Strehlow, III, p
LES RITES REPRESENTATIFS 331
Mais il y a des cas où cet aspect des cérémonies est immédiatement apparent.
C'est chez les Warramunga qu'on peut le mieux l'observer^.
Chez ce peuple, chaque clan est censé descendre d'un seul et unique ancêtre qui, né en un endroit déterminé, aurait passé son existence terrestre à parcourir la contrée dans tous les sens. C'est lui qui, au cours de ses voyages, aurait donné au pays la forme qu'il présente actuellement; c'est lui qui aurait fait les montagnes et les plaines, les trous d'eau et les ruisseaux, etc. En même temps, il semait sur sa route des germes vivants qui se dégageaient de son corps et qui sont devenus, par suite de réincarnations successives, les membres actuels du clan. Or, la cérémonie qui, chez les Warramunga, correspond exactement à rintichiuma des Arunta, a pour objet de commémorer et de représenter l'histoire mythique de l'ancêtre. Il n'est question ni d'oblation, ni, sauf dans un cas unique-, de pratiques mimétiques. Le rite consiste uniquement à rappeler le passé et à le rendre, en quelque sorte, présent au moyen d'une véritable représentation dramatique. Le mot est d'autant plus de circonstance que l'officiant, en ce cas, n'est aucunement considéré comme une incarnation de l'ancêtre qu'il représente ; c'est un acteur qui joue un rôle.
1. Les Warramunga ne sont pas les seuls où l'Intichiuma présente la forme que nous allons décrire. On l'observe également chez les Tjingilli, les Umbaia, les Wulmala, les Walpari et même chez les Kaitish, bien que le rituel de ces derniers rappelle, par certains côtés, celui des Arunta (No7Hh. Tr., p. 291, 309, 311, 317). Si nous prenons les Warramunga comme type, c'est qu'ils ont été mieux étudiés par Spencer et Gillen.
2. C'est le cas de l'Intichiuma du kakatoès blanc ; v. plus haut, p. 504.
b32 LES FORMES ÉLÉMENTAIRES DE LA. VIE REt.IGIEUSË
Voici, à titre d'exemple, eu quoi consiste l'Intichiuma du Serpent noir, tel que l'ont observé Spencer et Gillen ^.
Une première cérémonie ne semble pas se référer au passé ; du moins, la description qu'on nous en donne n'autorise pas à l'interpréter dans ce sens. Elle consiste en courses et en sauts qu'exécutent deux officiants ^ décorés de dessins qui représentent le serpent noir. Quand, enfin, ils tombent épuisés sur le sol, les assistants passent doucement la main sur les dessins emblématiques dont le dos des deux acteurs est recouvert. On dit que ce geste plaît au serpent noir. — C'est seulement ensuite que commence la série des cérémonies commémoratives.
Elles mettent en action l'histoire mythique de l'ancêtre Thalaualla, depuis qu'il est sorti du sol jusqu'au moment où il y est définitivement rentré. Elles le suivent à travers tous ses voyages. Dans chacune des localités où il a séjourné, il a, d'après le mythe, célébré des cérémonies totémiques ; on les répète dans l'ordre même où elles passent pour «'être succédé à l'origine. Le mouvement qui revient le plus fréquemment consiste en une sorte de trémoussement rythmé et violent du corps tout entier; c'est que l'ancêtre s'agitait ainsi aiix temps mythiques pour faire sortir de lui les germes de vie qui y étaient inclus. Les acteurs ont la peau couverte d'un duvet qui, par suite de ces secousses, se détache et s'envole ; c'est une manière de figurer l'envolée de ces germes mystiques et leur dispersion dans l'espace.
On se rappelle que, chez les Arunta, la place où se déroule la cérémonie est rituellement déterminée : c'est l'endroit où se trouvent les rochers, les arbres, les trous d'eau sacrés, et il faut que les fidèles s'y transportent pour célébrer le culte. Chez les Warramunga, au contraire, le terrain cérémoniel est choisi arbitrairement pour des