Voyages and Travels of an Indian Interpréter
2. L'idée était tellement répandue que M. Rêville faisait encore de
célèbre1, signala l'existence de pratiques tout à fait similaires en Australie. On commença dès lors à se rendre compte qu'on se trouvait en présence d'un système d'une certaine généralité.
Mais on n'y voyait guère qu'une institution essentiellement archaïque, une curiosité ethnographique sans grand intérêt pour l'historien. Mac Lennan fut le premier qui ait entrepris de rattacher le totémisme à l'histoire générale de l'humanité. Dans une série d'articles, parus dans la Fortnightly Review2, il s'efforça de montrer, non seulement que le totémisme était une religion, mais que de cette religion étaient dérivées une multitude de croyances et de pratiques que l'on retrouve dans des systèmes religieux beaucoup plus avancés. Il alla même jusqu'à en faire la source de tous les cultes zoolâtriques et phytolâtriques que l'on peut observer chez les peuples anciens. Assurément, cette extension du totétisme était abusive. Le culte des animaux et des plantes dépend de causes multiples que l'on ne peut sans simplisme, réduire à l'unité. Mais ce simplisme, par ses exagérations mêmes, avait, du moins, l'avantage de mettre en évidence l'importance historique du totémisme.
D'un autre côté les américanistes s'étaient aperçus depuis longtemps que le totémisme était solidaire d'une organisation sociale déterminée : c'est celle qui a pour base la division de la société en clans3. En 1877, dans son Andent Society*, Lewis H. Morgan entreprit d'en faire l'étude,
l'Amérique la terre classique du totémisme (Religions des peuples non civilisés, I, p. 242).
1. Journals of two Expéditions in Norlh-West and Western Australia, II, p. 228.
2. The Worship of Animais and Plants. Totems and Tolemism (1869, 1870).
3. L'idée se trouve déjà exprimée très nettement dans une étude de Gallatin intitulée Synopsis of the Indian Trîbes (Archaeologia Americana, II, p. 109 et suiv.), et dans une circulaire de Morgan, reproduite dans le Cambrian Journal, 1860, p. 149.
4. Ce travail avait, d'ailleurs, été précédé et préparé par deux autres ouvrages du même auteur : The League of the Iroguois, 1851 et Systems of Consanguinity and Affiniig of the Human Family, 1871.
d'en déterminer les caractères distinctifs, en même temps que d'en faire voir la généralité dans les tribus indiennes de l'Amérique septentrionale et centrale. Presque au même moment, et d'ailleurs sous la suggestion directe de Morgan, Fison et Howitt1 constataient l'existence du même système social en Australie ainsi que ses rapports avec le totémisme.
Sous l'influence de ces idées directrices, les observations purent se poursuivre avec plus de méthode. L,es recherches que suscita le Bureau américain d'ethnologie contribuèrent, pour une part importante, au progrès de ces études2. Bn 1887, les documents étaient assez nombreux et assez significatifs pour que Frazer ait jugé opportun de les réunir et de nous les présenter dans un tableau systématique. Tel est l'objet de son petit livre intitulé Totemism* où le totémisme est étudié à la fois comme religion et comme institution juridique. Mais cette étude était purement descriptive ; aucun effort n'y était fait soit pour expliquer le totémisme4 soit pour en approfondir les notions fondamentales.
Robertson Smith est le premier qui ait entrepris ce travail d'élaboration. H sentait plus vivement qu'aucun de ses devanciers combien cette religion grossière et confuse était riche en germes d'avenir. Sans doute, Me I^ennan