Clément dit a tribal- family
femmes qui sont normalement chargées de ces soins, ce sont elles aussi qui s'acquittent du rite au milieu des chants et des danses.
Tous ces rites ressortissent au même type. Le principe sur lequel ils reposent est un de ceux qui sont à la base de ce qu'on appelle communément, et improprement S la magie sympathique.
Ces principes se ramènent ordinairement à deux^
Le premier peut s'énoncer ainsi : ce qui atteint un objet atteint aussi tout ce qui soutient avec cet objet un rapport de proximité ou de solidarité quelconque. Ainsi, ce qui affecte la partie affecte le tout ; toute action exercée sur un individu se transmet à ses voisins, à ses parents, à tous ceux dont il est solidaire à quelque titre que ce soit. Tous ces cas sont de simples applications de la loi de contagion que nous avons précédemment étudiée. Un état, une qualité bonne ou mauvaise se communiquent contagieusement d'un sujet à un sujet différent qui soutient quelque rapport avec le premier.
Le second principe se résume d'ordinaire dans la formule : le semblable ijroduit le semblable. La figuration d'un être ou d'un état produit cet être ou cet état. C'est cette maxime que mettent en œuvre les rites qui viennent d'être décrits, et c'est à leur occasion que l'on peut le mieux saisir ce qu'elle a de caractéristique. L'exemple classique de l'envoûtement, que l'on présente généralement comme l'application typique de ce même précepte, est beaucoup moins significatif. Dans l'envoûtement, en
1. Nous expliquerons plus bas (p. 317) en quoi consiste cette impropriété.
2. Voir sur cette classification Frazer, Lectures on the Early Eistory of Kingship, p. 37 et suiv. ; Hubert et Maus?, Théorie générale de la Magie, p. 61 et suiv.
LES RITES MIMÉTIQUES 509
eflfet, il y a, en grande partie, un simple phénomène de transfert. L'idée de l'image est associée dans les esprits à celle du modèle ; par suite, les effets de l'action exercée sur la statuette se communiquent contagieusement à la personne dont elle reproduit les traits. L'image joue, par rapport à l'original, le rôle de la partie par rapport au tout : c'est un agent de transmission. Aussi croit-on pouvoir obtenir le même résultat en brûlant les cheveux de la personne qu'on veut atteindre : la seule différence qu'il y ait entre ces deux sortes d'opérations, c'est que, dans l'une, la communication se fait par la voie de la similarité, dans l'autre, par le moyen de la contiguïté. Il en est autrement des rites qui nous occupent. Ils ne supposent pas seulement le déplacement d'un état ou d'une qualité donnés qui passent d'un objet dans un autre, mais la création de quelque chose d'entièrement nouveau. Le seul fait de représenter l'animal donne naissance à cet animal et le crée ; en imitant le bruit du vent ou de l'eau qui tombe, on détermine les nuages à se former et à se résoudre en pluie, etc. Sans doute, la ressemblance joue un rôle dans les deux cas, mais très différent. Dans l'envoûtement, elle ne fait qu'imprimer une direction déterminée à l'action exercée ; elle oriente dans un certain sens une efTicacité qui ne vient pas d'elle. Dans les rites dont il vient d'être question, elle est agissante par elle-même et directement efficace. Aussi, contrairement aux définitions usuelles, ce qui différencie vraiment les deux principes de la magie dite sympathique et les pratiques correspondantes, ce n'est pas que la contiguïté agit dans les unes et la ressemblance dans les autres ; mais c'est que, dans les premières, il y a simple communication contagieuse, dans les secondes, production et création \
1. Noua ne disons rien de ce qu'on a appelé la loi de contrariété ; car, comme l'ont montré MM. Hubert et Mauss, le contraire ne produit son contraire que par l'intermédiaire du semblable {Théorie générale de la Magie, p. 70).
Expliquer les rites mimétiques, c'est donc expliquer le second de ces principes et réciproquement.
Nous ne nous arrêterons pas Içugtemps à discuter l'explication qu'en a proposée l'école anthropologique, Tylor et Frazer notamment. Tout comme pour rendre compte de la contagiosité du caractère sacré, ils invoquent les propriétés de l'association des idées. « La magie homéopathique, dit Frazer qui préfère cette expression à celle de magie mimétique, repose sur l'association des idées par similarité, comme la magie contagieuse {contagions magie) sur l'association des idées par contiguïté. La magie homéopathique commet la méprise de prendre pour identiques des choses qui se ressemblent^». Mais c'est méconnaître le caractère spécifique des pratiques qui sont en cause. Par un côté, la formule de Frazer pourrait s'appliquer, avec quelque convenance, au cas de l'envoûtement-; là, en effet, deux choses distinctes sont assimilées l'une à l'autre en raison de leur ressemblance partielle : c'est l'image et le modèle qu'elle représente plus ou moins schématiquement. Mais, dans les rites mimétiques que nous venons d'observer, l'image seule est donnée ; quant au modèle, il n'est pas, puisque la nouvelle génération de l'espèce totémique n'est encore qu'une espérance et même une espérance incertaine. Une saurait donc être question d'assimilation, erronée ou non ; il y a création proprement dite et on ne voit pas comment l'association des idées pourrait faire croire à cette création. Gomment le seul fait de figurer les mouvements d'un animal pourrait-il donner la certitude que cet animal va renaître et renaître en abondance ?
Les propriétés générales de la nature humaine ne sauraient expliquer des pratiques aussi spéciales. Au lieu donc