Les fourberies d'Arlequin
Arlequin !... Nous connaissons déjà ce personnage pour l’avoir vu en compagnie de Polichinelle et son ami Pierrot, au théâtre des Funambules. Arlequin n’est ni petit, ni grand, ni gros, ni mince, ni gras, ni maigre ; il est bien pris dans sa taille et dans son joli costume aux mille losanges; il est leste et agile, ne manque pas d’esprit, et cependant une chose nous déplaît en lui. Il est vrai que nous finissons par nous y habituer; mais au premier abord, si nous commençons par la tête l’examen de ce charmant acteur, nous éprouvons un sentiment désagréable : d’où vient-il? de la vue de cette laide figure noire, ou pour mieux dire de son vilain masque.
Pourquoi donc Arlequin s’est-il caché le visage sous ce masque hideux qu’il ne quitte jamais, du moins devant témoins? Pourquoi ? C’est ce que nous saurons peut-être au bout de cette histoire.
Et d’abord, il est certain qu’Arlequin n’a pas toujours porté ce masque ; jeune, il allait visage découvert, et l’on peut dire qu’il était fort gentil. Il le savait, et s’en faisait un mérite : grand défaut, surtout chez un garçon, qui ne doit attacher d’importance qu’aux qualités sérieuses de l’esprit et du cœur.
Cette conviction qu’il était gentil, et que cela suffisait pour le rendre aimable, le rendait insupportable: il se croyait tout permis. C’était d’ailleurs, une conséquence de la faiblesse de ses parents, qui le gâtaient.
Dans la crainte de faire de la peine à ses parents, les étrangers n’osaient pas se fâcher, et riaient encore plus fort que père et mère, quand ils étaient victimes de quelqu’un de ses mauvais tours, et trouvaient le petit Arlequin charmant, pétri d’esprit, du moins ils le disaient tout haut ; mais, au fond de leurs cœurs, ils maudissaient le petit garnement, et le trouvaient, tout bas, parfaitement détestable.
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Arlequin fait avaler a Zozo une poi^nee de filasse pour un beignet .
L’enfant, voyant tous ses caprices satisfaits, ses défauts tolérés, ses fautes excusées, voyant ses malices et ses sottises regardées par ses parents comme de spirituelles espiègleries, se croyait tout bonnement un petit phénomène, une petite merveille, et grandissait chaque jour en imperfection.
Et, en effet, Arlequin ne passait pas un jour sans faire de mauvaises farces, soit à l’un, soit à l’autre; on devait s’y attendre : quand il avait fait une vilaine niche, on applaudissait; pour mériter de nouveaux bravos, il recommençait.
Un jour, c’était à la Messe de minuit, il avait versé une bouteille d’encre dans le bénitier de l’église de sa paroisse, de sorte que les bonnes gens, en se signant, s’étaient tout noirci le visage. On l’avait arrêté, mais il avait nié effrontément, et, en l’absence de preuves positives, il avait été relâché ; il en avait été quitte pour la peur : c’était, toutefois, un avertissement pour lui; il n’en profita point.
Il avait deux camarades. « Comment! me direz-vous peut-être, ce mauvais sujet avait des camarades? » — Mon Dieu oui, deux pauvres niais qui n’avaient pas assez d’esprit pour distinguer le bien du mal, et qui faisaient, machinalement, tout ce qu’il leur disait de faire.
Zozo et Jocrisse étaient leurs noms. Les pauvres garçons, reconnaissant la supériorité de son intelligence, lui obéissaient aveuglément sans songer à mal : souvent eux-mêmes servaient de point de mire à ses malices. Ainsi, une fois le papa d’Arlequin venait de pêcher un énorme brochet que tous trois. Zozo, Jocrisse et Arlequin, étaient en train d’admirer ; le brochet avait la bouche béante; Arlequin dit à Jocrisse : — « Dis donc, Jocrisse, mets donc ton doigt dans sa
bouche, pour voir . » — et le malheureux Jocrisse, naïf et confiant, avait mis son doigt
dans la bouche du poisson, et l’avait retiré tout sanglant et à moitié coupé.
