Strehlow écrit Inatanja (op. cit., I, p
3. Les Kaitish, les Ilpirra, les Unmatjera ; mais il est rare chez ces derniers.
4. La perche est quelquefois remplacée par des churinga très longs, mis bout à bout.
5. Parfois, au sommet du nurtunja, un autre plus petit est suspendu. Dans d'autres cas, le nurtunja a la forme d'une croix ou d'un T. Plus rarement, le support central fait défaut (NaL Tr., p. 298-300, 360-364, 627).
CROYANCES PROPREMENT TOTÉMIQUES 17 5
tage d'un seul et unique modèle. Réduit à ses éléments les plus essentiels, il consiste, lui aussi, en un support vertical, qui est formé par un bâton long de plus d'un pied ou par une lance de plusieurs mètres de haut, et qui est coupé tantôt par une, tantôt par deux pièces transversales1. Dans le premier cas, il a l'aspect d'une croix. Des cordons faits soit avec ces cheveux humains soit avec de la fourrure d'opossum ou de bandicoot traversent en diagonales l'espace compris entre les bras de la croix et les extrémités de l'axe central ; ils sont serrés les uns contre les autres et constituent ainsi un réseau qui a la forme d'un losange. Quand il y a deux barres transversales, ces cordons vont de l'une à l'autre et, de là, au sommet et à la base du support. Ils sont quelquefois recouverts d'une couche de duvet assez épaisse pour les dissimuler aux regards. I^e waninga a ainsi l'aspect d'un véritable drapeau2.
Or le nurtunja et le waninga, qui figurent dans une multitude de rites importants, sont l'objet d'un respect religieux, tout à fait semblable à celui qu'inspirent les churinga. On procède à leur confection et à leur érection avec la plus grande solennité. Fixés en terre ou portés par un officiant, ils marquent le point central de la cérémonie : c'est autour d'eux qu'ont lieu les danses et que les rites se développent. Au cours de l'initiation, on mène le novice au pied d'un nurtunja qui a été érigé pour la circonstance. « Voilà, lui dit-on, le nurtunja de ton père ; il a déjà servi à faire bien des jeunes hommes. » Après quoi, l'initié doit
1 Quelquefois, ces barres transversales sont au nombre de trois.
2. Nat. Tr., p. 231-234, 306-310, 627. Outre le nurtunja et le waninga, Spencer et Gillen distinguent une troisième sorte de poteau ou drapeau sacré, c'est le kauaua (Nat. Tr., p. 364, 370, 629) dont ils avouent franchement, d'ailleurs, n'avoir pu déterminer exactement les fonctions. Ils notent seulement que le kauaua « est regardé comme quelque chose de commun aux membres de tous les totems ». Mais suivant Strehlow (III, p. 23, n. 2\ le kauaua dont parient Spencer et Gillen, serait simplement le nurtunja du totem du Chat sauvage. Comme cet animal est l'objet d'un culte tribal, on s'explique que la vénération dont est l'objet son nurtunja soit commune à tous les clans.
embrasser le nurtunja1. Par ce baiser, il entre en relations avec le principe religieux qui est censé y résider ; c'est une véritable communion qui doit donner au jeune homme la force nécessaire pour supporter la terrible opération de la subincision3. D'ailleurs, le nurtunja joue un rôle considérable dans la mythologie de ces sociétés. I^es mythes rapportent que, au temps fabuleux des grands ancêtres, le territoire de la tribu était sillonné dans tous les sens par des compagnies exclusivement composées d'individus d'un même totem3. Chacune de ces troupes avait avec elle un nurtunja. Quand elle s'arrêtait pour camper, les gens, avant de se disperser pour chasser, fixaient en terre leur nurtunja au sommet duquel étaient suspendus les churinga4. C'est dire qu'ils lui confiaient tout ce qu'ils avaient de plus précieux. C'était en même temps une sorte d'étendard qui servait de centre de ralliement au groupe. On ne peut pas n'être pas frappé des analogies que présente le nurtunja avec le poteau sacré des Omaha5.
Or, ce caractère sacré ne lui peut venir que d'une cause : c'est qu'il représente matériellement le totem. En effet, les lignes verticales ou les anneaux de duvet qui le recouvrent, ou bien encore les cordons, de couleurs également différentes, qui réunissent les bras du waninga à l'axe central, ne sont pas disposés arbitrairement, au gré des opérateurs ; mais ils doivent obligatoirement affecter une forme étroitement déterminée par la tradition et qui, dans la pensée des indigènes, figure le totem6. Ici, il n'y a plus à se demander, comme dans le cas des churinga, si la vénéra-