CANAUX SOUTERRAINS
Il est inutile de dire comment les fourmis s’y prennent pour miner une simple galerie sous terre ; nous en avons assez vu d’exemples. Toutes les fourmis savent à l’occasion creuser
des canaux qui, partant de la partie souterraine de leur nid et se tenant plus ou moins loin de la surface du terrain, s’en vont aboutir à, une distance souvent assez considérable. Leur but est soit de relier deux nids d’une colonie (chez les espèces à mœurs souterraines, surtout chez les Camp, aethiops et lateralis, Lasius flavus, L. umbratus et ses races, Form. fusca, Tetr. caespitum, S. fugax), soit de procurer aux habitants d’un nid une issue
éloignée du dôme qui leur permette de sortir et d’entrer sans dévoiler à leurs ennemis le
lieu qui recèle leur couvée (surtout aussi les mêmes espèces que ci-dessus). Chez le L. flavus ils sont pratiqués en outre dans toutes les directions pour aller à la recherche des pucerons de racines (Huber). Chez le S. fugax , ils servent principalement à relier entre elles de petites agglomérations de cases, éloignées les unes des autres, et qu’on peut regarder comme nids séparés, si l’on veut, car les canaux qui les réunissent n’ont souvent pas un demi millimètre de diamètre, de sorte que les $ seules peuvent y passer. Huber
(l. c. p. 22) parle déjà de ces « galeries tortueuses » souterraines. Ebrard les décrit très
bien chez la F. fusca (l. c. p. 5) et chez 1 ' Apliaenog aster barbara, espèce du midi de l’Europe (l. c. p. 9). Il est difficile de les suivre directement dans leur parcours; mais les incursions du P. rufescens chez la F. fusca, fait dont nous aurons à parler plus tard, nous fournissent un moyen très curieux de nous assurer de l’existence des communications souterraines. Le P. rufescens vient en armée serrée attaquer les F. fusca; l’armée entre dans le nid par la première porte qu’elle trouve ouverte, et en ressort quelques minutes après chargée de cocons volés aux propriétaires du nid. Ebrard cite un cas où les P. rufescens étant entrés subitement dans un nid de F. fusca par le dôme, il vit ces dernières émerger tout-à-coup du milieu d’une touffe d’herbe située à 40°'” du dôme, et s’enfuir avec leurs nymphes et leurs jeunes ouvrières encore blanches. Moi-même je vis une armée de P. rufescens arrivant rapidement sur un nid de F. fusca s’arrêter à 10cm du dôme et entrer toute entière par une ouverture pratiquée dans le gazon et que je n’avais pas vue. Je bouchai cette ouverture lorsque toutes les envahisseuses furent sous terre, et j’en pratiquai une ou deux sur le dôme des F. fusca. L’armée toute entière ressortit au bout de deux ou trois minutes par les ouvertures que je venais de faire. Une autre armée des mêmes P. rufescens envahit un petit dôme de F. fusca à peine gros comme une pomme. J’aperçois alors à 30 ou 40cm de là un second dôme analogue au premier; j’y fais une ouverture et bientôt les rufescens ressortent en deux colonnes partant l’une du premier dôme et l’autre du second, preuve indubitable d’une communication souterraine entre les deux. Mais nous avons vu plus haut que lès nids de F. fusca n’ont souvent point du tout de dôme, et il leur arrive dans ce cas fréquemment de ne s’ouvrir que par des canaux s’éloignant du nid. C’est alors que les P. rufescens ont le plus de peine à les découvrir. Je note ici comme comparaison une observation de Bâtes sur une énorme fourmi bien connue au Brésil, VAtta cephalotes (probablement plutôt VA. sexdens ) : on voulait ensoufrer un de ses nids pour en tuer les habitants, comme on le fait chez nous pour les nids de guêpes. Quel ne fut pas l’étonnement de Bâtes, lorsqu’il vit la fumée de soufre ressortir en colonne à 70 pas du nid!