Une autre fois, ce fut le tour de Zozo : il dînait chez Arlequin; Arlequin se mit dans la tête de lui faire une niche. Il savait que Zozo aimait beaucoup les beignets : il se rend donc à la cuisine pour faire une surprise agréable à son ami, et reparaît bientôt avec une assiettée de superbes beignets. Les yeux de Zozo s’écarquillent de plaisir, l’eau lui vient à la bouche, il lui tarde d’en tenir un entre ses dents ; s’il osait, il allongerait le bras, tant la main lui démange ; enfin, les beignets lui sont offerts, et comme lous les gourmands , Zozo prend le plus gros : c’est bien sur quoi comptait Arlequin. Zozo ouvre une large bouche et y plonge le beignet qu'il mord hardiment; le morceau mordu ne veut d’abord pas se détacher du
la nuit chaude les enseignes
de ülace
Jocrisse en tram de pécher.
reste du beignet. Cependant, après quelques tiraillements et plusieurs secondes de mastication laborieuse, Zozo essaye d’avaler : efforts superflus, peine inutile, le malheureux devient rouge comme un coquelicot, il ne peut bientôt plus respirer ; rendre lui est aussi difficile qu’avaler, il étouffe...
Les parents d’Arlequin s’empressent autour de Zozo ; Arlequin se tient les côtes de rire. On ouvre la bouche de Zozo, et on lui retire du gosier ce qu’il avait pris pour un beignet.
Voici ce qui était arrivé : Arlequin avait recouvert de pâte une poignée de filasse, et l’avait fait mettre dans la poêle avec les autres beignets ; Zozo, trompé par l’air appétissant du morceau, et tenté par sa grosseur, l’avait choisi entre tous, et avait failli comme nous l’avons vu être victime de sa gourmandise. Sans doute, Zozo était puni par où il avait péché ; sans doute, ces farces d’Arlequin ne manquaient pas de finesse, mais cela ne les empêchait pas d’être des méchancetés capables d’avoir des conséquences fâcheuses, surtout vis-à-vis d’êtres aussi simples que Jocrisse et Zozo.
Jocrisse était tellement naïf, pour ne pas dire autre chose, qu’un jour, sa mère l’ayant envoyé faire rougir une pelle pour brûler du sucre dans un appartement, afin d’en purifier
l’air, il était revenu triomphant au bout de trois heures tenant à la main la pelle en question peinte en vermillon.
Jocrisse pleurait, Arlequin éclata de rire, sa méchanceté avait réussi.
Zozo était à peu près de la même force. Voilà les deux camarades qui servaient d’instruments à Arlequin dans ses farces, quand il ne pouvait les faire seul.
C’était avec leur concours qu’il s’amusait, la nuit, à décrocher les enseignes et à les changer de place : l’enseigne du marchand de vin venait remplacer celle de la corsetière; celle du pâtissier se trouvait, quand le jour paraissait, au-dessus de la boutique du droguiste ; et vice versa : l’on peut se figurer l’effet que tous ces échanges produisaient le lendemain dans la rue qui avait été le théâtre de ces exploits nocturnes. Ces messieurs cassaient aussi les cordons de sonnettes, ou bien y attachaient parla queue des chats ou des chiens qui réveillaient tout le voisinage par leurs cris lamentables mêlés aux sons répétés des cloches qu’ils agitaient sans cesse par leurs efforts pour se sauver, jusqu’à ce que quelque âme charitable vînt les sortir de cette triste situation.
Les hauts faits d’Arlequin ne se bornaient pas là : il avait aussi la manie de chiper \ il avait
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Arlequin chipe inrgâtean chez un pâtissier.
commencé par chiper à ses camarades des plumes, des crayons, des canifs, des billes, etc.; puis cette manie s’était étendue; il avait chipé des fruits dans les jardins, des marchandises chez les marchands.
Les colères s’amoncelaient cependant sur sa tête, et malheur à lui le jour où il serait pris!... Les méchants ont beau faire, tôt ou tard l’heure du châtiment sonne pour eux, et il est d’autant plus terrible qu’ils l’ont attendu plus longtemps.
