Fison et Howitt, Kurnai and Kamilaroi, p
2. Globus, T. CXI, p. 289. Malgré des objections de Leonhardi, Strehlow a maintenu ses affirmations sur ce point (V. Strehlow, III, p. XI). Leonhardi trouve qu'il y a quelque contradiction entre cette assertion et la théorie d'après laquelle les ratapa émanent d'arbres, de rochers, de churinga. Mais l'animal totémique incarne le totem tout comme l'arbre ou le rocher nanja ; il peut donc jouer le même rôle. Ces différentes choses sont mythologiquement équivalentes.
3. Notes on the West Coastal Tribes of the Northern Territory of S. Auslralia, in Trans. R. Soc. South Australia, XXXI (1907), p. 4. Cf. à propos des tribus du district de Cairna (Queensiand septentrional), Man, 1909, n» 86.
substance que les animaux ou les végétaux de l'espèce totémique.
Aussi l'âme est-elle souvent représentée sous forme animale. On sait que, dans les sociétés inférieures, la mort n'est jamais considérée comme un événement naturel, dû à l'action de causes purement physiques ; on l'attribue généralement aux maléfices de quelque sorcier. Dans un grand nombre de tribus australiennes, pour déterminer quel est l'auteur responsable de ce meurtre, on part de ce principe que, cédant à une sorte de nécessité, l'âme du meurtrier vient inévitablement visiter sa victime. C'est pourquoi on dispose le corps sur un échafaudage ; puis, sous le cadavre et tout autour, on aplanit soigneusement la terre de manière à ce que la moindre marque y devienne aisément perceptible. On revient le lendemain ; si, dans l'intervalle, un animal a passé par là, on en peut facilement reconnaître les traces. Leur forme révèle l'espèce à laquelle il appartient et, de là, ou infère le groupe social dont fait partie le coupable. On dit que c'est un homme de telle classe ou de tel clan * selon que l'animal est un totem de ce clan ou de cette classe. C'est donc que l'âme est censée être venue sous la figure de l'animal totémique.
Dans d'autres sociétés, où le totémisme est affaibli ou a disparu, l'âme continue cependant à être pensée sous forme animale. Les indigènes du Cap Bedford (Queensland du Nord), croient que l'enfant, au moment où il entre dans le corps de la mère, est un courlis si c'est une fille, un serpent si c'est un garçon. Il ne prend qu'ensuite forme
1. Chez les Wakelbura où, selon Curr et Howitt, chaque classe matrimoniale a ses totems propres, l'animal dit la classe (V. Curr, III, p. 28) ; chez les Buandik, il révèle le clan (Mrs James S. Smith, The Booandik Tribes of S. Austral. Aborigines,-ç. 128). Cf. Howitt, On Ssme Austral. Beliefs, in J. A. /., XIII, p. 191 ; XIV, p. 362; Thomas, An American View ofTotemism, in Man, d902, no85;Malhews, Journ. of R. S. ofN. S. Wales, XXXVIII, p. 347-348 ;Brough Smyth, I, p. 110; Spencer &iQ\l\en,North. Tr.,p. 513.
humaine ^ Beaucoup d'Indiens de l'Amérique du Nord, dit le prince de Wied, disent qu'ils ont un animal dans le corps ^ Les Bororo du Brésil se figurent leur âme sous l'aspect d'un oiseau et, pour cette raison, ils croient être des oiseaux de cette même variété ^ Ailleurs, elle est conçue comme un serpent, un lézard, une mouche, une abeille, etc*.
Mais c'est surtout après la mort que cette nature animale de l'âme se manifeste. Pendant la vie, ce caractère est comme partiellement voilé par la forme même du corps humain. Mais, une fois que la mort l'a mise en liberté, elle redevient elle-même. Chez les Omaha, dans deux au moins des clans du buffle, on croit que les âmes des morts s'en vont rejoindre les buffles, leurs ancêtres". Les Hopi sont divisés en un certain nombre de clans, dont les ancêtres étaient des animaux ou des êtres à forme animale. Or, rapporte Schoolcraft, ils disent qu'à la mort ils reprennent leur forme originelle; chacun d'eux redevient un ours, un cerf selon le clan auquel il appartient". Très souvent, l'âme passe pour se réincarner dans un corps d'animaP. C'est de là très vraisemblablement
1. Roth, Superstition, etc., § 83. Gest probablement une forme de totémisme sexuel.
2. Prinz zu Wied, Reise in das innere Nord-Amerika, II, p. J90.
3. K. von den Stcinen, Unter den Naturvôlkern Zentral-Brâsiliens, 1894, p. 5H, 512.