‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 20 sur 322 · V. Codrington, The Melanesians, chap. XII · texte numérisé non relu

V. Codrington, The Melanesians, chap. XII

2. V. Hubert, art. « Magia », in Dictionnaire des Antiquités.

3. Par exemple, en Mélanésie, le tindalo est un esprit tantôt religieux et tantôt magique {Codrington, p. 125 et suiv., 194 et suiv.).

4. V. Hubert et Mauss, Théorie générale de la magie, in Année sociologique, t. VII, p. 83-84.

6o QUESTIONS PRÉLIMINAIRES

profaner les choses saintes1 ; dans ses rites, elle prend le contre-pied des cérémonies religieuses2. De son côté, la religion, si elle n'a pas toujours condamné et prohibé les rites magiques, les voit, en général, avec défaveur. Comme le font remarquer MM. Hubert et Mauss, il y a, dans les procédés du magicien, quelque chose de foncièrement antireligieux3. Quelques rapports qu'il puisse y avoir entre ces deux sortes d'institutions, il est donc difficile qu'elles ne s'opposent pas par quelque endroit ; et il est d'autant plus nécessaire de trouver par ou elles se distinguent que nous entendons limiter notre recherche à la religion et nous arrêter au point où commence la magie.

Voici comment on peut tracer une ligne de démarcation entre ces deux domaines.

I,es croyances proprement religieuses sont toujours communes à une collectivité déterminée qui fait profession d'y adhérer et de pratiquer les rites qui en sont solidaires. Biles ne sont pas seulement admises, à titre individuel, par tous les membres de cette collectivité ; mais elles sont la chose du groupe et elles en font l'unité. I^es individus qui la composent se sentent liés les uns aux autres, par cela seul qu'ils ont une foi commune. Une société dont les membres sont unis parce qu'ils se représentent de la même manière le monde sacré et ses rapports avec le monde profane, et parce qu'ils traduisent cette représentation commune dans des pratiques identiques, c'est ce qu'on appelle une Église. Or, nous ne rencontrons pas, dans l'histoire, dereligion sans Église. Tantôt l'Église est étroitement nationale, tantôt elle s'étend par-delà les frontières ; tantôt elle comprend un peuple tout entier (Rome, Athènes, le peuple hébreu), tantôt elle n'en comprend qu'une fraction (les sociétés chrétiennes depuis l'avènement du prôtestan-

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