On était en plein carnaval, et Arlequin, comme tous les mauvais sujets, pensant plus à s’amuser qu’à travailler, ne songeait qu’à faire le plus gaiement et le plus grassement possible son Mardi gras. Il avait déjà convoqué ses deux camarades pour ce jour-là, et leur avait recommandé de se procurer le plus de comestibles qu’ils pourraient, afin de faire un bon souper.
Le Lundi gras, Arlequin n’avait encore rien en fait de provisions pour le lendemain ; il fut chez les deux amis pour savoir s’ils songeaient à leur festin, et trouva Jocrisse, une ligne à la main, gravement occupé à pêcher dans une baignoire, et Zozo en train de se gratter les jambes pour se faire des bas rouges, moyen que lui avait indiqué sa mère pour se désennuyer.
« Allons, nous voilà bien, dit Arlequin; Jocrisse pêche dans une baignoire, toi, tu te grattes
les jambes, et vous croyez que, pendant ce temps-là, les alouettes vous tomberont toutes rôties?... Si je n’étais pas là pour un coup, je crois que nous ferions un triste Mardi gras !
— Va chercher Jocrisse, avec sa ligne, et venez vite me retrouver : je rentre à la maison, tout doucement, pour que vous puissiez me rattraper en route. »
Les voilà donc partis, chacun de leur côté, Zozo courant, Arlequin à pas comptés comme un homme plongé dans ses réflexions.
Effectivement il réfléchissait : il avait remarqué dans une cour sur laquelle donnait la fenêtre de sa chambre, située au cinquième étage, un superbe dindon, que l’on engraissait, sans doute pour quelque fête, peut-être pour le Mardi gras, et il songeait au moyen de le faire passer de la cour dans sa chambre, afin de faire son gras Mardi. Il n’était pourtant pas tellement absorbé par ses pensées qu’il ne remarquât en passant devant un pâtissier les superbes gâteaux qui s’étalaient en mon Ire.
Il les remarqua si bien qu’il s’arrêta même à les contempler, et c’est au milieu de cette contemplation qu’il fut rejoint par ses deux camarades, Jocrisse et Zozo.
« Voilà ! leur dit-il, qui ferait joliment notre affaire, pour notre dessert !
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Arlequin pêche un' dindon à la ligne .
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Arlequin et le père Cassandre à la cave .
— Oui, mais je n’ai pas d’argent, observa Zozo.
— Ni moi non plus, ajouta Jocrisse.
— Qui parle de cela? reprit Arlequin; l’argent, toujours l'argent, j’en manque aulant que vous, d’argent, et pourtant il nous faut ce gâteau. »
Et il désignait le plus beau de l’étalage.
« Ah! dit Jocrisse, s’il ne s’agissait que de le prendre, voilà un carreau de papier, ce serait bientôt fait, mais ce serait voler!
— Allons donc, voler! répliqua Arlequin, ce serait chiper , et chiper n’est pas voler. »
Voilà où Arlequin en était venu, par suite de la faiblesse de ses parents, qui lui laissaient
ce qu’il appelait chiper tout ce dont il avait envie chez eux ou leurs amis, et riaient de ce qui, en définitive, n’était pas autre chose qu’un vol. Chiper , voler expriment, en effet, exactement le même fait, le nom seul est différent ; et que l’on vole peu ou beaucoup, l’on est toujours aussi coupable : car ce n’est pas l’objet volé qui constitue la faute, mais bien l’acte en lui-même.
Cependant Zozo et Jocrisse n’étaient pas d’esprit assez délié et d’ailleurs étaient trop dé-
sireux d'entrer en possession du gâteau, pour ne pas se ranger de suite à l’avis d’Arlequin ; aussi Zozo, sans plus d’observation, et tout en disant : « Arlequin a raison, je m’en vas le chiper , » allait passer la main au travers du carreau de papier, lorsque Arlequin l’arrêtant : « Imbécile, fais donc attention ! il n'y a personne dans la boutique, tu vas attirer du monde par le bruit que tu vas faire en enfonçant le carreau de papier.
