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LES PRINCIPALES CONCEPTIONS DE LA RELIGION ÉLÉMENTAIRE

(Suite)

H. — Le naturisme

Tout autre est l'esprit dont s'inspire l'école naturiste.

Elle se recrute, d'ailleurs, dans des milieux différents. I*es animistes sont, pour la plupart, des ethnographes ou des anthropologues. Les religions qu'ils ont étudiées comptent parmi les plus grossières que l'humanité ait pratiquées. De là vient l'importance primordiale qu'ils attribuent aux âmes des morts, aux esprits, aux démons, c'est-à-dire aux êtres spirituels de second ordre : c'est que ces religions n'en connaissent guère 'qui soient d'un ordre plus élevé1. Au contraire, les théories que nous allons maintenant exposer sont l'œuvre des savants qui se sont surtout occupés des grandes civilisations de l'Burope et de l'Asie.

Dès que, à la suite des frères Grimm, on se fût rendu compte de l'intérêt qu'il y avait à comparer les unes avec les autres les différentes mythologies des peuples indoeuropéens, on fut vite frappé des remarquables similitudes qu'elles présentaient. Des personnages mythiques furent identifiés qui, sous des noms différents, symbolisaient les mêmes idées et remplissaient les mêmes fonctions ;

1. C'est aussi, sans doute, ce qui explique la sympathie que semblent avoir éprouvée pour les idées animistes, des folkloristes comme Mannhardt. Dans les religions populaires, comme dans les religions inférieures, ce sont des êtres spirituels de second ordre qui sont au premier plan.

les noms mêmes furent rapprochés et l'on crut pouvoir établir que, parfois, ils n'étaient pas sans rapports. De telles ressemblances ne paraissent pouvoir s'expliquer que par une communauté d'origine. On était donc conduit à supposer que ces conceptions, si variées en apparence, provenaient, en réalité, d'un fond commun dont elles n'étaient que des formes diversifiées et qu'il n'était pas impossible d'atteindre. Par la méthode comparative, on devait pouvoir remonter, par-delà ces grandes religions jusqu'à un système d'idées beaucoup plus ancien, jusqu'à une religion vraiment primitive dont les autres seraient

dérivées.

Mais ce qui contribua le plus à éveiller ces ambitions, ce fut la découverte des Vedas. Avec les Vedas, en effet, on avait un texte écrit dont l'antiquité, sans doute, a pu être exagérée au moment où il fut découvert, mais qui ne laisse pas d'être un des plus anciens dont nous disposions dans une langue indo-européenne. On se trouvait ainsi en état d'étudier, avec les méthodes ordinaires de la philologie, une littérature aussi ou plus vieille que celle d'Homère, une religion qu'on croyait plus primitive que celle des anciens Germains. Un document d'une telle valeur était évidemment appelé à jeter une lumière nouvelle sur les débuts religieux de l'humanité, et la science des religions ne pouvait manquer d'en être renouvelée.

I^a conception qui prit ainsi naissance était si bien commandée par l'état de îa science et la marche générale des idées qu'elle se fit jour presque en même temps dans deux pays différents. En 1856, Max Millier en exposait les principes dans ses Oxford Essay1. Trois années plus tard, paraissait le livre d'Adalbert Kuhn sur V Origine du feu et de la boisson divine'2' qui s'inspire sensiblement du même

1 Dans le morceau intitulé Comparative Mythology (p. 47 et suiv.). Une traduction française en a paru sous ce titre Essai de mythologie comparée, Paris- Londres, 1859.

2. Herabkunft des Feuers und Gôliertranks, Berlin, 1859 (une nou-

esprit. I/idée, une fois émise, se répandit très rapidement dans les milieux scientifiques. Au nom de Kuhn est étroitement associé celui de son beau-frère Schwartz dont le livre sur l'Origine de la mythologie1 suivit de près le précédent. Steinhal et toute l'école allemande de la Vœlkerpsychologie se rattachent au même mouvement. En 1863, la théorie fut importée en France par M. Michel Bréal2. Elle rencontrait si peu de résistance que, suivant un mot de Gruppe3, « un temps vint où, en dehors de quelques philologues classiques, étrangers aux études védiques, tous les mythologues prenaient comme point de départ de leurs explications les principes de Max Mûller ou de Kuhn »4. Il importe donc d'examiner en quoi ils consistent et ce qu'ils valent.

Comme nul ne les a présentés sous une forme plus systématique que Max Muller, c'est à lui que nous emprunterons de préférence les éléments de l'exposé qui va suivre5.

velle édition en a été donnée par Ernst Kuhn en 1886). Cf. Der Schuss des Wilden Jâgers auf den Sonnenhirsch, Zeitschrift f. d. PhiL, I, 1869, p. 89- 169 ; Enlwickelungssiufen des Mylhus, Abbhandl. d. Berl. Akad., 1873.

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