Nat. Tr., p
2. North. Tr., p. 179. Spencer et Gillen, il est vrai, ne disent pas expressément que la cérémonie soit un Intichiuma. Mais le contexte ne laisse pas de doute sur le sens du rite.
3. A l'index des noms de totems, Spencer et Gillen écrivent Untjalka {North. Tr., p. 772).
LES RITES MIMÉTIQUES S03
représentent le buisson unchalka sur lequel cette chenille vit au début de son existence ; puis ils couvrent un bouclier de cercles concentriques de duvet qui figurent une autre sorte de buisson sur lequel l'insecte, une fois adulte, dépose ses œufs. Quand ces préparatifs sont terminés, tous s'asseoient par terre de manière à former un demi-cercle qui fait face à l'officiant principal. Celuici, alternativement, courbe son corps en deux en l'inclinant vers le sol et se soulève sur les genoux ; en même temps, il agite ses bras étendus, ce qui est une manière de représenter les ailes de l'insecte. De temps en temps, il se penche par-dessus le bouclier, imitant la façon dont le papillon voltige au-dessus des arbres où il pose ses œufs. Cette cérémonie achevée, une autre recommence à un endroit différent où l'on se rend en silence. Cette fois, on emploie deux boucliers. Sur l'un, sont représentées, par des lignes en zig-zag, les traces de la chenille; sur l'autre, des cercles concentriques, de dimensions inégales, figurent, les uns les œufs de l'insecte, les autres, les semences du buisson d'Eremophile sur lequel il se nourrit. Comme dans la première cérémonie, tout le monde s'assoit en silence tandis que l'officiant s'agite, imitant les mouvements de l'animal quand il quitte sa chrysalide et qu'il s'efforce de prendre son vol.
Spencer et Gillen signalent encore, chez les Arunta, quelques faits analogues, quoique de moindre importance : par exemple, dans l'Intichiuma de l'Émou, les acteurs, à un moment donné, cherchent à reproduire par leur attitude l'air et l'aspect de cet oiseau^; dans un Intichiuma de l'eau, les gens du totem font entendre le cri caractéristique du pluvier, cri qui est naturellement associé dans les esprits avec la saison des pluies '\ Mais en somme, les cas de rites mimétiques qu'ont notés ces deux explorateurs sont assez peu
i. Nat. Tr., p. 182.
nombreux. Seulement, il est certain que leur silence relatif sur ce point vient ou de ce qu'ils n'ont pas observé suffi-' samment d'Intichiuma ou de ce qu'ils ont négligé ce côté des cérémonies. Schulze, au contraire, avait été frappé du caractère essentiellement mimétique des rites arunta.wLes corrobbori sacrés, dit-il, sont, pour la plupart, des cérémonies représentatives d'animaux »; il les appelle des animai t/wrwn^a^ et son témoignage est aujourd'hui confirmé par les documents qu'a réunis Strehlow. Chez ce dernier auteur, les exemples sont tellement nombreux qu'il est impossible de les citer tous : il n'y a guère de cérémonies où quelque geste imitatif ne nous soit signalé. Suivant la nature des totems dont on célèbre la fête, on saute à la manière des kangourous, on imite les mouvements qu'ils font en mangeant, le vol des fourmis ailées, le bruit caractéristique que fait la chauve-souris, le cri du dindon sauvage, celui de l'aigle, le sifflement du serpent^ le coassement de la grenouille, etc. -. Quand le totem est une plante, on fait le geste d'en cueillir ^ ou d'en manger'% etc.
Chez les Warramunga, l'Intichiuma affecte, en général, une forme très particulière que nous décrirons dans le prochain chapitre et qui diffère de celles que nous avons, jus- . qu'à présent, étudiées. 11 existe pourtant chez ce peuple un cas typique d'Intichiuma purement mimétique ; c'est celui du kakatoès blanc. La cérémonie que décrivent Spencer et Gillen commença à dix heures du soir. Pendant toute la durée de la nuit, le chef du clan imita le cri de l'oiseau avec une monotonie désespérante. Il ne s'arrêtait que quand il était à bout de forces et il était alors remplacé par son fils ; puis il recommençait aussitôt qu'il se sentait un peu reposé.