‹ Les formes élémentaire de la vie religieuse, le système totémique en AustralieChapitre 8 sur 318 · La civilisation primitive, I, p · texte numérisé non relu

La civilisation primitive, I, p

hommes ; cette qualification convient donc aux âmes des morts, aux génies, aux démons aussi bien cfu'aux divinités proprement dites. — Il importe de noter tout de suite la conception particulière de la religion qui est impliquée dans cette définition. Le seul commerce que nous puissions entretenir avec des êtres de cette sorte se trouve déterminé par la nature qui leur est attribuée. Ce sont des êtres conscients ; nous ne pouvons donc agir sur eux que comme on agit sur des consciences en général, c'est-à-dire par des procédés psychologiques, en tâchant de les convaincre ou de les émouvoir soit à l'aide de paroles (invocations, prières), soit par des offrandes et des sacrifices. Et puisque la religion aurait pour objet de régler nos rapports avec ces êtres spéciaux, il ne pourrait y avoir religion que là où il y a prières, sacrifices, rites propitiatoires, etc. On aurait ainsi un critère très simple qui permettrait de distinguer ce qui est religieux de ce qui ne l'est pas. C'est à ce critère que se réfère systématiquement Frazer ' et, avec lui, plusieurs ethnographes-.

Mais si évidente que puisse paraître cette définition par suite d'habitudes d'esprit que nous devons à notre éducation religieuse, il y a nombre de faits auxquels elle n'est pas applicable et qui ressortissent pourtant au domaine de la religion.

En premier lieu, il existe de grandes religious d'où l'idée de dieux et d'esprits est absente, où, tout au moins, elle ne joue qu'un rôle secondaire et effacé. C'est le cas du bouddhisme. Le bouddhisme, dit Burnouf, « se place, en opposition au brahmanisme, comme une morale sans dieu et un athéisme sans Nature » ^ « Il ne reconnaît

i. Dès la première édition du Golden Bough, I, p. 30-32.

2. Notamment Spencer et Gillen et même Preuss qui appelle magiques toutes les forces religieuses non individualisées.

3. Burnouf, Introduction à l'histoire du bouddhisme indien, 2« édit., p. 464. Le dernier mot du texte [signifie que le bouddhisme n'admet pas même l'existence d'une Nature éternelle .

point de dieu dont l'homme dépende, dit M. Barth ; sa doctrine est absolument athée »S et M. Oldenberg, de som côté, l'appelle « une religion sans dieu - ». En effet, tout l'essentiel du bouddhisme tient dans quatre propositions que les fidèles appellent les quatre nobles vérités^. La première pose l'existence de la douleur comme liée au perpétuel écoulement des choses ; la seconde montre dans ïe désir la cause de la douleur ; la troisième fait de la suppression du désir le seul moyen de supprimer la douleur ; la quatrième éoumère les trois étapes par lesquelles il faut passer pour parvenir à cette suppression : c'est la droiture, la méditation, enfin la sagesse, la pleine possession de la doctrine. Ces trois étapes traversées, on arrive au terme du chemin, à la délivrance, au salut par le Nirvana.

Or, dans aucun de ces principes, il n'est question de divinité. Le bouddhiste ne se préoccupe pas de savoir d'où vient ce monde du devenir où il vit et où il souffre; il le prend comme un fait '' et tout son effort est de s'en évader. D'un autre côté, pour cette œuvre de salut, il ne peut compter que sur lui-même ; il « n'a aucun dieu à remercier, de même que, dans le combat, il n'en appelle aucun à son aide^ ». Au lieu de prier, au sens usuel du mot, au lieu de se tourner vers un être supérieur et d'implorer son assistance, il se replie sur lui-même et il médite. Ce n'est pas à dire « qu'il nie de front l'existence d'êtres appelés Indra, Agni, Varuna®; mais il estime qu'il ne leur doit rien

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