‹ Les fourchambault; comédie en cinq actesChapitre 88 sur 98 · ACTE CINQUIÈME. 13j · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME. 13j

MADAME BERNARD

De VOUS épouser.

MARIE

Mais il ne m'a jamais parlé de cela, ce brave Léopold! Je dois même dire qu'il m'a prévenue avec une loyauté parfaite que ses intentions n'avaient rien d'honorable.

MADAME BERNARD

Et malgré cela, vous êtes?...

MARIE

Sa maîtresse, n'est-ce pas?... on le dit.

MADAME BERNARD, ao levant.

Mais vous, que dites-vous?

MARIE, Cèrement.

Rien! A quoi bon? On ne discute pas avec la calomnie! on l'écrase ou on la subit. Mais se défendre quand on n'a pas de quoi se justifier, demander grâce sans l'obtenir, c'est la dernière des humiliations. On peut me fouler aux pieds, je ne m'abaisserai pas moi-même.

MADAME BERNARD

Ah ! je comprends cette résignation farouche, je la connais... C'est la fierté de l'innocence. (Elle l'attire dans ses bras et la tient longtemps embrassée.) Mais JC Suis pCut-êtrC la seule quc

puisse convaincre ce silence hautain; il faut donc vous rendre l'honneur comme si vous l'aviez réellement perdu; et c'est ce que Bernard tente en ce moment. Il faut que M. Léopold vous épouse.

MARIE

L'épouser, moi? Mais, madame, je ne l'aime pas.

136 LES FOURCIIAMDAULT.

MADAME BERNARD

Vous avez au moins do ramilié pour lui; ce n'est pas un mariage d'amour que je vous propose, c'est un mariage de raison, ou, pour dire plus, un mariage de réhabilitation.

BIARIE.

Oui!... oui!... c'est vrai. Ce serait l'honneur, ce serait le salut, plus encore, ce serait tout!... Mais h6las. Quelle apparence que Léopold consente? Il ne me doit aucune espèce de réparation... et je suis pauvre.

MADAME BERNARD

Pas tant que vous croyez. Vous avez d'abord vos quarante mille francs.

MARIK

C'est trois cent mille francs qu'il faudrait.

MADAME BERNARD

Attendez donc : vous allez faire un héritage.

MARIE

Un héritage, moi? de qui?

MADAME BERNARD, embarrassée.

C'est peut-être une donation... je ne sais pas au juste. Bernard vient d'en recevoir la nouvelle et la porte à M. Léopold.

MARIE, avec ua triste sourire.

C'est une donation... Il y a, en effet, une mère et un fils qui m'aiment comme leur propre enfant. 0 cœurs d'or, âmes tendres et généreuses! Que Dieu leur donne tout le bonheur qu'il me refuse.

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