‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 13 sur 322 · Burnouf, p · texte numérisé non relu

Burnouf, p

4. C'est ce que Kern exprime en ces termes : « A certains égards, il est un homme ; à certains égards, il n'est pas un homme ; à certains égards, il n'est ni l'un ni l'autre » (op. cit., I, p. 290).

5. « L'idée que le chef divin de la Communauté n'est pas absent du milieu des siens, mais qu'il demeure réellement parmi eux comme leur maître et leur roi, de telle sorte que le culte n'est autre chose que l'expression de la perpétuité de cette vie commune, cette idée est tout à fait étrangère aux bouddhistes. Leur maître à eux est dans le Nirvana ; ses fidèles crieraient vers lui qu'il ne pourrait les entendre » (Oldenberg, Le Bouddha, p. 368).

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qu'il y a de vraiment essentiel dans le bouddhisme. Le bouddhisme, en effet, consiste avant tout dans la notion du salut et le salut suppose uniquement que l'on connaît la bonne doctrine et qu'on la pratique. Sans doute, elle n'aurait pu être connue si le Bouddha n'était venu la révéler ; mais une fois que cette révélation fut faite, l'œuvre du Bouddha était accomplie. A partir de ce moment, il cessa d'être un facteur nécessaire de la vie religieuse. La pratique des quatre vérités saintes serait possible, alors même que le souvenir de celui qui les a fait connaître se serait effacé des mémoires1. Il en est tout autrement du christianisme qui, sans l'idée toujours présente et le culte toujours pratiqué du Christ, est inconcevable ; car c'est par le Christ toujours vivant et chaque jour immolé que la communauté des fidèles continue à communiquer avec la source suprême de la vie spirituelle2.

îout ce qui précède s'applique également à une autre grande religion de l'Inde, au jaïnisme. D'ailleurs, les deux doctrines ont sensiblement la même conception du monde et de la vie. « Comme les bouddhistes, dit M. Barth, les jaïnistes sont athées. Ils n'admettent pas de créateur ; pour eux, le monde est éternel et ils nient explicitement qu'il puisse y avoir un être parfait de toute éternité. Le Jina est devenu parfait, mais il ne l'était pas de tout temps ». Tout comme les bouddhistes du Nord, les jaïnistes, ou du moins certains d'entre eux, sont néanmoins revenus à une sorte de déisme ; dans les inscriptions du Dekhan il est parlé d'un Jinapati, sorte de Jina suprême, qui est appelé le premier créateur ; mais un tel langage, dit le même auteur, « est en contradiction avec les déclarations

1. « La doctrine bouddhique, dans tous ses traits essentiels, pourrait exister, telle qu'elle existe en réalité, et la notion du Bouddha lui rester totalement étrangère » (Oldenberg, p. 322). — Et ce qui est dit du Bouddha historique s'applique également à tous les Bouddhas mythologiques.

2. Voir dans le même sens Max Mullkr, Naiural Religion, p. 103 et suiv. et 190.

les plus explicites de leurs écrivains les plus autorisés1 ». Si, d'ailleurs, cette indifférence pour le divin est à ce point développée dans le bouddhisme et le jaïnisme, c'est qu'elle était déjà en germe dans le brahmanisme d'où Tune et l'autre religion sont dérivées. Au moins sous certaines de ses formes, la spéculation brahmanique aboutissait à « une explication franchement matérialiste et athée de l'univers2 ». Avec le temps, les multiples divinités que les peuples de l'Inde avaient tout d'abord appris à adorer étaient venues comme se fondre en une sorte de principe un, impersonnel et abstrait, essence de tout ce qui existe. Cette réalisé suprême, qui n'a plus rien d'une personnalité divine, l'homme la contient en lui, ou plutôt il ne fait qu'un avec elle puisqu'il n'existe rien en dehors d'elle. Pour la trouver et s'unir à elle, il n'a donc pas à chercher hors de lui-même quelque appui extérieur ; il suffit qu'il se concentre sur soi et qu'il médite. « Quand, dit Oldenberg, le bouddhisme s'engage dans cette grande entreprise d'imaginer un monde de salut où l'homme se sauve lui-même, et de créer une religion sans dieu, la spéculation brahmanique a déjà préparé le terrain pour cette tentative. La notion de divinité a reculé pas à pas ; les figures des anciens dieux s'effacent pâlissantes ; le Brahma trône dans son éternelle quiétude, très haut au-dessus du monde terrestre, et il ne reste plus qu'une seule personne à prendre une part active à la grande oeuvre de la délivrance : c'est l'homme3 ». Voilà donc une portion considérable de l'évolution religieuse qui a consisté, en somme, dans un recul progressif de l'idée d'être spirituel et de divinité. Voilà de grandes religions où les invocations, les propitiations, les sacrifices, les prières proprement dites sont bien loin de tenir une place prépondérante et qui, par conséquent, ne présentent pas le signe

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