— Alors, dit Jocrisse, s’il ne faut pas défoncer le papier, adieu le gâteau.
— Je n’ai pas dit cela : mais il faut le faire sans bruit. Je m’en charge. »
Arlequin se met à l’œuvre; mouillant ses doigts avec sa salive, il humecta peu à peu le carreau de papier, en commençant par le milieu, si bien que le papier, se ramollissant petit à petit sous l’action de l’humidité, finit bientôt par céder à une légère pression sans le moindre éclat, et permit à Arlequin d’arriver à l’objet de ses désirs, sans que ses deux camarades occupés à faire le guet pussent imaginer que le tour était fait : saisir le gâteau, le retirer, et se sauver avec, ne fut pas long, vous le pensez bien.
En entrant dans sa chambre Arlequin leur dit : « Voici le dessert, c’est bien; mais nous n’avons rien de solide!. . j’ai bien envie de manger un dindon.
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Arlequin remplit de neige les bottes du père Cassandre
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— Tu as envie?... la belle affaire! Nous aussi nous en avons l’envie, s’il ne s’agissait que de cela ! mais il faut encore le dindon, et où le prendre?
— Pas loin, » fait Arlequin en montrant la cour par la fenêtre.
Zozo et Jocrisse, se penchant, aperçoivent, en effet, de leur cinquième étage, le beau dindon qui se pavanait, faisant la roue, au fond de la cour.
« Il n’est pas si près que tu le dis : cinq étages ! ce n’est pas rien !
— Nous allons le faire monter ici.
— Tu te moques de nous?
— Vous allez voir. »
Arlequin noue une pelote de ficelle à la ligne de Jocrisse, met sur l’hameçon une bouchée du gâteau en guise d’amorce et laisse descendre tout doucement son engin jusqu’à terre.
Le dindon, voyant près de lui quelque chose à manger, se jette dessus et avale gâteau et hameçon.
Alors, prenant d’une main, pour la diriger, la ficelle qu’il donne à tirer à ses camarades, de l’autre main, à l’aide d’un bâton, Arlequin l’écarte du mur, de manière à ce que le
dindon ne puisse atteindre les vitres des étages inférieurs ; ayant soin de détourner le volatile, toutes les fois qu’il arrivait à la hauteur d'une croisée, afin d’éviter l’attention qu’aurait pu attirer de la part des habitants de la maison le passage d’un corps opaque entre leurs yeux et la lumière, il amena notre bipède à plumes à bon port, sans que personne se doutât du voyage aérien qu’il venait d’effectuer.
Pendant que Jocrisse et Zozo se mettent en devoir de tuer et plumer le dindon, Arlequin, d’un grand sang-froid : « Maintenant, je descends à la cave.
— Tu as donc la clef?
- — Pourquoi faire, la clef? est-ce que j’ai besoin d’une clef pour entrer dans la cave du père Cassandre ? c’est le moment où il va chercher le vin de son dîner, j’espère bien qu’il ne se refusera pas à fournir celui de notre souper de demain. »
Arlequin descend à la cave, le père Cassandre ne tarde pas à arriver; pendant qu’il fait sa provision, Arlequin tire une corde de sa poche et l’attache en travers de la porte de sortie du caveau. Le père Cassandre revient, un bon panier de vin au bras; l’obscurité de la cave l’empêche de voir la corde, il trébuche et tombe évanoui. Le petit fourbe tire ses bottes, va dans la
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Arlequin rapporte a ses amis le panier de vin du père Cassandre
Arlequin est arrête et conduit en prison .
cour, les remplit de neige, redescend à la cave les mettre à la place du panier de vin, et remonte triomphant retrouver Zozo et Jocrisse.
