MADAME FOURCHAMBAULT, FOURCHAMBAULT
FOURCHA M BAULT, par la droite.
Eh bien, ma chère, es-tu contente de ton ministre des finances ? Approuves-tu mon budget?
MADAME FOUnCQAMBAL'LT, se levant.
Pas le moins du monde.
Allons, bon ! Hier soir, dans sa loge, le préfet semblait t'avoir si bien convertie aux réformes de Bernard ! Je n'ai pourtant retranché que le strict supcrilu.
C'est justement ce que je reproche à votre projet. Vous ne saurez jamais rien faire qu'à demi. Le préfet a dit hier un mot très-profond qui ne vous a pas assez frappé : c'est qu'il n'y a pour une maison de crédit que deux moyens de jeter de la poudre aux yeux : la prodigalité ou la parcimonie.
Très-profond, en effet; mais j'ai voulu te ménager la transition.
Pas de transition ! Autre mot du préfet, non moins profond : Vous étiez la mère des Gxâccs, m"a-t-il dit, devenez la mère des Gracques.
FOURCIIAMBAULT.
Je ne comprends pas.
C'est pourtant assez clair : après avoir été la reine de la mode, je veux effacer l'éclat de mon règne par l'éclat de mon abdication ! Je veux qu'en me voyant passer dans la rue, à pied, vêtue d'un lainage foncé, on dise : Voilà celle qui ne veut plus d'autres bijoux que ses enfants.
Ah ! je comprends !
MADAME FOURCHAMBAULT, lui donnant les papiers qu'elle tenait.
C'est bien heureux. Vous pouvez donc rayer de votre budget, frais de toilette, cocher, voitures...
11 ne faudrait pourtant pas exagérer. Gardons au moins une voiture et un cheval.
Non, non! Pas de demi-train, pas de demi-luxe ! Rien de bourgeois ! Nous sommes assez nobles par nos alliances pour ne pas rougir d'une simpUcité aristocratique.
Mais une voiture pour un banquier, c'est une économie de temps.
Comme pour un médecin. Eh bien, je ne me soucie pas d'un carrosse professionnel. Vous prendrez des fiacres.
Mais, mignonne...