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CHAPITRE II

LES CROYANCES PROPREMENT TOTÉMIQUES {Suite)

L'animal totémique et l'homme.

Mais les images totémiques ne sont pas les seules choses sacrées. Il existe des êtres réels qui, eux aussi, sont l'objet de rites en raison des rapports qu'ils soutiennent avec le totem : ce sont, avant tous autres, les êtres de l'espèce totémique et les membresdu clan.

Tout d'abord, puisque les dessins qui représentent le totem éveillent des sentiments religieux, il est naturel que les choses dont ces dessins reproduisent l'aspect aient, en quelque mesure, la même propriété.

Ce sont, pour la plupart, des animaux et des plantes. Le rôle profane des végétaux et même des animaux, est, d'ordinaire, de servir à l'alimentation ; aussi, le caractère sacré de l'animal ou de la plante totémique se reconnaît-il à ce fait qu'il est interdit d'en manger. Sans doute, parce qu'ils sont choses saintes, ils peuvent entrer dans la compor sition de certains repas mystiques, et nous verrons, en effet, qu'ils servent parfois à de véritables sacrements; mais normalement ils ne peuvent être utilisés pour la consommation vulgaire. Quiconque passe outre à cette défense s'expose aux plus graves dangers. Ce n'est pas que le groupe intervienne toujours pour réprimer artificiellement

l'infractiou commise; mais on croit que le sacrilège produit automatiquement la mort. Dans la plante ou dans l'animal totémique est censé résider un principe redoutable qui ne peut pénétrer dans un organisme profane sans le désorganiser ou le détruire K Seuls, les vieillards sont, au moins dans certaines tribus, affranchis de celte interdiction -; nous en verrons plus loin la raison.

Cependant, si la prohibition est formelle dans un très grand nombre de tribus ° — sous la réserve des exceptions qui seront indiquées plus tard — il est incontestable qu'elle tend à s'atténuer à mesure que la vieille organisation totémique est plus ébranlée. Mais les restrictions mêmes qui se maintiennent alors démontrent que ces atténuations n'ont pas été admises sans difficultés. Par exemple, là où il est permis de maoger de la plante ou de l'animal qui sert de totem, ce n'est pourtant pas en toute liberté; on ne peut en consommer qu'une petite quantité à la fois. Dépasser la mesure constitue une faute rituelle qui a de graves conséquences ^ Ailleurs, la défense subsiste tout entière pour les parties qui sont regardées comme les plus précieuses, c'est-à-dire comme les plus sacrées; par exemple, les œufs ou la graissée Ailleurs encore, la consommation n'en est tolérée sans réserve que s'il s'agit d'un animal qui n'est pas encore parvenu à la pleioe maturité ^ Sans doute, ou considère dans ce casque sa nature sacrée n'est pas encore

1. V. des cas dans Taplin, The Narmiyeri, p. 63 ; Howitt, Nat. Tr., p. :146, 769; Fison et Howitt, Kamilaroi a. Kurnai, p. 169; Roth, Superstition, Magic a. Medicine. § 150; Wyatt, Adélaïde a. Encounter Bay Tribe, in Woods, p. 168 ; Meyer, Ibid.,-p. 186.

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