Ces derniers, ne comprenant pas les conséquences de ces vols, riaient à gorge déployée, quand trois coups frappés à la porte vinrent interrompre leur gaieté, trois coups accompagnés de ces mots : « Ouvrez au nom du roi. »
Nos trois garnements auraient bien donné quelque chose, même le gâteau, le vin et le dindon, pour ne passe trouver là pour le quart d’heure ; ils eussent bien voulu fuir, mais par où? on ne leur en donna, d’ailleurs, pas le temps. La maréchaussée (car c’était elle), ne recevant pas de réponse, avait enfoncé la porte, et envahissant aussitôt la chambre, s’emparait des mauvais sujets. Ils eurent beau crier, protester, demander pourquoi ; il y avait là assez de pièces compromettantes ! vin, gâteau et dindon n’étaient pas venus tout seuls à ce cinquième étage. Qui les y avait amenés? D’où sortaient-ils? Pourquoi n’avait-on pas ouvert au nom du roi? etc., etc. Questions embarrassantes qui provoquèrent des réponses embarrassées de la part des trois camarades : on les emmena donc en prison, malgré leurs larmes et leurs cris. Joli Mardi-gras, qu’ils allaient faire. L’affaire était plus grave qu’ils ne pensaient; en effet, le père
Gassandre, que nous avons laissé seul, évanoui dans la cave, étant revenu à lui, s’était empressé de remettre ses bottes, après les avoir retrouvées à tâtons; mais saisi par le froid glacial résultant delà neige dont ses chaussures étaient remplies, rentré chez lui avec la fièvre, il était en danger de mort. Il avait raconté son aventure, et de suite plainte avait été portée à la justice, qui s’était rendue sur le lieu de l’événement. Les traces de pas allant de la cave à la porte d’ Arlequin avaient donné la certitude que le coupable était l’un des trois camarades trouvés dans la chambre avec les preuves du délit : mais lequel des trois? En appliquant les souliers de chacun sur les vestiges accusateurs, ceux d’Arlequin s’adaptèrent seuls et justement aux empreintes laissées dans la neige et sur les escaliers : il n’y avait plus de doute à avoir; c’était lui, et lui tout seul.
On relâcha donc les deux autres après une sévère réprimande et on les remit aux mains de leurs parents.
Quant à Arlequin, il fut condamné à être pendu...
L’exécution eut lieu le soir de ce Mardi gras qu'il pensait fêter avec ses camarades.
Le lendemain, si quelque passant avait regardé avec un peu d’attention la potence, il eût
Arlequin parvient a se sauver en se couvrant la figure d’un masque noir u’ü est force de garder pour le reste de ses jours
vu que le vent ne balançait plus qu’une espèce de sac gris et que le corps qu’il recouvrait avait disparu ; qu’était-il donc devenu ?
Un bienfait n’est jamais perdu : Arlequin avait fait une bonne action dans sa vie, il s’était jeté à l'eau pour sauver une petite fdle qui se noyait et avait été assez heureux pour la retirer vivante; cette petite fille, c’était précisément Golombine, la fille du père Cassandre.
Quand le père Cassandre, hors de danger, grâce aux soins éclairés du fameux docteur Pancrace, apprit qu’Arlequin était le malheureux qui avait failli lui faire perdre la vie, il se souvint que c’était aussi le sauveur de sa fille et s’empressa de faire des démarches pour le tirer de prison. Malheureusement il arriva trop tard : l’arrêt était rendu, , la sentence prononcée, le condamné entre les mains de l’exécuteur.
Le père Cassandre et sa fille Colombine ne se découragèrent pas ; ils se rendirent auprès du bourreau, et à force de prières et d’argent obtinrent de lui la promesse de sauver Arlequin.
Arlequin prévenu s’était livré sans résistance, et bientôt après son corps pendait dans l’espace.
Grâce aux précautions de l’exécuteur, il fut sauvé. 11 trouva caché au pied de la potence
un masque en cuir noir, le mit sur son visage pour ne plus l’ôter, ainsi qu’il l’avait juré tout bas au bourreau, et disparut.
Mais pourquoi Arlequin n’a-t-il pas pris un masque moins laid pour se sauver ? D’abord, il n’avait pas le choix, il prit celui que le bourreau lui avait laissé; ensuite, n’était-ce point un juste châtiment de la Providence, qui le condamnait à avoir, pour le reste de ses jours, le visage couleur de l’encre qu’il avait versée jadis dans un bénitier?
Clicliy. Imp. Maurice Loignon cl Comp., rue (lu fiac-d’Asnieres, 12.