Parker, The Euahlayi, p. 29 et 35 ; Roth, ibid
4. Strehlow, I, p. 12, 14. Il est parlé dans ces différents passages de mauvais esprits qui tuent de petits enfants, dont ils mangent l'âme, le foie et la graisse, ou bien l'âme, le foie et les rognons. Le fait que l'âme est ainsi mise sur le même pied que les différents viscères ou tissus et constitue un aliment du même genre montre bien l'étroit rapport qu'elle soutient avec eux. Cf. Schuxze, p. 246.
5. Par exemple, chez les gens de la rivière Pennefather (Roth, ibid., § 68), il y a un nom pour l'âme qui réside dans le cœur (Ngai), un autre pour celle qui réside dans le placenta (Choi), un troisième pour celle qui se confond avec le souffle (Wanji). Chez les Euahlayi, il y a trois et jusqu'à quatre âmes (Parker, The Euahlayi, p. 35).
ailleurs. Et cependant, elle reste auprès du cadavre ; le lien qui l'y rattache s'est détendu, il ne s'est pas brisé. Il faut tout un appareil de rites spéciaux pour la déterminer à s'éloigner définitivement. Par des gestes, par des mouvements significatifs, on l'invite à partir1. On lui fraye les voies, on lui ménage des issues afin qu'elle puisse s'envoler plus aisément2. C'est qu'elle n'est pas sortie tout entière du corps ; elle l'imprégnait trop profondément pour pouvoir s'en dégager d'un seul coup. De là vient le rite si fréquent de l'anthropophagie funéraire ; on consomme les chairs du mort parce qu'un principe sacré est censé y résider qui n'est autre que l'âme3. Pour l'extirper définitivement, on fait fondre les chairs, en les soumettant soit à la chaleur du Soleil4 soit à l'action d'un feu artificiel5. L'âme s'en va avec les liquides qui s'écoulent. Mais les ossements desséchés en gardent encore quelque chose. Aussi les emploie-t-on comme objets sacrés ou comme instruments magiques6 ; ou bien, si l'on veut mettre complètement en liberté le principe qu'ils recèlent, on les brise7.
Un moment cependant arrive ou la séparation définitive est consommée ; l'âme libérée prend son essor. Mais elle est, par nature, si intimement associée au corps, que cet arrachement ne va pas pour elle sans une grave transformation d'état. Aussi prend-elle alors un autre nom8. Bien qu'elle garde tous les traits distinctifs de l'individu qu'elle
1. V. la description du rite de VUrpmilchima, chez les Arunta (Spencer et Gillen, Nat. Tr., p. 503 et suiv.).