 1 intérêt d’une nouveauté nosographique ; sa pathogenie si spéciale donne en effet à son histoir’e une portée générale sur laquelle les auteurs de ce livre n’ont pas manqué d’insister.

Le même qu’on assiste parfois à l’évolution d’une fièvre typhoïde atténuée, chez des sujets insuffisamment vaccinés, de même le tétanos peut rester localisé au membre traumatisé, lorsque la sérothérapie a été faite dans certaines conditions qui la rendent insuffisante. Il s’agit bien là d’un tétanos, par immunisation incomplète, tétanos qui représente un bel exemple de ces types morbides modifiés dont la médecine préventive est en train de doter l’histoire naturelle des maladies infectieuses.

L’action préventive si puissante que possède le sérum antitétanique ne doit pas faire méconnaître son action curatrice dont l’utilité est incontestable pour le traitementde certains cas de tétanos confirmé. Si l’antitoxine ne peut plus rien sur la toxine déjà fixée par les éléments nerveux, elle peut tout encore sur la toxine que des bacilles tétaniques non détruits peuvent continuer à déverser au niveau de la plaie. Aussi lorsque, chez un malade, éclatent les premiers symptômes du tétanos, doit-on toujours injecter largement le sérum sans se préoccuper s’il a été ou non employé préventivement.

Un remède spécifique aussi puissant soit-il ne peut s’adresser à tous les éléments complexes dont est faite une maladie. A l’origine, le tétanos n’est qu’une simple localisation infectieuse au niveau d’une plaie, mais en raison de l’action élective de la toxine que secrète son microbe, c’est comme maladie du système nerveux qu’il se présente à nous, dès que se révèlent ses premières

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manifestations. Aussi, pour le combattre, une médication symptomatique doit venir en aide à la médication pathoeénique. En sachant apaiser les crises de contractures douloureuses, le médecin donne parfois à son malade le moyen de franchir l’étape dangereuse et peut le conduire ainsi jusqu’à la période des réparations cellulaires, c’est-à-dire jusqu’à la guérison.

MM. Courtois-Suffit et R. Giroux ont très clairement exposé, et avec une connaissance parfaite de la question, tous ces enseignements qui s’appliquent si bien aux tétanos partiels. Ils ont pensé de plus qu’à l’heure présente, on ne pouvait toucher à un point de l’histoire du tétanos sans rappeler par quel développement magnifique la bactériologie marchant de la découverte du bacille tétanique à celle de sa toxine, puis à celle de l’antitoxine, a iourni les moyens de préserver contre cette maladie. Voilà comment ce livre, malgré son titre restreint, offre une très précieuse mise au point des connaissances que tout médecin a le devoir de posséder sur l’étiologie, la pathogénie, la prophylaxie et le traitement de la plus redoutable complication des plaies de guerre.

Professeur Widxl,

de l’Académie de médecine.

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