Globus, LXXXVII, p
2. Il les oppose nettement à. toutes les influences de nature profane (Globus, LXXXVI, p. 379, a).
3. On la retrouve même dans les récentes théories de Frazer. Car si ce savant refuse au totémisme tout caractère religieux pour en faire une sorte de magie, c'est justement parce que les forces que le culte totémique met en œuvre sont impersonnelles comme celles que manie le magicien. Frazer reconnaît donc le fait fondamental que nous venons d'établir. Seulement, il en tire une conclusion différente de la nôtre parce que, suivant lui, il n'y a religion que là où il y a personnalités mythiques.
4. Toutefois, nous ne prenons pas ce mot dans le même sens qui Preuss et Marrett. Suivant eux, il y aurait eu un moment déterminé de l'évolution religieuse où les hommes n'auraient connu ni âmes ne esprits, une phase préanimiste. L'hypothèse est des plus contestables : nous nous expliquons plus loin sur ce point (L. I, ch. viii et ix).
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avancée : telles sont, par exemple, les religions du Mexique dont s'est beaucoup servi Preuss. On pouvait donc se demander si la théorie s'appliquait également aux religions les plus simples. Mais puisqu'on ne peut descendre plus bas que le totémisme, nous ne sommes pas exposé à ce risque d'erreur et, en même temps, nous avons des chances d'avoir trouvé la notion initiale dont les idées de wakan et de mana sont dérivées : c'est la notion du principe totémique^
Mais cette notion n'est pas seulement d'une importance primordiale, à cause du rôle qu'elle a joué dans le développement des idées religieuses ; elle a aussi un aspect laïque par où elle intéresse l'histoire de la pensée scientifique. C'est la première forme de la notion de force.
Le wakan, en effet, joue dans le monde, tel que se le représentent les Sioux, le même rôle que les forces par lesquelles la science explique les divers phénomènes de la nature. Ce n'est pas qu'il soit pensé sous la forme d'une énergie exclusivement physique ; nous verrons, au contraire, dans le chapitre suivant que les éléments qui servent à en former l'idée sont pris aux règnes les plus diflFérents. Mais cette nature composite lui permet précisément d'être utilisé comme un principe d'explication universelle. C'est de lui que vient toute vie^ ; « toute vie est wakan » ; et par ce mot de vie il faut entendre tout ce qui agit et réagit, tout ce qui meut ou est mû, aussi bien dans le
1. V. sur la même question un article d'Alessandro Bruno, Sui fenomeni magico-religiosi délie communità primilive, in Rivista italiana di Sociologia, XII» année, Fasc. IV-V, p. 568 et suiv. et une communication, non publiée, faite par W. Bogoras au XIV» Congrès des Américanistes, tenu à Stuttgart en 1904. Cette communication est analysée par Preuss dans le Globus, LXXXVI, p. 201.
2. « Toutes choses, dit Miss Fletcher, sont traversées par un principe commun de vie. » Smiths. Rep. f. 1897, p. 579.
règne minéral que dans le règne biologique. Le wakan, c'est la cause de tous les mouvements qui se produisent dans l'univers. Nous avons vu de même que l'orenda des Iroquois est « la cause efficiente de tous les phénomènes, de toutes les activités qui se manifestent autour de l'homme ». C'est un pouvoir « inhérent à tous les corps, à toutes les choses^ ». C'est l'orenda qui fait que le vent souffle, que le soleil éclaire et échauffe la terre, que les plantes poussent, que les animaux se reproduisent, que l'homme est fort, habile, intelligent. Quand l'Iroquois dit que la vie de la nature tout entière est le produit des conflits qui s'établissent entre les orenda, inégalement intenses, des différents êtres, il ne fait qu'exprimer en son langage cette idée moderne que le monde est un système de forces qui se limitent, se contiennent et se font équilibre. Le Mélanésien attribue au mana le même genre d'efficacité. C'est grâce à son mana qu'un homme réussit à la chasse ou à la guerre, que ses jardins ont un bon rendement, que ses troupeaux prospèrent. Si la flèche atteint son but, c'est qu'elle est chargée de mana ; c'est la même raison qui fait qu'un filet prend bien le poisson, qu'un canot tient bien la mer^,etc. Il est vrai que, si l'on prenait à la lettre certaines expressions de Godrington, le mana serait la cause à laquelle on rapporte spécialement « tout ce qui dépasse le pouvoir de l'homme, tout ce qui est en dehors de la marche ordinaire de la nature^ ». Mais des exemples mêmes qu'il cite il résulte que la sphère du mana est bien plus étendue. En réalité, il sert à expliquer des phénomènes usuels et courants ; il n'y a rien de surhumain ni de surnaturel à ce qu'un bateau navigue, à ce qu'Un chasseur prenne du gibier, etc. Seulement, parmi ces événements de la vie journalière, il en est de tellement insignifiants et de si