‹ Les formes élémentaire de la vie religieuse, le système totémique en AustralieChapitre 175 sur 318 · Nat. Tr., p · texte numérisé non relu

Nat. Tr., p

5. I, p; 5. Ngarra, suivant Strehlow, signifie éternel. Chez les Loritja, il n'y a que des rochers qui jouent ce rôle.

le rocher qui soutiennent ce rapport mystique avec le héros disparu. Parfois, c'est un trou d'eau qui passe pour s'être formé de cette façon. Or, sur chacun de ces arbres, de ces rochers, dans chacun de ces trous d'eau, vivent des embryons d'enfants, appelés ratapa S qui appartiennent exactement au même totem que l'ancêtre correspondant. Par exemple, sur un gommier qui représente un ancêtre du clan du Kangourou, se trouvent des ratapa qui ont tous le Kangourou pour totem. Qu'une femme vienne à passer, et, si elle est de la classe matrimoniale à laquelle doivent régulièrement appartenir les mères de ces ratapa 2, l'un d'eux pourra s'introduire en elle par la hanche. La femme est avertie de cette prise de possession par des douleurs caractéristiques qui sont les premiers symptômes de la grosse sse. L'enfant ainsi conçu sera naturellement du même totem que l'ancêtre sur le corps mystique duquel il résidait avant de s'incarnera

Dans d'autres cas, le procédé employé est légèrement différent : c'est l'ancêtre lui-même qui opère en personne. A un moment donné, il sort de sa retraite souterraine et lance sur une femme qui passe un petit churinga, d'une

1. Strehlow traduit par Kinderkeime (germes d'enfants). Il s'en faut, d'ailleurs, que Spencer et Gillen aient ignoré le mythe dos ratapa et les coutumes qui s'y rattachent. Ils nous en parlent explicitement dans Nat. Tr., p. 336 et suiv. et p. 532. Ils signalent, sur différents points du territoire arunta, l'existence de rochers appelés Erathipa, d'où se dégagent des spirit children, des âmes d'enfants, qui s'introduisent dans le corps des femmes et les fécondent. Suivant Spencer et Gillen, Erathipa signifierait enfant, quoique, ajoutent-ils, ce mot ne soit que rarement employé avec ce sens dans la conversation courante (Ibid., p. 338).

2. Les Arunta sont répartis tantôt en quatre, tantôt en huit classes matrimoniales. La classe d'un enfant est déterminée par celle de son père ; inversement, de la première on peut déduire la seconde. (V. Spencer et Gillen, Nat. Tr., p. 70 et suiv.; Strehlow, I, p. 6 et suiv.). Reste à savoir comment le ratapa a une classe déterminée ; nous revenons plus loin sur ce point.

3. Strehlow, II, p. 52. Il arrive parfois, mais rarement, que des contestations s'élèvent sur la nature du totem de l'enfant. Strehlow en cite un cas (p. 53).

forme spéciale, appelé namatuna K Le churinga pénètre dans le corps de la femme et y prend une forme humaine tandis que l'ancêtre disparaît à nouveau dans le sol -.

Ces deux modes de conception passent pour être aussi fréquents l'un que l'autre. C'est la forme du visage de l'enfant qui révélerait la manière dont il a été conçu : selon qu'il a la figure ou large ou allongée, on dit qu'il est dû à l'incarnation d'un ratapa ou d'un namatuna. Cependant, outre ces deux procédés de fécondation, Strehlow en signale un troisième, mais qui passe pour être beaucoup plus rare. L'ancêtre, après que son namatuna a pénétré dans le corps de la femme, s'y introduirait lui-même et se soumettrait volontairement à une nouvelle naissance. La conception serait donc due cette fois à une véritable réincarnation d'ancêtre. Seulement, le cas serait très exceptionnel et, de plus, quand l'homme ainsi conçu meurt, l'àme ancestrale qui l'animait s'en irait, comme les âmes ordinaires, à l'île des morts où, après les délais usuels, elle serait définitivement anéantie. Elle ne subirait donc pas de nouvelles réincarnations ''.

Telle est la version de Strehlow ''. Dans la pensée de cet auteur, elle s'opposerait radicalement à celle de Spencer et Gillen. En réalité, elle n'en diffère que par la lettre des formules et des symboles , mais, sous des variantes de forme, c'est, de part et d'autre, le même thème mythique.

En premier lieu, tous ces observateurs sont d'accord pour voir dans toute conception le produit d'une incarnation. Seulement, suivant Strehlow, ce qui s'incarne, ce n'est pas une âme, mais un ratapa ou un namatuna. Qu'est-ce donc qu'un ratapa ? C'est, dit Strehlow, un

1. C'est le même mot que namalwinna qu'on trouve chez Spencer et Gillen [Nat. Tr., p. 541).

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