‹ Les formes élémentaire de la vie religieuse, le système totémique en AustralieChapitre 145 sur 318 · Loc. cit., p · texte numérisé non relu

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en est de même de la divinité. Le soleil, si éclatant et si magnifique, est un endroit où elle s'est arrêtée. Les arbres, les animaux en sont d'autres. L'Indien pense à ces endroits et y envoie ses prières afin qu'elles atteignent la place où le dieu a stationné et qu'elles obtiennent assistance et bénédiction » ^ Autrement dit, le wakan (car c'est de lui qu'il s'agit) va, vient à travers le monde, et les choses sacrées sont les points où il s'est posé. Nous voilà, cette fois, bien loin du naturisme comme de l'animisme. Si le soleil, la lune, les étoiles ont été adorés, ils n'ont pas dû cet honneur à leur nature intrinsèque, à leurs propriétés distinctives, mais à ce qu'ils ont été conçus comme participant de cette force qui, seule, confère aux choses leur caractère sacré, et qui se retrouve dans une multitude d'autres êtres, voire même des plus infimes. Si les âmes des morts ont été l'objet de rites, ce n'est pas parce qu'elles passent pour être faites d'une sorte de substance fluide et impalpable ; ce n'est pas parce qu'elles ressemblent à l'ombre projetée par un corps ou à son reflet sur la surface des eaux. La légèreté, la fluidité ne suffisent pas à conférer la sainteté ; mais elles n'ont été investies de cette dignité que dans la mesure où il y avait en elles quelque chose de cette même force, source toute de religiosité.

On peut mieux comprendre maintenant pourquoi il nous a été impossible de définir la religion par l'idée de personnalités mythiques, dieux ou esprits ; c'est que cette manière de se représenter les choses religieuses n'est nullement inhérente à leur nature. Ce que nous trouvons à l'origine et à la base de la pensée religieuse, ce ne sont pas des objets ou des êtres déterminés et distincts, qui possèdent par eux-mêmes un caractère sacré ; mais ce sont des pouvoirs indéfinis, des forces anonymes, plus ou moins nombreuses selon les sociétés, parfois même ramenées à l'unité, et dont l'impersonnalité est strictement comparable à

1. Rep.Peabody Muséum, III, p. 276, note (cité par Dorsey, X7''' Rep., p. 435).

celle des forces physiques dont les sciences de la nature étudient les manifestations. Quant aux choses sacrées particulières, elles ne sont que des formes individualisées de ce principe essentiel. Il n'est donc pas surprenant que, même dans les religions où il existe des divinités avérées, il y ait des rites qui possèdent une vertu efficace par euxmêmes et indépendamment de toute intervention divine. C'est que cette force peut s'attacher aux paroles prononcées, aux gestes effectués, aussi bien qu'à des substances corporelles ; la voix, les mouvements peuvent lui servir de véhicule, et, par leur intermédiaire, elle peut produire les effets qui sont en elle, sans qu'aucun dieu ni aucun esprit lui prêtent leur concours. Même, qu'elle vienne à se concentrer éminemment dans un rite, et celui-ci deviendra, par elle, créateur de divinités ^ Voilà aussi pourquoi il n'y a peut-être pas de personnalité divine qui ne garde quelque chose d'impersonnel. Ceux-là même qui se la représentent le plus clairement sous une forme concrète et sensible, la pensent, en même temps, comme un pouvoir abstrait qui ne peut se définir que par la nature de son efficacité, comme une force qui se déploie dans l'espace et qui est, au moins en partie, dans chacun de ses effets. C'est le pouvoir de produire la pluie ou le vent, la moisson ou la lumière du jour ; Zens est dans chacune des gouttes de pluie qui tombent comme Cérès dans chacune des gerbes de la moisson". Le plus souvent même, cette efficacité est si imparfaitement déterminée que le croyant ne peut en avoir qu'une notion très indécise. C'est, d'ailleurs, cette indécision qui a rendu possibles ces syncrétismes et ces dédoublements au cours desquels les dieux se sont fragmentés, démembrés, con-

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