‹ Les formes élémentaire de la vie religieuse, le système totémique en AustralieChapitre 201 sur 318 · strehlow, I, p · texte numérisé non relu

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garde une sorte d'affinité pour le corps où elle a vécu, on fut naturellement amené à croire que ces âmes ancestrales continuaient à fréquenter, de préférence, ces emplacements où leur enveloppe matérielle subsistait. On les situa donc dans ces arbres, dans ces rochers, dans ces trous d'eau. C'est ainsi que chacune d'elles, tout en restant attachée à la garde d'un individu déterminé, se trouva transformée en une sorte de genius loci et en remplit la fonction ^.

Ces conceptions, ainsi élucidées, nous mettent en mesure de comprendre une forme de totémisme que nous avons dû, jusqu'à présent, laisser inexpliquée : c'est le totémisme individuel.

Un totem individuel se définit essentiellement par les deux caractères suivants : 1° c'est un être à forme animale ou végétale, qui a pour fonction de protéger un individu ; 2° le sort de cet individu et celui de son patron sont étroitement liés : tout ce qui atteint le second se communique sympathiquement au premier. Or les esprits ancestraux dont il vient d'être question répondent à la même définition. Eux aussi ressortissent, au moins en partie, au règne animal ou végétal. Eux aussi sont des génies tutélaires. Enfin un lien sympathique unit chaque individu à son ancêtre protecteur. L'arbre uanja, corps mystique de cet ancêtre, ne peut, en effet, être

1. Il y a, il est vrai, des arbres et des rochers nanjaqui ne sont pas situés autour de l'ertnatulunga ; ils sont épars sur des points différents du territoire. On dit qu'ils correspondent à des endroits où un ancêtre isolé a disparu dans le sol, a perdu un membre, laissé couler de son sang ou oublié un churinga qui s'est transformé soit en arbre soit en rocher. Mais ces emplacements totémiques n'ont qu'une importance secondaire ; Strehlow les appelle des kleinere Totemplàtze (I, p. 4-5). On peut donc penser qu'ils n'ont pris ce caractère que par analogie avec les centres totémiques principaux. Les arbres, les rochers qui, pour une raison quelconque, rappelaient ceux que l'on trouvait dans le voisinage de quelque ertnatulunga, inspirèrent des sentiments analogues et, par suite, le mythe qui s'était formé à propos des seconds s'étendit aux premiers.

détruit, sans que l'homme se sente menacé. La croyance, il est vrai, perd aujourd'hui de sa force. Cependant Spencer et Gillen l'ont encore observée et, en tout cas, ils estiment qu'autrefois elle était générale ^

L'identité se retrouve jusque dans le détail des deux conceptions.

Les âmes ancestrales résident dans des arbres ou des rochers qui sont considérés comme sacrés. De même, chez les Euahlayi, l'esprit de l'animal qui sert de totem individuel est censé habiter dans un arbre ou dans une pierre-. Cet arbre ou cette pierre sont sacrés : nul ne peut y toucher, sauf le propriétaire du totem ; et encore, quand c'est une pierre ou un rocher, l'interdiction est-elle absolue^ Il en résulte que ce sont de vrais lieux de refuge.

Enfin, nous avons vu que l'âme individuelle n'est qu'un autre aspect de l'esprit aucestral; celui-ci, suivant le mot de Slrehlow, sert, en quelque sorte, de second moi*. De même, suivant une expression de Mrs. Parker, le totem individuel des Euhalayi, appelé Yunbeai, est un aller ego de l'individu : « L'âme de l'homme est dans son Yunbeai et lame de son Yunbeai est en lui^». C'est donc, au fond, une même âme en deux corps. La parenté de ces deux notions est si grande qu'elles sont parfois exprimées par un seul et même mot. C'est le cas en Mélanésie et en Polynésie : atai à l'île Mota, tamaniu à l'île Aurore, talegia à Motlaw^ désignent à la fois l'âme d'un individu et son totem personnel ^ Il en est de même de aitu à Samoa \

i.Nai. Tr., p. 139.

2. Parker, The Euahlayi, p. 21. Généralement, l'arbre qui sert à cet emploi est un de ceux qui figurent parmi les sous-totems de l'individu. On donne comme raison de ce choix qu'étant de la même famille que cet individu, ils doivent être plus disposés à lui prêter assistance (Ibid., p. 29).

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