‹ Les formes élémentaires de la vie religieuseChapitre 214 sur 322 · The Making of Religion, p · texte numérisé non relu

The Making of Religion, p

3. Lang, ibid., p. 331. M. Lang se borne à dire que l'hypothèse de saint Paul lui paraît la moins défectueuse (Ihe most unsatisfaclory ) .

4. Le P. Schmidt a repris la thèse de A. Lang dans Anthropos (1908, 1909). Contre Sidney Hartland, qui avait critiqué la théorie de Lang

Mais les faits ne comportent ni l'hypothèse sceptique de Tylor ni l'interprétation théoîogique de Iyang.

Tout d'abord, il est aujourd'hui certain que les idées relatives au grand dieu tribal sont d'origine indigène. Elles ont été observées alors que l'influence des missionnaires n'avait pas encore eu le temps de se faire sentir1. Mais il ne s'ensuit pas qu'il faille les attribuer à une mystérieuse révélation. Bien loin qu'elles dérivent d'une autre source que les croyances proprement totémiques, elles n'en sont, au contraire, que l'aboutissement logique et la forme la plus haute.

Nous avons vu, en effet, que la notion des ancêtres mythiques est impliquée dans les principes mêmes sur lesquels repose le totémisme ; car chacun d'eux est un être totémique. Or, si les grands dieux leur sont certainement supérieurs, cependant il n'y a, entre les uns et les autres, que des différences de degrés ; on passe des premiers aux seconds sans solution de continuité. Un grand dieu, en effet, est lui-même un ancêtre d'une importance particulière. On nous parle souvent de lui comme d'un homme, doué sans doute de pouvoirs plus qu'humains, mais qui a

dans un article du Folk-lore (t. IX, p. 290 et suiv.), intitulé The « High Gods » of Australia, le P. Schmidt entreprend de démontrer que Baiame, Bunjil, etc., sont des dieux éternels, créateurs, tout-puissants, omniscients, gardiens de l'ordre moral. Nous n'entrerons pas dans cette discussion qui nous paraît sans intérêt et sans portée. Si l'on donne à ces différents adjectifs un sens relatif, en harmonie avec la mentalité australienne, nous sommes tout prêt à les prendre à notre compte et nous les avons nous-même employés. De ce point de vue, tout-puissant veut dire qui a plus de pouvoir que les autres êtres sacrés ; omniscient, qui voit des choses qui échappent au vulgaire et même aux plus grands magiciens ; gardien de l'ordre moral, qui fait respecter les règles de la morale australienne, si différente qu'elle soit de la nôtre. Mais si l'on veut donner à ces mots une signification que, seul, un spiritualiste chrétien peut y attacher, il nous paraît inutile de discuter une opinion si contraire aux principes de la méthode historique.

1. V. sur cette question N. W. Thomas, Baiame and Bell-bird. A note on Australian Religion, in Man, 1905, n° 28. Cf. Lang, Magic and Religion, p. 25. Waitz avait déjà soutenu le caractère original de cette conception dans Anthropologie d. Naturvôlker, p. 796-798.

vécu sur terre d'une vie tout humaine1. On le dépeint comme un grand chasseur2, un puissant magicien3, le fondateur de la tribu4. C'est le premier des hommes6. Une légende le représente même sous les traits d'un vieillard fatigué qui peut à peine se mouvoir6. S'il a existé chez les Dieri un dieu suprême appelé Mura-mura, le mot est significatif ; car il sert à désigner la classe des ancêtres. De même, Nuralie, nom du grand dieu dans les tribus de la rivière Murray, est parfois employé comme une expression collective qui s'applique à l'ensemble des êtres mythiques que la tradition place à l'origine des choses7. Ce sont des personnages tout à fait comparables à ceux de l'Alcheringa8. Déjà, nous avons rencontré dans le Queensland un dieu Anjea ou Anjir, qui fait les hommes et qui, pourtant, semble bien n'être que le premier des humains9.

Ce qui a aidé la pensée des Australiens à passer de la pluralité des génies ancestraux à l'idée du dieu tribal, c'est qu'entre ces deux extrêmes un moyen terme s'est intercalé qui a servi de transition : ce sont les héros civilisateurs. I^es êtres fabuleux que nous appelons de ce nom sont, en effet, de simples ancêtres auxquels la mythologie a attribué un rôle éminent dans l'histoire de la tribu et qu'elle a, pour cette raison, mis au-dessus des autres. Nous avons même vu qu'ils faisaient régulièrement partie de l'organisation totémique : Mangarkunjerkunja est du totem du

1. Dawson, p. 49 ; Meyer, Encounter Bay Tribe, in Woods, p. 205, 206 ; Howitt, Nal. Tr., p. 481, 491, 492, 494 ; Ridley, Kamilaroi, p. 136.

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