SCÈNE VI MARIE, MADAME BERNARD
MADAME BERNARD
Pourquoi s'en va-t-elle d'un air pincé ?
MARIE
Dame! elle tenait la tête de la souscription avec cinquante piastres, elle se voit tout à coup distancée par deux cents... c'est pénible.
MADAME BERNARD, souriant.
Vraiment? Eh bien, dites-lui que je désire garder l'anonyme.
MARIE
Voilà qui la remettra de bonne humeur.
MADAME BERNARD
Pauvre femme. Mon fils dit qu'elle n'a pas le sens moral Irès-déveluppé?
MARIE
Votre fils a sous les yeux un point de comparaison qui le
60 LES FOURCIIAMBAULT.
rend trop sévère. Madame Fourchanibault possède toute l'honnêteté courante, je vous assure. Peut-être bien est-elle un peu de ces gens qui excellent à éblouir leur conscience et à lui faire voir des éloiles en j)Icin midi...
MADAME BERXAUD.
Oui, qui croient tout ce qu'ils veulent et de la meilleure foi du monde : il y en a beaucoup comme ça.
MARIE
Mais très-bonne femme d'ailleurs, et d'un commerce trèssûr... sinon qu'elle change trop souvent d'idée fixe.
MADAME BERNARD
Fort bien : entêtée et versatile à la fois.
Quelque chose comme ça. En somme, très-bon enfant... gâté, à qui nous devons pardonner bien des petits ridicules en faveur...
MADAME BERNARD
En faveur de quoi?
MARIE
Je cherche.
MADAME BERNARD
La voilà accommodée de toutes pièces. — Rend-elle au moins son mari heureux?
MARIE
Je crois que oui : il n'est pas exigeant. Il est si bon!.., bon comme du pain! sa destinée était d'être mangé; il l'accomplit sans résistance, sans même croquer sous la dent... tout en miel