Curr, III, p
3. Curr et Fison ont été renseignés par la même personne, D. S. Stewart.
CROYANCES PROPREMENT TOTÉMIQUES 203
La liste des choses ainsi rattachées à chaque clan est, d'ailleurs, fort incomplète ; Curr nous avertit lui-même qu'il s'est borné à en énumérer quelques-unes. Mais grâce aux travaux de Mathews et de Howitt1, nous avons aujourd'hui, sur la classification adoptée par la tribu des Wotjobaluk, des renseignements plus étendus qui permettent de mieux comprendre comment un système de ce genre peut embrasser tout l'univers connu des indigènes. Les Wotjobaluk sont, eux aussi, divisés en deux phratries appelées Tune Gurogity, l'autre Gumaty (Krokitch et Ga~ mutch selon Howitt2) : pour ne pas prolonger cette énumération, nous nous contenterons d'indiquer, d'après Mathews, les choses classées dans quelques-uns des clans de la phratrie Gurogity.
Dans le clan de l'Igname sont classés le dindon des plaines, le chat indigène, le mofioke, le hibou dyim-dyim, la poule mallee, le perroquet rosella, le fieewee.
Dans le clan de la Moule3, l'émou gris, le porc-épic, le courlis, le kakatoès blanc, le canard des bois, le lézard mallee, la tortue puante, l'écureuil volant, l'opossum à la queue en forme d'anneau, le pigeon aux ailes couleur de bronze (bronze-wing), le wijuggla.
Dans le clan du Soleil, le bandicoot, la Lune, le rat-kangourou, la pie noire et la pie blanche, l'opossum, le faucon ngùrt, la chenille du gommier, la chenille u mimoisa (wattle-tree), la planète Vénus.
1. Mathews, Aboriginal Tribes of N. S. Wales and Victoria, in Journal and Proceedings oflhe Royal Society ofN. S. Wales, XXXVIII, p. 287- 288 ; Howitt, Nat. Tr., p. 121.
2. La forme féminine des noms donnés par Mathews est : Gurogigurk et Gamatykurk. Ce sont ces formes que Howitt a reproduites avec une orthographe légèrement différente. Ces deux noms sont, d'ailleurs, les équivalents de ceux qui sont en usage dans la tribu du Mont-Gambier (Kumite et Kroki).
3. Le nom indigène de ce clan est Dyàlup que Mathews ne traduit pas. Mais ce mot paraît bien identique à celui de Jallup par lequel Howitt désigne un sous-clan de cette même tribu et qu'il traduit par mussel, coquillage, moule. C'est pourquoi nous croyons pouvoir risquer cette traduction.
Dans le clan du Vent chaud1, l'aigle faucon à tête grise, le serpent tapis, le perroquet fumeur, le perroquet à écailles (shell), le faucon murrakan, le serpent dikkomur, le perroquet à collier, le serpent mirndai, le lézard au dos chiné.
Si Ton songe qu'il y a bien d'autres clans (Howitt en nomme douze, Mathews quatorze et ce dernier prévient que sa liste est fort incomplète2), on comprendra comment toutes les choses auxquelles s'intéresse l'indigène trouvent naturellement place dans ces classifications.
On a observé des arrangements similaires sur les points les plus différents du continent australien : dans l'Australie du Sud, dans l'État de Victoria, dans la Nouvelle-Galles du Sud (chez les Euahlayi3) ; on en trouve des traces très apparentes dans les tribus du centre4. Dans le Queensland, où les clans paraissent avoir disparu et où les classes matrimoniales sont les seules subdivisions de la phratrie, c'est entre les classes que sont réparties les choses. Ainsi, les Wakelbura sont divisés en deux phratries, Maliera et Wutaru ; les classes de la première sont appelées Kurgilla et Banbe, les classes de la seconde Wungo et Obu. Or, aux Banbe appartiennent l'opossum, le kangourou, le chien, le miel de la petite abeille, etc. Aux Wungo sont attribués l'émou, le bandicoot, le canard noir, le serpent noir, le serpent brun ; aux Obu, le serpent tapis, le miel des abeilles piquantes, etc. ; aux Kurgilla, le porc-épic, le dindon des plaines, l'eau, la pluie, le feu, le tonnerre, etc.6.
1. C'est la traduction de Howitt, Mathews traduit le mot (Wartwurt) par la chaleur du Soleil à midi.
2. Le tableau de Mathews et celui de Howitt sont en désaccord sur plus d'un point important. Il semble même que les clans attribués par Howitt à la phratrie Kroki soient comptés par Mathews dans la phratrie Gamutch et inversement. C'est la preuve des très grandes difficultés que présentent ces observations. Ces discordances sont, d'ailleurs, sans intérêt pour la question que nous traitons.